« La gestion des volumes doit être examinée au sein de l’interprofession »
« Si toute les entreprises se mettent à proposer une gestion des volumes par rapport à leurs débouchés, il n’y a plus d’interprofession qui tienne, prévient Benoît François. Et ce sont les producteurs qui en feront les frais. » - © F. Mechekour
Selon vous, il est temps de tirer la sonnette d’alarme. Pourquoi ?
Il s’agit de rappeler aux industriels que nous sommes toujours sous le régime des quotas, il ne faudrait pas l’oublier. Il y a des règles à respecter. Aujourd’hui, les quotas sont gérés par l’administration en conférence de Bassin jusqu’au 31 mars 2015. Les autres critères de paiement du lait, tels que la qualité, sont discutés par l’interprofession, c’est-à-dire dans la région par le CRIEL Nord-Picardie-Ardennes. Il est vrai que les industriels n’ont pas toujours pouvoir de décision dans cette gestion administrative par les pouvoirs publics. Nous souhaitons néanmoins que la gestion des volumes soit examinée au niveau de l’interprofession, comme l’ensemble des critères qui touchent au prix du lait. Cette proposition sera mise à l’ordre du jour par les producteurs lors des prochaines réunions du CRIEL.
Depuis avril dernier, plusieurs entreprises ont proposé des contrats avec des niveaux de prix et volumes différenciés. Cependant, que l’on soit un producteur Danone, Sodiaal ou autre, volume A et B ne veulent pas dire la même chose. C’est trop prématuré. Nous ne sommes pas contre ce système, mais celui-ci doit surtout s’appliquer après le 31 mars 2015. Le volume B ne devrait entrer en vigueur qu’avec la disparition des quotas. À l’heure actuelle, si un producteur produit plus que sa référence, il est pénalisé. À part les prêts de quotas pour faire de la gestion en fin de campagne, on ne peut donc pas produire de lait supplémentaire.
Jusque là, certains producteurs recevront encore des attributions de quota. Nous voulons qu’elles soient bien considérées comme telles par les industriels. Le volume A doit rester la somme des quotas de chaque producteur de l’Hexagone. Les échanges entre producteurs permettent de compenser les cessations d’activité. Il ne s’agit pas de volumes supplémentaires. Or, on a actuellement l’impression que les entreprises laitières veulent les considérer comme du volume B. C’est inacceptable.
Si la FRPL n’est pas contre le volume A et B, vous demandez néanmoins l’équité de traitement au niveau de l’ensemble des producteurs. N’était-ce pas le cas jusqu’à présent ?
Nous ne voulons pas non plus que les laiteries imposent unilatéralement à leurs livreurs un volume A et B. Le volume A correspond au volume destiné au marché intérieur et européen, valorisé sur la base de PGC (produits de grande consommation), ainsi que les produits industriels consommés en Europe. Le volume B doit correspondre à des volumes supplémentaires et produits sur la base du volontariat.
En clair, nous ne sommes pas opposés à ce que les producteurs qui le souhaitent fassent du volume supplémentaire sur la base d’un volume B, traité en interprofession. Mais il faut respecter au préalable certaines conditions : d’une part, le volume B doit être aussi contractualisé. D’autre part, la possibilité de faire des volumes supplémentaires doit réellement être ouverte à tous les producteurs.
D’un côté, les coopératives entendent développer de nouveaux outils industriels pour permettre à leurs adhérents de faire du volume B. Tandis que chez les industriels privés, on semble vouloir garantir un prix sans augmentation de volume.
Pourquoi les schémas de gestion de volume proposés par Sodiaal et d’autres sociétés posent-ils problème ?
Nous ne sommes pas d’accord avec les orientations prises par Sodiaal, qui propose d’intégrer dans son schéma un volume A et B, voire « C » à l’intérieur du quota. La coopérative justifie ce volume B par la suppression à terme de la flexibilité et une part de produits industriels plus importante que la moyenne de la laiterie France (entre 20 à 30 %). Le volume B Sodiaal n’est pas celui que veulent faire tous les producteurs. C’est-à-dire du volume supplémentaire, valorisé en beurre-poudre pour l’export hors Union européenne ; et non du volume B à l’intérieur du quota.
Il y a globalement un manque de logique dans les systèmes proposés par certains transformateurs. On a le sentiment parfois qu’ils veulent contourner les accords interprofessionnels avec les volumes A et B. Il est plus que temps que les producteurs fassent des propositions, et leur disent : venez discuter en interprofession. En tout cas, si on reste dans cette logique, les producteurs auront avant la fin des quotas en 2015, 80 % de leur volume en A et 20 % en B, et ce sans volumes supplémentaires.
Pensez-vous que la mise en place du volume A, B, voire C avant 2015 serve à justifier une baisse du prix du lait payé par les laiteries ?
Mis à part cela, quel est l’intérêt des laiteries de mettre en place des volumes et prix différenciés en période de quotas ? Encore une fois j’insiste, il ne s’agit pas de volumes supplémentaires.
Propos recueillis par MDS
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