Le Syndicat Agricole 17 mars 2017 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Métaleurop : « La reconversion agricole de ces terres polluées doit être un projet pilote »

Stéphane Le Foll s’est engagé à recevoir au ministère de l’Agriculture les porteurs du projet de construction d’un méthaniseur sur la zone agricole située autour de l’ancienne usine Métaleurop.

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Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture (au premier plan), et Romain Vion, président de l’association « agriculture et enjeux de territoire » (en haut à droite), lors du déplacement du ministre, dans la région la semaine dernière. (© DR) La valorisation de la biomasse doit permettre aux agriculteurs du secteur d’explorer de nouvelles potentialités économiques. Ainsi, plusieurs hectares de miscanthus ont déjà été implantés. © DR L’ancien site de Métaleurop où une unité de méthanisation pourrait voir le jour. © DR

À quelques semaines de la fin du quinquennat présidentiel, les lignes bougent sur l’épineux dossier de Métaleurop. Le ministre de l’Agriculture a rencontré les agriculteurs situés dans la zone soumise à un encadrement sanitaire des productions agricoles et les représentants régionaux de la profession, le 9 mars à Tilloy-lès-Mofflaines (62). Plusieurs solutions alternatives aux productions classiques, actuellement à l’étude afin de maintenir une agriculture « économiquement viable » sur ce territoire, ont été présentées à Stéphane Le Foll. Ce dernier s’est dit prêt à recevoir une délégation à Paris, début avril, pour « procéder à un examen approfondi des besoins et des financements » de différents projets. Un appel du pied qui redonne espoir aux exploitants concernés.

Faire émerger un plan d’action avant 2018
Depuis 24 mois et la publication de deux arrêtés préfectoraux réglementant la mise en marché des productions, des indemnités sont alloués aux agriculteurs dont la totalité ou une partie des terres se situent dans le périmètre de restrictions sanitaires. Cet accompagnement financier est dégressif sur 3 ans (il prendra fin après la campagne 2017). « Il s’agit d’une période “transitoire” dont doit émerger un plan d’action et des filières de reconversion », explique Romain Vion, président de l’association « agriculture et enjeux de territoire » qui regroupe 22 exploitants du secteur reconnu pollué. « Des projets de cultures uniquement non alimentaires sont ainsi en réflexion depuis plusieurs semaines », complète Jean-Bernard Bayard, président de la Chambre d’agriculture Nord-Pas de Calais. Ils sont gérés par un comité de pilotage (Copil) créé en mai 2016 et composé de 18 membres (principalement des services de l’État, de la Chambre d’agriculture et de la Safer Flandres-­Artois). La proposition phare est la mise en place d’une unité de méthanisation collective.

Un méthaniseur à l’endroit même de l’ancienne usine Métaleurop ?
Une étude de faisabilité technico-économique pour la construction d’une unité de méthanisation agricole sur la zone est en cours, financée par les différents partenaires. « Nous entrons dans la phase finale, annonce Romain Vion. Un scénario comprenant le coût global, le dimensionnement ou encore la gestion du site va être élaboré ». L’outil ne serait pas uniquement alimenté avec du maïs mais aussi avec d’autres cultures. Par dérogation, l’approvisionnement de l’installation ne sera pas limité à 15 % de cultures à « vocation alimentaires » (dans le tonnage annuel brut). Pour l’emplacement du méthaniseur, trois lieux potentiellement éligibles ont été sélectionnés, dont le terrain de Sita Agora, à l’endroit même de l’ancienne usine Métaleurop. Mais « rien n’est acté pour le moment », précise Jean-Bernard Bayard. Une expérimentation est également menée pour évaluer l’incidence des « éléments traces métalliques » sur les procédés de valorisation (process et digestat). « La méthanisation pourrait devenir l’activité principale des agriculteurs dont les parcelles sont situées dans le périmètre pollué », poursuit le président de l’association. À condition de trouver rapidement des solutions ». Plus de 200 ha seraient, en effet, consacrés à cet équipement. Près de deux tiers des exploitants du secteur « contaminé » sont aujourd’hui intéressés par le projet de méthanisation. L’unité serait créée pour intégrer, à terme, l’ensemble des agriculteurs de la zone qui le souhaitent.

