Le Syndicat Agricole 24 mars 2016 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Le Geda du Ternois se veut moteur de l’agriculture de demain

L’assemblée générale bisannuelle du Geda du Ternois s’est tenue à Saint-Pol-sur-Ternoise avec l’agriculture de demain en toile de fond.

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Bertrand Evrard, président du Geda du Ternois.
Bertrand Evrard, président du Geda du Ternois. - © Le Syndicat Agricole

Le Groupe d’études et de développement (Geda) du Ternois va de l’avant malgré la grisaille structurelle ambiante. « Se remettre en question, innover, sont les maîtres-mots de nos actions pour pérenniser notre Geda. L’assemblée doit permettre de nous projeter dans ce que nous aurons à mettre en œuvre demain pour accompagner au mieux les agriculteurs et l’agriculture sur notre territoire », rappelle Bertrand Evrard, président du Geda du Ternois, pour introduire l’assemblée générale bisannuelle qui s’est tenue lundi 21 mars à Saint-Pol-sur-Ternoise.

Des groupes thématiques pour partager les connaissances
Organisés en groupes thématiques (lait, culture, pomme de terre et agroressources), les 176 adhérents du Geda, accompagnés par deux techniciens (élevage et culture) mis à disposition par la Chambre d’agriculture, bénéficient de formations et d’accompagnements techniques. Mais ils mettent aussi en commun leurs réflexions et leurs avancées : une façon de se serrer les coudes au jour le jour. L’accompagnement des agriculteurs sur le plan technique pour l’émergence de leurs projets reste le cheval de bataille du Geda dans un esprit de neutralité, de conseil et en gardant une approche globale de l’exploitation.
« Notre implication dans les actions du territoire nous a apporté une reconnaissance des structures et des élus locaux, estime Bertrand Evrard. Ainsi, nous pouvons nous positionner sur des sujets agricoles comme le Schéma de cohérence territoriale (Scot). Une charte d’engagement cosignée par les acteurs locaux en septembre 2014 sur l’outil Climagri permet de réfléchir à demain, par exemple sur la façon de réduire les gaz à effets de serre ; ainsi nous avons engagé une démarche dans l’économie d’énergie aux champs en faisant passer nos tracteurs aux bancs d’essais et en dispensant une formation d’écoconduite pour les engins agricoles. Des actions sont en cours au sujet de l’autonomie alimentaire en utilisant le tourteau provenant de l’usine Oriacoop sur la trituration du colza gras. »

La pomme de terre innove en faveur de la qualité
« Petit nouveau » du Geda, le groupe pommes de terre est né en 2014 et compte une vingtaine de producteurs souhaitant partager les innovations en la matière. Plusieurs thèmes ont déjà été travaillés. D’abord celui de la conservation avec l’aide du responsable pommes de terre à Arvalis-Institut du végétal, Michel Martin. Puis la prévention des chocs : guidés par Benoît Houillez, chef du service pomme de terre à la Chambre d’agriculture, les producteurs ont expérimenté la pomme de terre électronique de la Fiwap ! Dotée de capteurs qui détectent et mesurent les chocs, leur intensité ainsi que la localisation précise des zones à risques, elle permet de visualiser les coups reçus par la pomme de terre et donc de mieux les prévenir. Pour 2016, c’est l’outil d’aide à la décision pour le traitement du mildiou, Mileos d’Arvalis, qui est en cours de développement. Cette remise au goût du jour d’un outil existant depuis dix ans, mais peu utilisé par les producteurs, est également motivée par une volonté croissante des industriels (comme McCain) en faveur d’une réduction des traitements.

