Le Syndicat Agricole 23 avril 2015 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Le changement climatique aura un impact négatif sur les eaux souterraines

Début avril, les nappes phréatiques françaises présentent des niveaux satisfaisants, avec 83 % des réservoirs qui affichent des valeurs égales ou supérieures à la normale.

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Dans le cadre de sa mission de service public, le BRGM est historiquement en charge, pour le compte de l’État français, du suivi quantitatif des réserves d’eaux souterraines. L’organisme développe depuis sa création une expertise, aujourd’hui internationalement reconnue, en matière de gestion quantitative et qualitative des eaux souterraines.
Dans le cadre de sa mission de service public, le BRGM est historiquement en charge, pour le compte de l’État français, du suivi quantitatif des réserves d’eaux souterraines. L’organisme développe depuis sa création une expertise, aujourd’hui internationalement reconnue, en matière de gestion quantitative et qualitative des eaux souterraines. - © BRGM

Au 1er avril, après deux années consécutives exceptionnelles (excédent de 20 %), le niveau des nappes phréatiques en France est situé dans la normale, a annoncé Philippe Vigouroux du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le 16 avril, lors d’une conférence de presse. Le BRGM a également présenté les résultats d’une étude de l’état de ces mêmes nappes phréatiques à l’horizon 2070. Pour cette année, si la situation n’a rien à voir avec le niveau extrêmement bas de 2012, le niveau de recharge des nappes est légèrement inférieur à celui de 2014. Pour autant, rien n’est gagné pour cet été. Cette année, « 83 % des niveaux des nappes sont normaux ou supérieurs à la normale » et « 65 % des points de suivi, utilisés pour évaluer ces niveaux, sont stables (29 %) ou en hausse (36 %) », affirme Philippe Vigouroux. En 2012, seuls 11 % des niveaux étaient normaux ou supérieurs à la normale et en 2014, le pourcentage atteignait 87 %.
La tendance est donc favorable, surtout pour le sud-est du territoire, le bassin Artois-Picardie, l’amont pyrénéen et la Corse. Les aquifères du bassin parisien, du bassin Adour-Garonne et du Languedoc-Roussillon présentent aussi une situation satisfaisante. La recharge est globalement moins bonne sur la nappe d’Alsace, au nord de Colmar, et sur la nappe de la Côte-des-Bars en Champagne-Ardennes. Cette situation est liée à une météo hivernale plus humide qu’à l’ordinaire dans le Limousin et dans les régions méridionales. Un temps sec a, au contraire, dominé dans la moitié nord de la France. En moyenne sur le pays, la pluviométrie a été déficitaire de près de 20 %.
« Si le niveau des nappes phréatiques est normal, il faut rester vigilant. Rien n’est joué pour passer un bon été. Tout va dépendre du régime des pluies dans les prochains mois », estime Philippe Vigouroux. Plus globalement, depuis 1997, aucune cyclicité dans ces rechargements des nappes n’a été constatée, selon lui.

La période de recharge hivernale : six mois décisifs
Le milieu naturel fonctionne comme un ensemble de réservoirs en cascades. Alors qu’une partie des précipitations s’évacue par ruissellement, le proche sous-sol s’humidifie progressivement. Une partie de ces eaux, près de 62 % en France, est ensuite redistribuée vers l’atmosphère via l’évaporation au niveau des sols et la transpiration des plantes. Le reste s’infiltre plus profondément dans le sous-sol, contribuant à l’alimentation des réservoirs d’eau souterraine et à la « recharge de nappes ».
Le devenir d’une pluie est donc très différent selon la période de l’année et l’état de la surface sur laquelle elle tombe. Traditionnellement, la période de recharge des nappes s’étend du début de l’automne (septembre - octobre) au début du printemps (mars – avril), semestre durant lequel la végétation est en sommeil (avec une évapo-transpiration faible) et les précipitations sont en principe plus abondantes. Si l’hiver est sec, la recharge des nappes est très faible, ce qui limite leur utilisation potentielle en cas de sécheresse.

Un niveau des nappes en baisse à l’horizon 2070
Le BRGM mène aussi des études à bien plus long terme. Comment réagiront les hydrosystèmes et les milieux côtiers face au changement climatique ? Des éléments de réponse ont été apportés par le projet Explore 2070 qui prévoit une baisse quasi générale de la recharge en eau des aquifères comprise entre 10 et 25 %. Deux zones seraient plus sévèrement touchées. D’une part, le bassin de la Loire verrait une baisse sur la moitié de la superficie de son bassin versant comprise entre 25 et 30 %. D’autre part, le sud-ouest de la France subirait des baisses comprises entre 30 et 50 %. Cette diminution de recharge aurait aussi un impact sur le débit moyen des cours d’eau. La baisse est estimée entre 10 et 40 % dans la moitié nord du pays et entre 30 et 50 % dans la moitié sud. Enfin, la surélévation du niveau marin et l’accroissement de la demande estivale en eau fragiliseraient les aquifères côtiers, en les exposant à une intrusion croissante d’eaux salées.
Côté prélèvement de l’eau par les activités humaines, « il ne devrait pas y avoir d’augmentation significative », sauf dans les zones littorales où la pression démographique s’accroît. De plus, dans ces zones, un effet de remontée des eaux marines dans les terres risque de « saliniser » des nappes, avec un effet négatif sur leur utilisation, mais difficilement « quantifiable » aujourd’hui.
Il conviendra donc de mieux répartir les prélèvements dans l’espace et dans le temps, d’optimiser la gestion de la ressource, et, suite à la remontée du niveau marin et au développement urbain en bord de mer, de déplacer des ouvrages de prélèvements proches du milieu littoral. Une gestion active de la ressource en eau est enfin recommandée (stockage en aquifère, recharge artificielle).

L’agriculture aura des choix politiques à faire
Si les prélèvements de l’eau dans ces nappes par l’activité humaine sont bien estimés et ceux de l’industrie en forte diminution, ceux concernant le secteur agricole restent plus difficiles à évaluer sur le long terme. Cela rejoint un débat politique, comme le fait remarquer Serge Lallier, directeur adjoint « eau-environnement » du BRGM. Quels choix seront faits dans la PAC à l’avenir ? Quels systèmes culturaux seront majoritaires ? Des questions qui n’ont peu ou pas pu être intégrées dans la modélisation scientifique. « Il s’agit de tendances, pas de valeurs absolues », précise bien Serge Lallier au sujet des résultats présentés.
Pour autant, Florence Habets, directrice de recherche au CNRS, soulève plusieurs problématiques émergentes : la qualité de l’eau de ces nappes amenées à se dégrader, la concentration accentué des polluants, l’absence de recherche possible sur les interactions entre les molécules chimiques de ces polluants du fait d’une omerta des industriels sur leur composition, la prise en compte de ces baisses de disponibilités en eau par les politiques publiques... Elle ajoute : « Nous avons plus de force quand nous jouons sur un problème déjà existant. Sinon les problématiques de court terme passe toujours avant celles de long terme... »

- © BRGM
Carte établie à partir des données de la banque ADES acquises jusqu’au 31 mars 2015.
Source des données : banque ADES www.ades.eaufrance.fr/ Fonds topographiques : IGN© - BD CARTO
Réalisation : BRGM, le 10/04/2015
Carte établie à partir des données de la banque ADES acquises jusqu’au 31 mars 2015. Source des données : banque ADES www.ades.eaufrance.fr/ Fonds topographiques : IGN© - BD CARTO Réalisation : BRGM, le 10/04/2015 - © BRGM

État des nappes au 1er avril 2015 - Bulletin de situation hydrogéologique

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