Le Syndicat Agricole 08 mars 2017 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

La voix des femmes, une voie d’avenir

En cette journée de la femme, retour sur le colloque « Être agricultrice en 2017 ».

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Malgré l’obtention d’un certain nombre de droits, les femmes restent moins considérées que leurs homologues masculins en milieu agricole, que ce soit pour obtenir des prêts ou pour accéder aux postes de représentativité.
Malgré l’obtention d’un certain nombre de droits, les femmes restent moins considérées que leurs homologues masculins en milieu agricole, que ce soit pour obtenir des prêts ou pour accéder aux postes de représentativité. - © E. Durand

«J’adore ce que je fais, il n’y a pas de plus beau métier », témoigne Christine Mougin, productrice de lait et seule aux commandes depuis le décès de son mari. C’est cette passion qui anime les agricultrices et qui les a poussées, tout au long de l’Histoire, à se battre pour leurs droits. Le colloque « Être agricultrice en 2017 » organisé au Sénat le 22 février par la délégation aux droits des femmes, a fait le bilan de ces progrès mais surtout du chemin qui reste encore à parcourir. Introduisant la première table-ronde sur les défis à relever, la sociologue Sabrina Dahache a rappelé les inégalités qui demeurent : difficulté d’accès aux prêts bancaires, sous-représentation des femmes exploitantes et non collaboratrices, surfaces de production souvent plus petites, etc. Sans compter qu’ « on déplore encore beaucoup de femmes qui travaillent sans statut », explique Jacqueline Cottier, présidente de la Commission nationale des agricultrices de la FNSEA. Ce qui a des conséquences dramatiques pour la retraite, les accidents du travail, mais aussi en cas de divorce ou de veuvage. Les inégalités sont visibles dès la formation en lycée agricole, car si l’on compte autant de filles que de garçons dans ces établissements, seulement 38 % d’élèves de sexe féminin sont inscrites dans les formations purement agricoles, alors qu’elles sont sur-représentées dans les formations de services aux personnes, précise Karen Serres, présidente de la FRSEA de Midi-Pyrénées et d’un lycée agricole. Malgré l’obtention d’un certain nombre de droits, les femmes restent moins considérées que leurs homologues masculins en milieu agricole, que ce soit pour obtenir des prêts (les agricultrices sont endettées en moyenne sur 25 ans contre 10 ans pour les hommes) ou pour accéder aux postes de représentativité. D’où la nécessité pour les femmes de faire avancer la législation en leur faveur, et de se présenter aux élections, qu’elles soient politiques ou syndicales. « Il y a quatre ans, j’ai été élue aux élections Chambre car il y a eu une loi. Heureusement que la loi aide les femmes à prendre la place réelle qu’elles ont dans la société », estime Emeline Lafon, productrice de lapins, élue en 2013 à la Chambre d’agriculture du Gers grâce à la loi obligeant une représentativité d’au moins un tiers de femmes.

Sensibilité aux nouvelles attentes sociétales
Si cette représentativité féminine est nécessaire, ce n’est pas uniquement pour faire avancer le droit des agricultrices, mais aussi parce qu’elles portent une voix différente. Aujourd’hui, les agricultrices choisissent le métier et ne subissent plus le choix de leur mari. Elles sont plus nombreuses à s’installer après avoir vécu une première vie professionnelle dans un autre domaine. Leur projet est souvent plus réfléchi, et elles sont plus sensibles aux attentes sociétales. Elodie Petitbon, avicultrice, s’est installée en bio car les consommateurs étaient davantage demandeurs, et organise des évènements festifs à la ferme pour inscrire son exploitation dans la vie du territoire. « Quand on choisit ce métier, on embarque tout le monde avec soi, on l’impose à ses enfants, et je voulais leur imposer quelque chose de positif », explique-t-elle. Responsables de la famille mais aussi, souvent, de la gestion du budget, les femmes sont aussi plus ouvertes à tout ce qui peut augmenter la marge sur leurs exploitations. Dès son installation en 2011, Marie-Blandine Doazan, présidente des JA de Haute-Garonne, a cherché à réduire les intrants et a commencé la diversification, d’abord avec les semences puis, l’année dernière, avec la production d’agneaux Label rouge. Si les femmes sont en effet plus nombreuses à se tourner vers la diversification, le tourisme à la ferme, ou encore la vente directe, attention cependant « à ne pas nous cantonner à la diversification : nous sommes aussi des professionnelles de l’élevage et de la production en général », rappelle Nathalie Marchand, agricultrice en Ille-et-Vilaine.
Pour le faire savoir, le mieux reste encore de se structurer et d’accéder aux postes de représentativité pour faire avancer l’agriculture. Et le sujet ne concerne pas que les femmes : « Si demain il n’y a pas d’avancées sur la parité dans la représentation, ce sont des territoires qui vont mourir ! », insiste Nathalie Marchand. Le Sénat semble en avoir pris conscience, puisque ce colloque marquait le début d’un travail de fond pour la délégation sénatoriale au droit des femmes et sa présidente Chantal Jouanno qui entend « créer une dynamique d’échange avec tous les acteurs de monde agricole » à ce sujet.

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