De nouveaux groupes orientés vers l’environnement en 2016
La réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires reste l’objectif principal du Geda du Ternois. Un nouveau groupe Ecophyto verra donc le jour en juillet 2016. Il permettra d’obtenir des références technicoéconomiques sur la diminution d’intrants sur le territoire. Ce groupe sera par ailleurs la base de la constitution d’un Groupement d’intérêts économique et environnemental (GIEE) qui rassemblera un nombre plus important d’agriculteurs. « Avec ces deux plans, Ecophyto et GIEE, reconnus au niveau national, le Geda du Ternois va renforcer son implication et celle des agriculteurs dans la thématique de régulation d’intrants », explique Bertrand Evrard. Pour ajouter : « Nous allons aussi constituer un groupe sur l’homéopathie et l’aromathérapie. L’objectif étant de diminuer les produits vétérinaires et les antibiotiques sur nos élevages. »

« Le groupe est toujours meilleur que le meilleur du groupe »
« Le mode de fonctionnement de l’agriculture ne sera plus le même demain. Un virage s’amorce depuis quelques années. La biodiversité, avec la mise en avant de nos prairies, nos haies et nos intercultures, est déjà une richesse sur nos exploitations », rappelle Bertrand Evrard. Et ce n’est pas un hasard si l’invité d’honneur de l’après-midi n’est autre que Jean-Marc Jancovici, ingénieur de l’École polytechnique et spécialiste des questions énergétiques, venu exposer les enjeux climatiques et énergétiques de la production agricole (cf. encadré). « N’oubliez jamais que le groupe est toujours meilleur que le meilleur du groupe et que tout seul vous irez plus vite mais qu’ensemble nous irons plus loin ! », conclut Bertrand Evrard.

Alexandra Pihen

Zoom sur... Dans un monde contraint, les règles du jeu de la production agricole doivent changer

Jean-Marc Jancovici, ingénieur de l’École polytechnique, est consultant, enseignant et fondateur de la société Carbone 4. Il anime The shift project, destiné à accélérer la transition énergétique, et a collaboré à l’élaboration du Pacte écologique de la Fondation Nicolas Hulot. Spécialiste des questions d’énergie, il est à l’origine de la méthode du Bilan carbone déployé par l’Ademe et l’auteur de plusieurs ouvrages sur les questions de l’énergie et du changement climatique. Son dernier livre, « Dormez tranquille jusqu’en 2100 », explique, derrière un titre à prendre au second degré, que les choix énergétiques et le changement climatique déjà à l’œuvre, intimement liés par les questions de gaz à effets de serre, déstabilisent le système économique et par voie de conséquence le système politique des pays européens. Pour lui, l’action doit être immédiate sous peine de subir une régulation du système à nos dépens. Et voici ses solutions concernant la production agricole.
« Toutes les suggestions que nous pouvons faire sur la manière de s’attaquer au problème climato-énergétique ont une caractéristique en commun : opter pour le collectif. Nous sortons de deux siècles “faciles” d’un monde en croissance. Nous avons progressivement construit un système de règles du jeu avec lesquelles chacun peut faire exactement ce qu’il veut dans son coin sans trop se soucier de ce que font les autres. Mais dans un monde contraint, ça ne fonctionne pas : vous êtes obligés de vous entraider et de prendre en compte ce que font les autres. C’est la raison pour laquelle les pays qui ont été très contraints sur le plan géographique pendant l’essentiel de leur histoire, comme les Scandinaves, les Suisses et certains insulaires, sont des gens très solidaires et très collectifs. Il n’y aura pas de solution individuelle à ce problème. Les grandes lignes directrices qui me semblent faire sens sur la production agricole sont donc les suivantes : moins de volumes, plus de diversification, plus local, moins carné, plus cher et plus intensif en main-d’œuvre. Pour mettre en route un tel fonctionnement, la mondialisation et la solution au problème ne sont pas compatibles. Alors comment se protéger contre ce genre de chose ? Il y a une protection historique qui fonctionne très bien et qui s’appelle les labels, les AOC... Car ce sont par définition des productions que vous ne pouvez pas faire ailleurs. Je suis également partisan d’un retour au système de quotas avec des prix corrects en faveur des producteurs. Les prix de l’alimentation sont tombés à des taux ridiculement bas : 2 % de ce que vous gagnez sert à nous nourrir ! Il faut également remettre de la valeur ajoutée de transformation au plus près de l’exploitation. Le bon système est quelque chose qui se rapproche plus de la polyculture-élevage. Et rien de tout ça ne se fait sans règles de protection. Enfin, il me semble essentiel de bien comprendre tous les bénéfices écosystémiques dont on peut bénéficier hors chimie de synthèse. Une fois que j’ai dit ça, tout reste à faire ! »

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