Le Syndicat Agricole 09 septembre 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

La semence, premier maillon de la chaîne de production

Reportage dans la station de semences d’Achiet-le-Grand (62), la seule du Nord-Pas de Calais.

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Aperçu de la chaîne de triage. © DR La table densimétrique, qui fait entrer les grains « en lévitation », permet d’éliminer les grains touchés par la fusariose. © DR Étienne Regost, le directeur de la station d’Achiet-le-Grand. © DR

La moisson s’est achevée sur un bilan terrible, qui n’est un secret pour personne : rendements en forte baisse et présence de fusariose. Dans ces conditions particulières, comment se déroule la production de semences certifiées ? Nous avons voulu en savoir un peu plus et Étienne Regost nous a ouvert les portes de la station de semences d’Achiet-le-Grand (62) qu’il dirige. Celle-ci, la seule du Nord-Pas de Calais, est intégrée à la coopérative Unéal, tout comme celle d’Estrés-Saint- Denis, dans l’Oise.
C’est à cette période de l’année, depuis le mois d’août et jusqu’à octobre, que la station de semences d’Achiet-le-Grand, créée dans les années 1960, connaît son pic d’activité. Plus de 20 000 tonnes de graines y transitent chaque année, le blé représentant 78 % des volumes. L’activité de la station peut se résumer ainsi : multiplier, préserver (la pureté variétale notamment, ainsi que la faculté germinative), et enfin protéger à travers le triage et la protection phytosanitaire.
La multiplication se fait bien sûr au champ, grâce aux 115 agriculteurs-multiplicateurs avec qui la station travaille, sur plus de 3 200 ha. Un premier contrôle est effectué en parcelle au mois de juin, par un personnel habilité du Gnis. « On valide ensuite si on prend ou pas cette production, ou alors on demande une épuration », précise le directeur du site. Vient alors le moment de la moisson, et la réception en usine, où d’autres contrôles sont effectués.

Deux chaînes de triage
À Achiet-le-Grand, la capacité de stockage est de 10 800 tonnes en vrac. Le triage s’effectue grâce à une succession d’appareils, énormes machines bruyantes et en mouvement, qui éliminent les grains indésirables au fur et à mesure de leur avancée sur la ligne de tri. Il y a deux lignes de triage ; une chaîne principale pour les céréales et protéagineux d’une capacité de 14 à 20 t/heure, et une chaîne secondaire pour les céréales d’une capacité de 6 t/heure. « On démarre par le calibrage, explique Étienne Regost, ce qui permet de sortir les grains impurs. » Une table densimétrique, qui fait entrer les grains « en lévitation », permet d’aller plus loin et d’éliminer les grains touchés par la fusariose. « On travaille ici avec la densité des grains, ce qui permet de les séparer », explique le directeur. Si nécessaire, et principalement en cas de présence d’ergot, un lot peu également passer au triage optique.
Ensuite, c’est le moment du traitement. La semence reçoit un insecticide, un fongicide, un colorant et un fluidifiant pour faciliter le passage dans le semoir. « C’est la partie la plus pointue, précise Étienne Regost. Il faut apporter la bonne dose sur chaque grain. Nous utilisons du matériel assez sophistiqué. » Après cela, les semences sont conditionnées, principalement en big bag de 600 kg mais aussi en sacs de 25 kg.
Il se passe en moyenne 48 heures entre l’arrivée d’un lot et sa sortie d’usine. Et tout au long de son parcours dans le bâtiment, ce lot subit une batterie de contrôles, notamment dans un laboratoire présent sur place et agréé par le Soc (Service officiel de contrôle et certification), le service technique du Gnis. Tout est vérifié : la pureté, le dénombrement, la faculté germinative, l’état sanitaire, la qualité du traitement. La protection des salariés est une préoccupation majeure au sein de l’usine : les temps d’exposition pour chaque poste sont contrôlés, et les chaînes de tri sont équipées de matériel d’aspiration et de récupération des poussières. Pour les agriculteurs, des recommandations sont également apposées sur les sacs de semences.

Préparer 2018
À leur sortie d’usine, les semences repartent dans les circuits de vente, notamment à destination des adhérents d’Unéal mais aussi vers d’autres coopératives. Si 80 % du tonnage est vendu en circuit court, le reste, soit 20 %, part à l’export. « Nous avons un marché régulier vers la Belgique mais nous vendons aussi de façon ponctuelle à l’Allemagne ou encore à l’Italie par exemple », précise Étienne Regost. La France est d’ailleurs le 1er producteur européen et le 2e exportateur mondial.
Mais cette année, les stations pourront-elles approvisionner correctement les marchés ? « Les principaux problèmes de cette campagne sont le déficit de fertilité des épis, le défaut de remplissage et la présence de la fusariose, explique le directeur. Le tout avec des rendements en dessous de ce qu’on espérait. C’est du jamais vu. » Ainsi, à l’usine, le débit est faible et le taux de déchet est élevé. « Le plus gros danger était de ne pas pouvoir livrer les agriculteurs en temps et en heure, alors on a ouvert l’usine 24 h/24. C’est notre capacité à rebondir. On n’aura pas de retard significatif. De plus, on garantit la faculté germinative ; la partie chimie du process nous aide beaucoup et nous travaillons avec des produits hauts de gamme. » Enfin, le ministère de l’Agriculture a réagit pour compenser le déficit au niveau national (cf. encadré « Zoom sur… »).
Et alors que les sacs de semences pour la campagne qui arrive sont en train d’être vendus, au sein de la station d’Achiet-le-Grand on se prépare déjà à la campagne 2017-2018. Fin août s’organisait en effet le moment du référencement variétal, c’est-à-dire du choix des variétés qui seront multipliées en 2017 puis collectées en 2018. Chaque année, la station travaille avec 4 à 5 nouvelles variétés, sur une vingtaine au total. « On considère que l’on doit être des moteurs de renouvellement », souligne le directeur.

Laura Béheulière

Un projet de grande envergure

Les sites d’Achiet-le-Grand et d’Estrées-Saint-Denis arrivant à saturation, le groupe Advitam ambitionne de fermer les deux unités pour en créer une nouvelle à Avesnes-les-Bapaume. « Il s’agit de sécuriser l’approvisionnement en semences, souligne Étienne Regost qui dirige les deux stations. Nous misons sur le partenariat ; il y a déjà des structures qui sont intéressées pour travailler avec nous. » La coopérative mise aussi sur l’hybride, qu’elle considère comme l’avenir.
La capacité de la nouvelle usine sera de 45 000 tonnes de semences (elle est aujourd’hui de plus de 20 000 t pour Achiet-le-Grand et de 12 500 t pour Estrée-Saint-Denis). « Nous avons les autorisations administratives pour commencer les travaux à la fin de l’année, pour une usine opérationnelle en 2018 », souligne Étienne Regost.

Dérogation

Le ministère de l’Agriculture a autorisé la certification de semences R2 (2e génération) sur le territoire français pour les espèces de blé tendre d’hiver, d’orge d’hiver, de protéagineux d’hiver et de printemps (pois et féverole) pour la campagne 2016-2017, afin de compenser un déficit en semences R1 (1re génération) au niveau national.

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