Le Syndicat Agricole 27 novembre 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Lait - « Ce qui n’a pas été versé aux producteurs en 2014, il faudra le rendre en 2015 »

La préoccupation majeure des éleveurs pour l’an prochain reste bien le prix du lait.

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« Certaines laiteries sont en phases avec nos attentes, d’autres ont encore un pallier à franchir », affirme le président de l’ADPL 62.
« Certaines laiteries sont en phases avec nos attentes, d’autres ont encore un pallier à franchir », affirme le président de l’ADPL 62. - © DR

L’association départementale des producteurs de lait du Pas-de-Calais (ADPL62) a tenu mardi dernier son assemblée générale à Fauquembergues. Le syndicat fête cette année le 40e anniversaire de sa création. Et si à l’époque, le premier combat pour défendre les producteurs de lait était celui du prix du lait, quarante ans plus tard, celui-ci continue et risque même de s’amplifier. Jusqu’en 2012, toutes les laiteries du bassin laitier payaient le lait sur les mêmes bases. Or, depuis deux ans, chaque transformateur affiche un prix de base du lait différent, en fonction de calculs « maison ». Le léger écart constaté en 2013 s’est ainsi encore creusé cette année. Sur 2014, l’objectif de prix minimum attendu devrait être au moins de 374 €/1 000 l (cf. encadré « point de vue »). « Certaines laiteries sont en phase avec nos attentes, d’autres ont encore un pallier à franchir », affirme Serge Capron, président de l’ADPL 62.


Les coopérateurs mieux lotis
Dans l’ensemble, les producteurs, qui livrent les transformateurs privés, tirent la langue. « En 2013, il nous manquait 2 €/1 000 l, explique Gilles Durlin, président de l’OP Danone Bailleul. Nous avons essayé d’en récupérer au moins la moitié, sans succès ». Ce dernier poursuit : « Avec l’instauration du tunnel à 8 avec l’Allemagne, Danone ne se situera pas dans le peloton de tête, mais plutôt dans le ventre mou du classement en matière de prix du lait ». Selon lui, « c’est Danone qui tire le prix du lait vers le bas cette année ». Du côté de Lactalis, « on repart sur un prix politique, avec version + 25 € au maximum pour 2014, indique Joël Bray, président de l’OP de Lactalis Cuincy. L’argument principal étant une fois de plus la clause de sauvegarde du contrat visant à s’aligner sur les prix de ses concurrents ». Et d’ajouter : « Au niveau de l’Unell, nous avons refusé cette proposition, en demandant à Lactalis de revenir aux indicateurs interprofessionnels ». Pour sa part, Emmanuel Lepecquet, président de l’OP Novandie Vieil Moutier reconnaît « qu’après avoir flirté avec les 400 €/1 000 l en début d’année, aujourd’hui, à un peu plus de 335 €/1 000 l, le quotidien est morose ».
La situation semble plus favorable pour ceux qui adhèrent à une coopérative. « Chez Sodiaal, d’un prévisionnel de 358 €, nous devrions arriver à 367 €/1 000 l en moyenne d’année, estime Arnaud Carlu. Il reste encore de la marge par rapport à la coopérative voisine ». À la Prospérité Fermière, l’atterrissage devrait en effet se situer autour de 379 €/1 000 l, en intégrant dans la base le complément de prix historique de 5 €. « Il n’y a quasiment que la Prospérité Fermière qui joue le jeu, résume Hervé Bertrand. Elle suit les indicateurs économiques, l’évolution des marchés, tout en intégrant un indice de compétitivité avec l’Allemagne, pour lisser les écarts ».


