Le Syndicat Agricole 15 janvier 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

La septoriose en ligne de mire

Relativement discrète lors de la dernière campagne, la septoriose n’en demeure pas moins la maladie foliaire la plus fréquente dans nos régions.

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La septoriose reste la maladie la plus fréquente sur le blé dans nos régions. © C. Gloria  © DR Cette année, plus de 75 % des parcelles de céréales ont reçu une spécialité fongicide à base de SDHI. © © S. Tritici

Avec une nuisibilité estimée de l’ordre de 18 quintaux en 2015, la pression septoriose a été moindre qu’en 2014, mais dans la moyenne de ces douze dernières années. À noter que, pour une fois, notre région a été plutôt épargnée par rapport à d’autres, plus au Sud, qui ont connu des attaques records. En sortie d’hiver, les outils de pilotage comme Septo-Lis indiquaient des niveaux d’inoculum proches de la moyenne. Mais le printemps venteux et plutôt sec  a freiné l’expansion de la maladie. Finalement, c’est vers la fin avril, au stade dernière feuille pointante (DFP), que les outils ont déclenché une première intervention. Un premier traitement particulièrement bien valorisé avec le retour de pluies abondantes, début mai. Prôné depuis longtemps par Arvalis, le positionnement de la première application fongicide grâce à ces outils d’aide à la décision (OAD), a, une fois de plus, montré toute sa pertinence. Bien appliqué, il suffit ensuite d’intervenir tous les 15 à 20 jours, selon la pression maladie. Le tout étant de protéger préventivement toutes les nouvelles feuilles qui apparaissent et de ne pas laisser « entrer » la maladie dans la parcelle.
Pour 2016 Arvalis recommande ainsi, dans le cadre de stratégie à 3 passages majoritaires dans nos régions, de mettre l’accent sur le T2 qui assure à lui seul 70 à 80 % de la protection ! Privilégier ainsi une association SDHI/triazole renforcée par exemple par une strobilurine si présence de rouille. Le T1, quant à lui, est en quelque sorte une assurance pour éviter à la maladie d’arriver dans la parcelle. Si son importance est moindre en situation d’infestation tardive ou minime par rapport à la normale, ce T1 est primordial, en cas d’explosion précoce de la septoriose, sous peine de toujours « courir » après la maladie. C’est lors de cette première application que le chlorothalonil, produit préventif multisite par excellence, a toute son importance, renforcé dans tous les cas par une ou plusieurs triazoles, à l’instar du Cherokee. À souligner, l’arrivée cette année d’une nouveauté prometteuse dans les essais de l’Institut technique Arvalis : le Broadway. Ce produit, associant de l’époxiconazole et du folpel, est conseillé sur ce créneau, en association avec du chlorothalonil.
Clé de voûte du programme, le T2 sera donc appliqué au stade le plus sensible du blé, à savoir à la dernière feuille étalée. Il protège majoritairement la plante pendant 15 à 20 jours jusqu’à l’apparition de l’épi.
Quelle que soit l’association SDHI – triazole retenue, c’est plus la qualité de l’intervention et son bon positionnement qui importe que le produit adopté. Quant à l’ultime application, un peu à l’image du T1, c’est avant tout les conditions de l’année qui déterminent ou non son intérêt. Ce T3 sert alors de relais au T2 pour éviter à la septoriose de contaminer les dernières feuilles et l’épi. Mais plus généralement, celui-ci vise, avant tout, les maladies de l’épi comme les différentes formes de fusarioses. Il existe alors de nombreuses solutions sur le marché à base de prothioconazole seul (JOAO) ou associé avec une autre triazole (Kestrel, Prosaro…), ou encore d’autres triazoles (Osiris Win, Caramba Star…).
In fine, l’élaboration du programme fongicide sur blé vise avant tout la septoriose, ajusté  au fil de la campagne, pour lutter contre d’autres maladies comme les rouilles et les fusarioses. Mais sa réussite passe principalement par une bonne réactivité par rapport au risque de l’année, l’alternance des familles chimiques utilisées, le délai de ré-intervention dans la parcelle. Sachant que la mise en œuvre de facteurs agronomiques (retard de la date de semis, travail du sol…), techniques (optimisation de la densité de semis, fertilisation ajustée…) et surtout variétaux, concourt à ajuster et à valoriser au mieux ces interventions fongicides.

Septoriose et résistances
Les différentes formes de résistance à la septoriose représentent, à terme, une réelle menace sur le contrôle de cette maladie. Si le chlorothalonil, produit multisite essentiellement préventif, n’est pas touché par ces phénomènes, les strobilurines sont devenues complètement inopérantes. Restent donc deux grandes familles chimiques disponibles : les triazoles et les SDHI. Pour la première, l’érosion des principales matières actives (epoxiconazole, metconazole…) est inéluctable. Leur alternance et leur association avec un autre partenaire sont donc toujours, à privilégier. À noter que le prothioconazole (JOAO) est un peu moins touché que les autres représentants des triazoles. Pour ce qui est des SDHI, si en France, aucun cas n’a été officiellement détecté, en Angleterre, il semble déjà que cette famille subisse de plein fouet cette perte d’efficacité, due aux résistances à la septoriose. Pour maintenir ces spécialités chimiques efficaces le plus longtemps possibles, en baissant la pression de sélection, Arvalis recommande ainsi, l’utilisation d’une seule SDHI en programme. En outre, les essais menés par l’Institut technique indiquent clairement qu’une double application de SDHI en programme n’apporte aucune valorisation économique. Même constat pour le fractionnement qui ne génère, en 2015, aucun bénéfice ! Une seule SDHI bien positionnée, dans la majorité des cas au stade DFE, est donc la solution la plus pérenne et la plus rentable techniquement et économiquement.

