Lait« Piloter » son exploitation dans l’incertitude de l’après-quotas

Dans le cadre des Journées des groupes lait organisées par la Chambre d’agriculture, des pistes de travail ont été proposées pour gérer la fin des quotas.

« Quel nombre maximal de vaches est-il possible de traire compte tenu de mes installations et du temps que je suis prêt à consacrer à la traite? » C’est l’une des questions que doit se poser un éleveur avant de s’engager dans un projet.

« Quel nombre maximal de vaches est-il possible de traire compte tenu de mes installations et du temps que je suis prêt à consacrer à la traite? » C’est l’une des questions que doit se poser un éleveur avant de s’engager dans un projet.
- © P. Cronenberger

Étudier de près son exploitation aujourd’hui, pour mieux adapter demain ses capacités de production en fonction de la situation. Pour Benoît Rubin, de l’Institut de l’élevage, c’est une des clés pour faire face à la fin des quotas. Il a présenté ses travaux lors des Journées des groupes lait, organisées par la Chambre d’agriculture les 21, 22, 23 novembre.

Évaluer son exploitation en se posant les bonnes questions
Il faut d’abord étudier l’exploitation dans sa structure et son fonctionnement actuels. Puis vient le temps d’imaginer les modifications ou investissements à mettre en œuvre. La taille du cheptel et les capacités de production doivent être en adéquation. Il faut avant tout s’intéresser aux facteurs limitants, qui ne seront pas les mêmes selon les structures : le travail, la surface, les bâtiments et équipements ou la réglementation. Dans sa prise de décision, l’exploitant doit bien sûr aussi prendre en compte les débouchés et la stratégie de sa laiterie.
Le travail est le point le plus difficile à apprécier. La quantité de travail et la nature des activités doivent correspondre à la disponibilité et aux compétences de la main d’œuvre. Concernant l’atelier lait, il faut se poser la question de l’effectif maximal de vaches qu’il est possible de gérer pour une unité de main d’œuvre.
Pour les bâtiments et équipements ou la réglementation, les questions à se poser sont du même ordre : quel effectif maximal de vaches est-il possible de loger ? Quel nombre maximal de vaches est-il possible de traire compte tenu du type d’installations et du temps que l’on est prêt à consacrer à la traite ? Combien de vaches laitières peuvent être nourries ? Quel est l’effectif de vaches permis par la réglementation ?
Pour l’éleveur, répondre à ces questions peut l’aider à déterminer la nature et la profondeur des ajustements qu’il souhaite mettre en place au sein de son exploitation. « Selon une enquête en cours dans 100 exploitations, il apparaît que le logement est très souvent cité comme élément contraignant », explique Benoît Rubin.

Les leviers possibles pour adapter sa production
Le travail mené par l’Institut de l’élevage et ses partenaires a aussi pour but de déterminer les leviers pour produire plus ou moins de lait sur une période afin de s’adapter aux fluctuations. Il y a tout d’abord le levier « effectif de vaches traites » :
- jouer sur les entrées et sorties des animaux : augmenter le taux d’élevage des génisses, acheter ou vendre des génisses ou des vaches, acheter des génisses de 8 jours, ou encore retarder/avancer les réformes ;
- agir sur la conduite des lactations : durée du tarissement, allongement des lactations (intervalle vêlage-vêlage : ce levier permet de faire plus de volumes sur une période donnée) modifier les périodes de vêlage pour mieux utiliser les équipements et bâtiments, réduire l’âge au premier vêlage.
Le levier « alimentation » consiste à ajuster les concentrés de production, les concentrés protéiques, et à jouer sur la complémentarité et la qualité des fourrages. Le levier « rythme de traite » peut se traduire par une augmentation de la fréquence de traite.
Les différents leviers sont plus ou moins faciles à mettre en place et leurs délais de réponse varient fortement. Certains ont des effets immédiats, et d’autres à plus long terme. Ils sont plus ou moins réversibles et plus ou moins compatibles entre eux. « Les leviers “effectifs” semblent être les plus efficaces, mais souvent les plus longs à mettre en place, constate Benoît Rubin. Les leviers « alimentation » ont souvent un effet immédiat, mais leur efficacité est très variable. Quant aux leviers « rythme de traite », ils sont très exigeants en travail en salle de traite. » Et le spécialiste de conclure : « Il convient de combiner les 3 familles de leviers pour obtenir un résultat pertinent ».

Virginie Charpenet

 

Exemple 1
Le Gaec Au bio Marronnier à Wignehies (59): le choix du développement vertical.
• Les associés: Éric, Pascale et David Meuret.
• Cheptel: 65 vaches laitières (VL).
• Quota: 402 500 l.
• SAU: 77 ha.
• SFP: 100 % de la SAU.
• Main d’œuvre: 3 UMO.
• Historique de la ferme: installation en 1982, passage au bio en 2000, mise aux normes en 2007, début de la vente directe en 2009.
• Activité: 316 000 l livrés à la laiterie Ucanel, 33 430 l valorisés en beurre, crème, fromage et yaourts et vendus en direct.
• Atout: la vente directe, grâce à une clientèle fidélisée.
• Contrainte: garantir l’autonomie fourragère du cheptel.
Stratégie de l’exploitation pour l’après-quotas : conserver ses volumes laiteries et augmenter ses volumes transformés pour valoriser la main d’œuvre présente sur l’exploitation. « Nous ne regrettons pas notre stratégie de développement vertical par le biais de la conversion biologique et de la transformation », affirme Éric Meuret.

Exemple 2
Le Gaec du Petit Champ à Dimont et Aibes (59): maintenir la productivité et réduire les coûts.
• Les associés: Franck et Sylvie Quaeybeur et Gérard Lefevre.
• Cheptel: 115 vaches laitières (VL).
• Quota: 925 000 l.
• SAU: 155 ha.
• SFP: 110 ha.
• Main d’œuvre: 3,7 UMO.
• Historique de la ferme: l’exploitation est organisée en 2 sites. En 2001, les VL sont installées en logettes paillées avec couloir d’alimentation raclé, et les génisses en box paillé en face des laitières. En 2008, à l’arrivée de Franck, transformation des box paillés génisses en 25 logette VL. En 2010, les génisses sont toutes regroupées à Dimont dans un nouveau bâtiment.
Atout : introduction de la Montbéliarde dans le troupeau (1/3) afin de réduire les frais d’élevage (animaux plus rustiques et moins fragiles). « La performance laitière de cette race ne déçoit pas », affirme Franck Quaeybeur.
• Contraintes: un parcellaire morcelé, 20 ha non « épandables », une salle de traite trop petite (2X6 pour 115 VL, soit 9,6 VL/poste);
• Stratégies de l’exploitation pour l’après-quotas: rénover le bâtiment VL et la salle de traite, optimiser le revenu en renforçant l’efficacité de la main d’œuvre et en réduisant les coûts de production, améliorer la rusticité de l’animal tout en maintenant une bonne productivité.

 

 

 
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