Le Syndicat Agricole 28 octobre 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

La ruralité fait ses propositions en vue de la présidentielle

Réunies autour de l'Association des maires ruraux de France, 17 associations et organisations publient un recueil commun de « 18 propositions pour la ruralité ».

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« La couverture internet médiocre dans les campagnes symbolise à elle seule la fracture qui s'est opérée avec le monde urbain. » © Efos Les maires ruraux ont lancé une initiative originale en demandant à des acteurs engagés de la vie rurale de formuler des propositions pour vivre à la campagne. © N. Ouvrard

Pas moins de 17 organisations actrices du monde rural (1) ont rejoint l'AMRF pour défendre « Le pouvoir des campagnes » (2) autour de 18 propositions adressées aux politiques, à quelques mois de l'élection présidentielle. Compilées dans un hors-série de Village magazine, ces propositions se présentent comme « un démenti cinglant à ceux qui disent que la ruralité est morte », a indiqué Vanik Berberian, président de l'AMRF, le 19 octobre. « Face aux cyniques qui année après année tiennent la ruralité la tête sous l'eau, les ruraux ne peuvent se contenter de promesses et de déclarations d'amour pour la ruralité jamais concrétisées, ou traduites dans une politique qui les contredisent chaque jour. Les ruraux votent, ne l'oublions pas, mais ils proposent aussi et agissent. Ils souhaitent être entendus davantage qu'ils ne l'ont été depuis des décennies. Cette initiative porte un message d'espoir parce qu'elle fédère des acteurs du monde rural convaincus », a écrit le bureau de l'Association des maires ruraux de France (AMRF) pour expliquer sa démarche. Le recueil, sorte de livre blanc, présente également des initiatives concrètes menées en milieu rural et tend à ouvrir le regard habituellement porté sur les campagnes, qui « ne se résument pas qu'à l'agriculture et aux jolis paysages ».

Élever la notion de territoire au niveau constitutionnel
Les habitants des territoires ruraux restent moins bien considérés que leurs homologues urbains, selon l'AMRF qui dénonce « l'absurdité mathématique contenue dans la loi de finances, votée tous les ans » selon laquelle « un urbain vaut (en euros) deux ruraux ». Même si elle « tient plus de la lettre au père Noël », admet Vanik Berberian, la proposition de l'AMRF consiste en une révision de la Constitution afin d'y mentionner la notion de territoire. Car celle-ci « oublie, voire ignore l'espace au profit de la référence unique au nombre ». L'AMRF suggère que « la superficie soit une réalité contraignante au même titre que l'égalité entre les citoyens dans les textes de loi et tout simplement dans la réflexion collective que nous devons avoir sur l'avenir de notre pays ».

Faciliter l'expression du monde rural dans les conseils régionaux
La FNSEA, qui s'exprime quant à elle à travers le Groupe monde rural qu'elle a fondé, demande une véritable équité des territoires conditionnée par un égal accès aux services publics, aux moyens de transport ou au numérique. Mais pour que la parole des ruraux soit entendue par les pouvoirs publics, la FNSEA estime qu'une « évolution du système électoral des conseillers régionaux » est nécessaire. La FNSEA appelle à maintenir un premier collège de conseillers régionaux, élus selon les modalités actuelles : un scrutin de liste à deux tours, avec une représentation proportionnelle. Mais elle demande la création d'un second collège de conseillers régionaux qui seraient, eux, issus des différents territoires et élus selon un « scrutin uninominal majoritaire à deux tours », c'est-à-dire un vote non pas pour une liste mais pour un candidat clairement identifié.
Pour leur part, les Chambres d'agriculture estiment qu'elles-mêmes, mais aussi « les collectivités territoriales et tous les acteurs de la société civile (agriculteurs, transformateurs, chefs d'entreprise, citoyens...), doivent construire des partenariats forts, organisés autour d'une vision commune du territoire. Il convient de valoriser les savoir-faire pour gérer de manière équilibrée la production, l'économie et l'environnement ».
L'Union nationale des maisons familiales rurales considère que les « jeunes vivant dans les territoires ruraux constituent un élément majeur du potentiel social et économique futur si l'on construit leurs parcours de formation à l'échelle de territoires européens interconnectés ».