C.D.

Zoom sur... Les solutions de biocontrôle arrivent

Encore confidentielle pour lutter contre les maladies des céréales, cette nouvelle solution est testée depuis quelques années par Arvalis. Goëmar est aujourd’hui le seul acteur présent sur le marché, avec la laminarine qu’on retrouve dans le Vacciplant GC ; une situation qui devrait évoluer rapidement, avec l’arrivée, dès 2017, de nouveaux produits proposés par la société De Sangosse. Le concept du biocontrôle repose sur le développement par la plante de mécanismes de défense actifs pour se défendre contre les agresseurs et pathogènes. Dans le cas du Vacciplant GC, l’objectif est de remplacer jusqu’à 40 à 50 U de la dose du T1 par cette solution. Dans son expérimentation, Arvalis a ainsi testé ce produit à 0,5 l /ha en association avec 0,67 l/ha de Cherokee. Cette stratégie de substitution a deux objectifs majeurs : tester une nouvelle solution technique, mais surtout, diminuer significativement les IFT. Dans les 10 essais menés par l’Institut technique sur deux ans, « l’apport de cette nouvelle solution ne permet pas de compenser les quintaux perdus imputables à la réduction de la dose du T1 ». Si, donc, économiquement cette substitution n’est pour l’instant pas rentable, il n’en demeure pas moins que les solutions de biocontrôle semblent être une alternative d’avenir pour renforcer les programmes phytosanitaires, tout en diminuant les IFT. Des solutions sur lesquelles se penchent d’ailleurs tous les grands groupes de l’agrochimie.

SDHI : Un positionnement essentiel

65 % du rendement étant assuré par les deux dernières feuilles du blé (F1 et F2), il est essentiel de protéger au mieux ces organes de production. Dès l’étalement de la dernière feuille, l’application de la SDHI semble donc être le stade le plus judicieux. C’est, dans tous les essais entrepris, l’intervention fongicide la plus rentable qui conditionne, à la fois la qualité et la quantité à la récolte. Dans les différents essais Arvalis, le poids de cette intervention, à dernière feuille étalée, permet de contrôler 81 % de la nuisibilité totale, soit 11,4 q/ha contre un gain de seulement 1 quintal pour la première application, réalisée dans des conditions très sèches et donc non optimales ! Dans ses préconisations, Arvalis insiste donc beaucoup sur le bon positionnement de cette intervention, clé de la réussite des programmes fongicides.

À chacun sa SDHI
Désormais, la famille chimique récente des SDHI est devenue incontournable dans la lutte fongicide, puisqu’on estime que plus de 75 % des hectares cultivés en blé tendre ont reçu une spécialité contenant une SDHI en 2015. Initiées il y a une dizaine d’années avec l’arrivée du boscalid sur colza, deux solutions techniques se partagent dorénavant le marché : le bixafen ou Xpro (Bayer Agro) et le fluxapyroxad ou Xenium (BASF Agro). Ces deux spécialités ont été d’emblée proposées en association : avec du prothioconazole pour la premiére (Aviator Xpro) et de l’époxiconazole (Adexar) pour la seconde. L’objectif étant, bien sûr, de multiplier les modes d’action et donc de limiter au maximum l’apparition de résistances. Depuis peu, ces sociétés proposent également de nouvelles associations. Avec une strobilurine par exemple, pour avoir un spectre d’efficacité plus large, en particulier sur rouilles : Ceriax (ou Voxan) avec l’ajout de pyraclostrobine pour BASF Agro, Variano Xpro avec l’adjonction de fluoxastrobine pour Bayer Agro. Ou alors avec une nouvelle triazole, le metconazole (SunOrg Pro…), à travers le Librax. Le but de ces différentes solutions étant de répondre à toutes les problématiques rencontrées sur le terrain (septoriose, rouille jaune ou brune…).
Mais ce paysage pourrait bien changer dès l’année prochaine avec l’arrivée sur le marché de deux nouvelles SDHI, le benzovindiflupyr de chez Syngenta Agro et le penthiopyrade de chez Dupont Solutions. Associée à du Cherokee ou du Joao dans les essais Arvalis, la première nouveauté semble apporter un plus d’environ 12 points d’efficacité et environ 4 q/ha par rapport au bixafen, avec la même quantité de prothioconazole. Proposé seul, le penthiopyrade devra être dans tous les cas associé à une triazole renforcée, pourquoi pas par du chlorothalonil. Dans les expérimentations de l’Institut technique, ce produit atteint les mêmes niveaux d’efficacité que les meilleures SDHI associées disponibles actuellement. L’arrivée d’ici 1 ou 2 ans de ces nouvelles solutions devrait encore rendre plus prépondérante cette famille chimique.

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