Le Syndicat Agricole 25 avril 2013 à 15h25 | Par Le Syndicat Agricole

Lait - Les coopératives laitières exigent une augmentation de leurs tarifs

Comme les producteurs, les coopératives craignent pour l’avenir de la filière et réclament une hausse immédiate du prix du lait.

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Les marges des transformateurs sont affaiblies, voire négatives depuis 2012, notamment dans l’ultra frais.
Les marges des transformateurs sont affaiblies, voire négatives depuis 2012, notamment dans l’ultra frais. - © J. Chabanne
« Rien n’a été acquis depuis le 8 avril », a martelé Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières, en référence à la table ronde organisée à cette date au ministère de l’Agriculture. La FNCL organisait son Assemblée générale le 18 avril à Paris ; depuis, le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a annoncé qu’un accord sur l’évolution du prix du lait était en cours sur la base de 25 €/1 000 l de lait (cf. encadré). Les coopératives exigent en effet une revalorisation du prix du lait plus importante que les quelques centimes revendiqués par les producteurs. « Nos marges se sont réduites de façon alarmante car les distributeurs n’ont pas accepté nos augmentations, poursuit Dominique Chargé. Tout est mis en œuvre par les distributeurs pour échapper à leurs responsabilités ».
Les coopératives laitières dénoncent un problème de relations commerciales de longue date avec une dégradation constante. Elles estiment que les marges des transformateurs sont affaiblies, voire négatives depuis 2012, notamment dans l’ultra frais, dans un contexte où l’ensemble des prix alimentaires ne cessent d’augmenter. « L’hémorragie continue pour les transformateurs, insiste le président de la FNCL. Nous devons rattraper 2 ans de non augmentation des tarifs ». Le risque à court terme, estime la Fédération, est de ne plus couvrir le prix du lait à la hauteur des attentes des producteurs. À moyen terme, elle craint des problèmes d’investissement et de financement des restructurations. À long terme, enfin, une fragilisation de la filière dans son ensemble. Pour Dominique Chargé, seule une juste répartition des marges permettra la pérennité de la filière. « L’enjeu est de rééquilibrer le rapport de force en partageant les rôles ; de pérenniser l’activité des transformateurs comme des producteurs. »

« Nous demandons que la loi soit durcie »
Et, s’adressant à Guillaume Garot, ministre délégué auprès du ministre de l’Agriculture, chargé de l’Agroalimentaire : « J’attends du ministre qu’il prenne des engagements fermes sur sa capacité à changer la LME et qu’il mette la pression sur les distributeurs pour qu’ils acceptent une hausse des prix. » « La LME comporte un ensemble de dispositions qui devraient permettre au marché de fonctionner, mais elle est trop fragile, a-t-il ajouté. Nous demandons que la loi soit durcie, et qu’elle puisse être contrôlée et sanctionnée par des sanctions dissuasives. » Enfin, la FNCL estime que les pouvoirs publics doivent faire en sorte que deux mesures de régulation soient introduites dans la PAC : la sécurisation des marges et le rééquilibrage des aides.
Sans faire de nouvelles annonces, le ministre délégué à l’Agroalimentaire Guillaume Garot est allé dans le sens des propos du président de la FNCL : « Il faut reprendre la LME dont nous mesurons chaque jour les effets négatifs sur nos producteurs. La loi n’a pas été au rendez-vous, il y aura des adaptations. Elle sera traitée dans le cadre de la loi de consommation, présentée par Benoît Hamont au Parlement, avant l’été », a-t-il assuré. La question de la volatilité des prix des matières premières dans l’élaboration du prix final ainsi que l’obligation de bases de négociations claires y seront intégrées. « Le gouvernement met tout son poids pour que cet accord (entre producteurs, transformateurs et distributeurs) soit conclut dans les meilleurs délais et au meilleur niveau possible. » « Il nous faut aussi réfléchir à l’amélioration de la contractualisation, a poursuivit Guillaume Garot. Il nous faudra également porter la question de l’après quota et inventer de nouveaux mécanismes de régulation qui devront traiter l’éventuelle surproduction. Bref, des solutions pour envisager l’avenir avec confiance, mais aussi avec réalisme. » Et d’ajouter : « Les coopératives peuvent jouer un rôle majeur et bénéfique dans ce nouveau système pour concilier performance écologique et économique. »

La charte des coopératives laitières
Confrontée à un certain éloignement de ses adhérents qui ne retrouvent pas dans les coopératives l’esprit qui devrait les animer, la FNCL s’est prononcée en faveur d’une amélioration de leur gouvernance. « Les associés doivent s’impliquer davantage dans la vie coopérative pour la faire fonctionner, a précisé Dominique Chargé. Depuis 2 ans, nous engageons des travaux pour redynamiser ce lien. » Et d’annoncer le lancement d’une charte des « engagements mutuels entre coopératives et associés coopérateurs ». En sept points, la FNCL encourage les conseils d’administrations des coopératives à s’engager à expliquer les missions, responsabilités et défis du conseil d’administration de la coopérative, à rendre compte aux associés-coopérateurs ou encore à mettre en valeur le capital social. La charte prévoit également la mise en place d’une commission de travail interne sur le sujet des volumes, après la sortie des quotas laitiers en 2015, ou une autre sur la place des jeunes dans la coopérative. Le président de la FNCL a indiqué qu’il souhaitait que toutes les coopératives laitières adoptent cette charte dans l’année qui vient. Il a donné rendez-vous à chacun dans un an pour procéder à un état des lieux sur les apports de cette charte.

Laura Béheulière

Zoom sur... Les coopératives laitières françaises en chiffres
Les coopératives en parts de marché
• Lait de consommation : 66 %.
• Fromage de vache : 43 %.
• Beurre : 51 %.
• Fromage de chèvre : 65 %.
• Poudres : 53 %.
• Produits ultra frais : 20 %.

Le réseau FNCL
• Groupes coopératifs : + de 260. Dont coopératives « fruitières » : 200.
• Associés-coopérateurs : 45 000.
• Salariés : 20 000.
• CA 2011 : + 10,5 milliards d’euros.
• Producteurs de lait : 50 % sont des associés-coopérateurs.
• Lait de vache collecté : 54 %.
• Lait de chèvre collecté : 62 %.
• Lait de vache transformé : 45 %.
Chiffres FNCL 2010.
Une revalorisation de 25 euros/1 000 litres
Le Premier ministre s’est prononcé le 18 avril en faveur d’une revalorisation « d’au moins 25 euros les mille litres du prix payé aux producteurs de lait pour les mois d’avril, mai et juin ». Jean-Marc Ayrault a ainsi repris à son compte les conclusions du médiateur, nommé lors de la Conférence laitière, qui a préconisé une augmentation du prix du lait pour les producteurs de 25 euros/1 000 litres. Le Premier ministre et le ministre de l’Agriculture « soutiennent cette proposition et demandent à l’ensemble des acteurs de finaliser la mise en œuvre de ces orientations avant la fin de la semaine afin que la revalorisation soit effective pour l’ensemble des producteurs dès le paiement de la collecte d’avril », précise le communiqué.

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