Donner les moyens d'agir
Leader France demande à l'État de doubler les fonds de Feader européens dédiés au programme Leader (3) et de confier la gestion de ce budget aux territoires, afin de « démultiplier l'effet levier des fonds européens ». Notre Village, association qui accompagne les actions territoriales en faveur du développement durable, ne réclame pas d'argent public, mais « de la confiance ». L'organisation estime que l'État « doit être beaucoup moins prescriptif et beaucoup plus facilitateur et régulateur ». Nouvelles Ruralités suggère quant à elle l'élaboration d'une « loi d'orientation et de programme sur les territoires ruraux » dans la veine de la loi montagne.
Plus Beaux villages de France lance le slogan « Cultivons notre différence » et Bistrots de Pays estime que le commerçant de proximité est un lieu d'accueil important, véritable trait d'union entre sphères publique et privée. Générations Mouvement (ex-Aînés ruraux) veut s'appuyer sur les compétences et la disponibilité des seniors en créant un Conseil des seniors.
Les 18 propositions devraient être complétées par d'autres demandes que l'AMRF recense actuellement à l'occasion de rencontres départementales qu'elle a appelées « États généraux de la ruralité ». Elle les adressera au printemps prochain aux candidats à l'élection présidentielle. « Nous allons dire aux candidats ce que les territoires ruraux attendent d'eux », indique Vanik Berberian qui précise : « On ne demande pas l'aumône, on demande à être reconnus, car la ruralité n'est pas un boulet ».

(1) Union nationale des MFR, Mouvement rural de jeunesse chrétienne, Nouvelles ruralités, Foyers ruraux, Leader France, Ruralité environnement développement, Réseau européen des petites communes rurales pour la neutralité énergétique, Groupe monde rural, Fondation du patrimoine, Plus beaux villages de France, Adrets, Génération mouvement, Assemblée permanente des chambres d'agriculture, Centres musicaux ruraux, Bistrots de pays, Collectif ville campagne, Notre village.
(2) Village magazine, Le pouvoir des campagnes, hors-série n° 1, octobre 2016 (12 EUR).
(3) Le programme Leader (Liaison entre action de développement de l'économie rurale) vise à encourager la mise en oeuvre de stratégies originales de développement durable, dans les territoires ruraux, à travers l'expérimentation.

3 questions à Michel Hermant, maire de Roquetoire (62) et président de l'Association des maires ruraux du Pas-de-Calais.

« Nous sommes le parent pauvre de la politique générale »

Quel est l'objectif de ces 18 propositions ?
L'idée est de rappeler à nos dirigeants politiques qu'une commune rurale doit être considérée au même titre qu'une commune urbaine, en termes d'attention et surtout en termes de moyens. Bien souvent, nous sommes le parent pauvre de la politique générale. Nous avons basé nos revendications sur un indicateur simple : la dotation globale de fonctionnement* (DGF). Son montant est attribué aux communes au prorata du nombre d'habitants. Néanmoins, la DGF par habitant est inférieure de moitié pour les habitants des campagnes que pour ceux des villes. Cette marge était légitime il y a une quarantaine d'années mais doit être revue aujourd'hui puisque l'exode rural est terminé. La tendance s'inverse rapidement et les nouveaux ruraux ont des attentes et des besoins identiques aux urbains.

Comment la loi Nôtre** se met en place dans les communes rurales ?
En comparaison de la régionalisation effectuée il y a un an, le regroupement de certaines intercommunalités, pour le 1er janvier 2017, a parfois été effectué d'autorité. Le préfet a présenté ses cartes des nouvelles intercommunalités sans tenir compte des affinités qu'avaient déjà pu avoir certaines structures en travaillant ensemble. Le tout, sans feuille de route au préalable. Je suis choqué de voir s'imposer un tel système sans faire appel à nos initiatives.

La couverture internet des campagnes est, elle aussi, une problématique récurrente...
C'est en effet un chantier qui avance lentement. Il symbolise à lui seul la fracture qui s'est opérée avec le monde urbain, et que je déplore, au même titre que l'accès aux soins ou aux transports. Les fournisseurs d'accès à Internet s'intéressent prioritairement aux communes de plus de 15 000 habitants pour passer des marchés.
Les villages se sentent abandonnés et passent au second plan. Encore une fois, il y a une inégalité de considération entre habitants ruraux et urbains.

Propos recueillis par Simon Playoult

* Participation financière de l'État au budget des collectivités territoriales.
** Troisième volet de la réforme des territoires souhaitée par l'État.

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