Miscanthus, chanvre industriel et autres possibilités à l’étude
Parallèlement, un travail est mené pour l’émergence d’autres filières agricoles. Un groupe de travail dédié, piloté par la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Draaf) Hauts-de-France réunit des instituts scientifiques et techniques, des entreprises positionnées sur ces secteurs, les agriculteurs et les collectivités territoriales. « Le volet biomasse doit nous permettre d’explorer de nouvelles potentialités économiques, indique Romain Vion. La culture de miscanthus et sa valorisation est la voie la plus avancée, avec des résultats intéressants ». Cette plante pérenne possède un caractère « phytostabilisant » ; les polluants sont fixés par les racines et se retrouvent peu dans les parties aériennes qui peuvent ainsi être valorisées. « Le miscanthus a un haut potentiel en biomasse et peut s’utiliser sous différentes formes : énergie, litière, paillage d’espaces verts, élément de combustion ou granulation, précisent les agriculteurs. Nous espérons pouvoir accroître cette culture via de nouveaux débouchés ». La production de six hectares implantés en 2008 est actuellement exploitée dans une chaufferie pour une collectivité. De futurs projets sont en réflexion, notamment celui de chauffer une piscine municipale. Comme le miscanthus, et grâce à son faible besoin en intrants, la culture du chanvre industriel est aussi à l’étude pour diverses applications (construction, isolation, papeterie…), aux côtés des taillis très courte rotation et des cultures productrices d’huiles essentielles. « La pérennisation de toutes ces cultures sur le périmètre est essentiel car elle pourrait être complémentaire à l’activité de méthanisation et permettrait de sécuriser les assolements », a assuré le représentant des exploitants concernés devant Stéphane Le Foll.

« Nous attendons des engagements »
Pour le développement de chacune de ces filières, des évaluations technico-économiques, financées dans le cadre d’appels à projets, sont déjà en cours ou doivent être menées. La mise en marche de filières non alimentaires s’inscrit ainsi dans la démarche régionale de la Troisième révolution industrielle (TRI). « Ces filières novatrices s’inscrivent dans l’économie circulaire, note Jean-­Bernard Bayard. Leur aboutissement repose sur l’implication des collectivités territoriales auxquelles nous avons expliqué les enjeux des projets. Métaleurop peut devenir un laboratoire grandeur nature ». « La reconversion agricole de ces terres polluées doit être un projet pilote, estime le ministre de l’Agriculture. Sa réussite serait utile à beaucoup d’endroits en France et servirait d’exemple. Nous devons trouver des solutions simples et efficaces pour nos friches industrielles à reconquérir ». « Nous subissons cette pollution, lui a rappelé Romain Vion. L’État a également sa part de responsabilité, il doit nous accompagner et débloquer cette situation critique ». Une mobilisation et une persévérance qui ont payé. Les agriculteurs ont désormais un mois pour finaliser leurs propositions et présenter un dossier solide rue de Varenne où une délégation sera reçue autour du 10 avril. « Avec le cabinet ministériel, nous évaluerons la maquette et les demandes précises de financement pour caler un dispositif », garantit Stéphane Le Foll. « Nous attendons des engagements ou au moins un accord de principe », lance Romain Vion. L’objectif du rendez-vous est évidemment de débloquer des fonds mobilisables rapidement pour les projets. Reste à savoir si l’ensemble de ces projets aboutira alors que nous serons à deux semaines des élections présidentielles.

Simon Playoult

Les grandes dates d’un dossier vieux de 15 ans

• 2003 : fermeture de l’usine Métaleurop et délimitation d’une zone interdite à toutes activités agricoles autour de cette zone ;
• 2015 : extension de la zone dite « contaminée » autour de l’usine après de nouvelles études menées sur les sols (arrêtés préfectoraux du 29 mai 2015). 32 exploitations agricoles (734 ha en tout) sont concernées sur 10 communes : Évin-Malmaison, Courcelles-lez-Lens, Leforest, Dourges et Noyelles Godault dans le Pas-de-Calais ; Auby, Flers-en-­Escrebieux, Roost-Warendin, Ostricourt et Raimbeaucourt dans le Nord ;
• 2016 : création de l’association « agriculture et enjeux de territoire » et mise en place d’un plan d’action ;
• 2017 : deux rencontres avec le ministre de l’Agriculture.

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