Prêts à passer à l’action si nécessaire
« Ce qui n’a pas été versé aux producteurs en 2014, il faudra le rendre en 2015 », prévient Serge Capron. Et le président de l’ADPL 62 d’interpeller les responsables de laiteries présents dans la salle : « En fonction des indicateurs économiques, il nous manque des euros, n’hésitez surtout pas à mettre un complément de prix sur décembre ». D’après lui, les producteurs sont encore en manque de trésorerie, les charges étant restées cette année sur un point haut. Quid de l’année prochaine ? « Pour le début 2015, on entend des annonces de prix fortement à la baisse. Cela n’est pas envisageable », insiste-t-il, s’adressant à Thierry Roquefeuil, président de la FNPL et invité d’honneur de la 40e AG. « Comme tu le vois, nous avons équipé nos adhérents d’un bonnet, sourit-il. On peut s’en servir quand tu le veux, dès que l’on aura un mot d’ordre national en cas de dérive. Sache-le, nos tracteurs sont également prêts ».
Concernant les volumes, le président de l’ADPL 62 rappelle que la réserve du bassin laitier a été soldée pour la dernière campagne sous le régime des quotas. « Le volume étant réduit, nous avons choisi l’option de conforter les JA récemment installés, et de porter l’attribution à 90 000 litres au minimum pour les JA 2014, précise-t-il. Nous avons aussi obtenu la modification de consistance pour les installations sans reprise de foncier ou création d’un atelier supplémentaire ». L’attribution de quotas JA seule a donc permis d’obtenir les aides à l’installation cette année. « Nous souhaitons que cela perdure après la fin des quotas, martèle Serge Capron. Il nous reste encore du travail de persuasion à faire au niveau des laiteries, pour y arriver et en même temps, préserver une certaine équité ».


MDS

Point de vue d'Alain Gille, président de la FRPL

Le prix minimum est de 374,40 €/1 000 litres en moyenne pour l’année 2014

Le prix de base du lait (hors prime et impact qualité) est composé du prix moyen de l’année précédente et d’un indice économique lié à l’évolution des marchés. L’indice économique est en fonction de la conjoncture des produits industriels (beurre et poudre) et des fromages à l’export. Il intègre un indice de cohérence entre les prix allemands et français pour lisser les écarts. La publication de ces indicateurs officiels pour calculer le prix du lait est reconnue par la loi de la concurrence.
Le prix du lait ne se décrète pas, il se calcule. Dans ce contexte, la FRPL affiche une certitude : le prix du lait doit être payé aux producteurs au minimum de 374,40 € les 1 000 litres pour l’année 2014, avec l’intégration des indicateurs pour le mois de décembre. Le prix du lait doit refléter l’état des marchés, par la prise en compte des indicateurs économiques comme l’entreprise et le producteur s’y sont engagés précédemment. Les contrats doivent être respectés et sont là pour fournir une visibilité aux producteurs.
C’est pourquoi le FRPL demande aux entreprises laitières d’appliquer les indicateurs économiques et de payer le prix minimum aux producteurs (soit 374,40 € les 1 000 litres pour l’année 2014).
Le marché intérieur français laitier ne fonctionne toujours pas normalement parce que les hausses ne sont pas répercutées à la hauteur du marché et se trouve déconnecté du marché européen. C’est la première fois depuis avril 2013, que le prix du lait français reste en dessous du prix allemand de 20 € les 1 000 litres. Avec l’application de l’indicateur : le tunnel à 10, cela représente l’équivalent de 250 millions d’euros pour la ferme France. C’est la somme que les producteurs français doivent retoucher en plus des producteurs allemands en 2015.
Le métier est très exigeant, en temps de travail, en investissement... Si on veut pérenniser la filière, il faut une juste rémunération des producteurs. Les éleveurs commençaient à reprendre confiance en leur métier.
Messieurs les transformateurs, vous pouvez et vous devez rémunérer au juste prix les producteurs de lait. Pas d’excuse et l’histoire ne doit pas se répéter...

Verdissement PAC : « Une culture verte qui ne compte pas, ça me choque ! »

Lors de la lecture de son rapport moral, Serge Capron a dénoncé le manque de « pragmatisme économique et même écologique » des politiques concernant la sauvegarde de l’élevage. « Sur la redistribution des aides de la PAC, sans notre intervention et sans celle de la FNPL, la surdotation n’existerait pas, encore moins la prime à la vache laitière », a-t-il souligné. Mais pour le président de l’ADPL 62, le compte n’y est pas, il va falloir selon lui encore travailler sur le verdissement. « Alors que dans le Pas-de-Calais, la structure moyenne des exploitations laitières est 350 000 l de lait sur 65 ha. Comment ne pas arriver à faire admettre que les prairies soient reconnues comme une culture ? », s’interroge-t-il. Et d’ajouter : « Une culture verte qui ne compte pas, ça me choque ! Sur nos exploitations à l’horizon 2020, il sera très difficile d’avoir 3 cultures sans retenir les prairies. La réglementation doit évoluer pour s’adapter. Pourquoi les producteurs devraient-ils être les seuls à devoir s’adapter ? Les éleveurs peuvent s’engager à faire vivre la filière, mais il ne faut pas qu’on leur mette sans cesse des bâtons dans les roues ».

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