Le Syndicat Agricole 14 janvier 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Le bio : le nouvel avenir du tabac français ?

La filière tabac a vécu cinq années noires depuis la suppression des aides européennes en 2010. La production de bio représente un espoir pour les producteurs.

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- © S. Héloury

En 1950, ils étaient 105 000 producteurs de tabac sur 28 000 hectares répartis sur 55 départements. En 2011, ils n’étaient plus que 3 100 exploitants sur 6 750 hectares pour une production annuelle de 18 500 tonnes. Et aujourd’hui, le nombre de tabacultivateurs a encore chuté de 70 % (1 100 producteurs), la surface a diminué de moitié (3 580 hectares), tout comme la production (9 200 tonnes dont 5 800 de Virginie et 3 400 de Burley). Une chute vertigineuse, même si la France maintient son 5e rang européen derrière l’Italie (50 000 tonnes).

Cinq années noires
La filière française a subi de plein fouet la suppression des aides européennes en 2010 alors que cette culture était très rentable. Elle assurait entre 50 et 80 % des revenus de l’exploitation pour 15 % des surfaces au plus ! En témoigne Philippe Saphary, 59 ans, exploitant en Dordogne (terre historique du tabac en France) : « C’était la production la plus stable jusqu’à la suppression des primes. On le vendait 4 euros le kilo ; on est maintenant à peine à 3 euros. Ce n’est plus rentable », disait-il en 2011. Le tabac lui assurait 50 % de ses revenus pour 10 % de sa surface totale. Magali Gayerie, 28 ans, comptait, elle, sur ses 2 ha de tabac (sur une surface totale de 110 ha) pour assurer 25 % des revenus de la ferme. Une production qu’elle n’a finalement pas lancée. Néanmoins, l’impact de la suppression des aides a été limité.
Comme l’explique François Vedel, directeur de France Tabac qui réunit les 6 coopératives françaises : « Grâce à nos fonds propres et à nos systèmes d’assurance de la filière, on a pu compenser les pertes liées à la suppression des aides. Nos négociations de prix avec les industriels et les contrats passés directement avec les producteurs ont aussi permis de maintenir une rémunération et depuis 2014, nous sommes sur des marchés rémunérateurs qui compensent en grande partie l’aide qu’on avait perdue. » Ces marchés porteurs, ce sont le tabac pour la chicha dont le Moyen Orient est friand. Et surtout, le bio ! « Le tabac français Virginie a toujours été reconnu pour sa qualité. Depuis l’an dernier, il y a une très forte demande des États-Unis et du Japon pour du Virginie bio. C’est un réel espoir de redémarrage pour la filière ».

« Le tabac bio est payé le double ! »
« Les quantités de bio qu’on nous demande d’ici quatre ans sont telles que je me demande comment on arrivera à produire autant en si peu de temps ! », lâche en souriant Jacques Morlan, producteur gersois à deux ans de la retraite et l’un des pionniers de la culture de tabac Virginie. « Il y a le même tournant aujourd’hui que lorsque j’ai démarré en 1981. À l’époque, il n’y avait que le tabac brun et on s’était tourné vers le Virginie pour trouver de nouveaux débouchés. On pensait que le tabac était fini. On a mené les premiers essais et la filière est repartie. Aujourd’hui, c’est pareil avec le bio. » Beaucoup de producteurs de tabac sont en conversion. Et d’autres producteurs bio se lancent dans le tabac. D’ailleurs, Jacques « parraine » l’un d’eux. « Il a commencé par une parcelle de 1 ha. Moi, j’apporte l’expertise, le matériel de récolte et de séchage. Lui, la terre ! »
Patrick Ruffie, directeur de la coopérative Midi Tabac précise : « On s’est mis en relation avec des agriculteurs bio qui pourraient se lancer dans la production de tabac car c’est un marché à fort potentiel. Sur 600 hectares de tabac en Midi-­Pyrénées, nous avons déjà 16 ha. C’est une culture qui ne demande pas plus d’investissement que le tabac conventionnel mais plus de technicité culturale et phytosanitaire. » Au niveau national, le tabac bio couvre 85 hectares et regroupe 20 producteurs en 2015, contre 2 en 2014. Un marché porteur donc. Surtout quand le kilo est payé le double du tabac conventionnel. « Des contrats de trois ans ont déjà été passés entre producteurs et acheteurs qui payent le tabac bio à presque 8 euros le kilo », s’enthousiasme Jacques Morlan, également administrateur de Midi Tabac. Le tabac français aurait ainsi de beaux jours devant lui...

Pauline Garaude

Zoom sur... Le « 1637 », le tabac du Sud-Ouest

Le « 1637 », c’est le tabac du Sud-Ouest fabriqué par Traditab (créée en 2008, filiale de Tabac Garonne Adour). Déclaré 100 % nature, il existe sous trois formes : blond, brun « feu de bois » et basque. Il représente 13 % des parts de marché en Pyrénées-Atlantiques et 1 % en France. Consommé par quelque 35 000 personnes, son nom commémore l’année de l’introduction du tabac en Aquitaine. Il contribue également à assurer un revenu décent aux producteurs du Sud-Ouest, selon la Fédération des planteurs de tabac. Laquelle s’inquiète du débat actuel qui obligerait au paquet neutre : « Tous nos efforts pour diversifier la production vers des niches spécifiques (tabacs bio, tabacs à image régionale sud-ouest...), pourraient être réduits à néant s’ils ne pouvaient plus obtenir de visibilité, figeant le marché et fermant la porte aux innovations. »

Chiffres

• Emplois : 1 100 producteurs dont 20 en bio et 10 000 emplois saisonniers.
• Exploitations : Surface moyenne des terres consacrées à la culture du tabac : 1,5 ha (Burley) à 7,9 ha (Virginie).
• Part du tabac dans le revenu de l’exploitation : 40 à 75 %.
• Surfaces : 3 580 ha dont 1 168 de Burley, 14 de tabac brun (quasi-abandonné), 2 315 de Virginie conventionnel et 85 ha de Virginie bio.
• Production : 9 200 tonnes (5 800 de Virginie et 3 400 de Burley) exportées dans 20 pays.
La France est le 5e producteur européen derrière l’Italie (50 000 tonnes en 2014 avec une production qui a chuté de moitié en 4 ans), l’Espagne, la Pologne, la Grèce et la Bulgarie.
• Production européenne : 200 000 tonnes.
• Production mondiale : 6 millions de tonnes.
• 1er producteur mondial : la Chine (3 millions de tonnes).

650
C’est le nombre moyen d’heures de travail à l’hectare que nécessite la culture du tabac. Une culture mécanisée à 70 %, qui demande beaucoup de main-d’œuvre et 500 à 800 heures de travail à l’hectare selon les variétés.

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