Le Syndicat Agricole 06 octobre 2016 à 18h00 | Par Le Syndicat Agricole

La pension canine, une diversification qui sort du lot

Afin de compléter les revenus de l’exploitation familiale, située à Mametz (62), Alexandre Réant a créé sa pension canine.

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Les enclos individuels font 9 m2 chacun ; certains sont recouverts d’un grillage pour éviter que les grands chiens ne passent par dessus. © DR La pension du Rietz affiche complet à chaque période de vacances scolaires. © DR Alexandre Réant et son chien posent dans les enclos de promenade où chaque animal peut gambader une heure chaque jour. © DR

C’est avant tout une histoire de passion pour les chiens. Lorsqu’il souhaite s’installer sur l’exploitation familiale, l’EARL du Rietz, à Mametz dans le Pas-de-Calais, Alexandre Réant pense tout de suite à ouvrir une pension canine. Son premier projet ne paraît pas assez rentable et il s’oriente finalement vers les poules pondeuses… avant de vite revenir à son idée initiale. Salarié de l’exploitation depuis 2009, il présente à nouveau un dossier à son père, Michel Réant. Le jeune homme a tout repensé, tout recalculé, contacté la banque : le projet est « béton » et il se lance en juin 2012. « Je voyais qu’il y avait une demande », assure Alexandre Réant. C’est ainsi que la pension vient compléter la ferme de 30 vaches laitières et de 80 hectares. En parallèle, Alexandre a également ouvert son entreprise d’entretien des paysages.
Sa pension, installée derrière la maison de ses parents, peut accueillir jusqu’à neuf chiens. Au-delà de cette capacité, la réglementation est plus contraignante avec, entre autres, des critères de distance minimum à respecter (au moins 100 m entre les enclos et les premiers voisins). Pour se lancer dans cette activité, Alexandre Réant, qui a 30 ans aujourd’hui, a tout de même dû obtenir un certificat de capacité animalier, une autorisation administrative officielle qui permet d’exercer en toute légalité les métiers en lien avec les animaux de compagnie. « Je l’ai passé à Tilloy-lès-Mofflaines, précise-t-il. C’est une formation en trois jours, avec un examen final. Il faut savoir reconnaître les comportements des animaux, savoir quand ils vont bien, comment gérer l’hygiène, l’environnement ou encore le bien-être. »

Du Chiwawa au géant Leonberg
Alexandre a aménagé les enclos dans un bâtiment existant. Les neufs cages de 9 m2 chacune (la réglementation impose un minimum de 6 m2) s’alignent ; elles disposent d’un abri individuel construit en panneaux isolants qui permettent de garder la fraîcheur en été et qui sont faciles à nettoyer. Une option « lampe chauffante » est même disponible pour les chiens qui auraient besoin de plus de confort en hiver. « J’ai imaginé la pension que j’aurais souhaité avoir pour mes propres animaux », résume Alexandre Réant, toujours suivi de son Border Collie, Dick. Deux Épagneuls bretons complètent la famille.
La majorité des chiens accueillis sont de taille moyenne ou grande ; Alexandre les affectionne tout particulièrement. Mais toutes les races sont représentées, du Chiwawa au géant Leonberg… Les clients sont des habitants des environs, de Mametz ou de Thérouanne, qui laissent leur chien pour une dizaine de jours en moyenne ; parfois un week-end, parfois un mois entier. Beaucoup sont des habitués, la pension ne fait aucune publicité, le bouche-à-oreille fonctionne bien.
Pour une journée en pension, les maîtres doivent débourser 8 € pour les chiens de moins de 20 kg et 9 € pour les plus de 20 kg. Pour les molosses susceptibles d’être dangereux, un supplément est demandé, ce qui permet de couvrir les frais d’assurance supplémentaires. Une sortie d’une heure par jour est incluse dans le prix. En option, l’animal peut également être sorti en laisse. Alexandre offre même un toilettage (bain et shampoing) pour un séjour supérieur à 15 jours. On sent qu’il est attentionné et prend soin des chiens qui viennent vivre quelques jours chez lui : « Une complicité s’installe avec certains animaux », reconnaît-il. Il faut dire qu’il a toujours côtoyé des chiens, depuis son enfance. Il nous montre ses petits pensionnaires qui défilent en photos sur son portable. Et raconte une de ses techniques pour apprivoiser les nouveaux venus : « Dès que le propriétaire est parti, je m’assois dans le box et j’attends que le chien vienne de lui-même. Généralement, ça marche ! » Il y a aussi les chiens qui ont leurs habitudes, ceux qui « chouinent » en partant car ils regrettent déjà leur lieu de villégiature ! Il faut également savoir gérer les rapports entre les chiens, ne pas mettre une femelle en chaleur à côté d’un mâle par exemple, ou deux mâles dominants l’un à côté de l’autre.

« Le contact humain est très intéressant »
« Je propose aux propriétaires de leur donner des nouvelles de leur chien, précise Alexandre Réant. J’envoie par exemple un texto avec une photo. Le relationnel, le contact humain est aussi important, et très intéressant. » Le jeune homme peut en effet avoir jusqu’à un rôle de conseiller, orientant les maîtres d’un chien vers une autre pension plus adaptée à leurs besoins. Il a en tout cas de nombreuses anecdotes à raconter : « Parfois, je retrouve des similitudes entre les comportements des propriétaires et des chiens ! Un jour, quelqu’un m’a demandé à avoir le chien au téléphone… » La fois suivante, le jeune homme doit consoler une propriétaire qui pleure en quittant son fidèle compagnon : « Il faut savoir rassurer les personnes ». Son activité est également l’occasion de communiquer sur le métier d’agriculteur ; lorsque les propriétaires viennent avec leurs enfants, ces derniers adorent allez voir les veaux et les vaches.
Alexandre Réant a d’ailleurs organisé les horaires de la pension de façon à pouvoir participer à la traite. Quand il ne travaille pas dans « l’atelier canin », il aide aussi aux champs, notamment pendant la moisson. Sa femme donne un coup de main pour s’occuper des chiens, parfois son père les sort aussi. Le matin, il doit les nourrir, les sortir et nettoyer les cages. Le soir, il redistribue des croquettes et les conduit à nouveau dans les enclos enherbés. Les maîtres apportent les croquettes que le chien a l’habitude de consommer, même si une « option croquette » est possible. En cas de maladie, Alexandre Réant avertit le client qui lui donne ou non son accord pour appeler un vétérinaire. Les frais sont à la charge du maître.
« La pension canine est une activité secondaire qui apporte un complément de revenu sur l’exploitation. Dès la deuxième année, c’était rentable », témoigne-t-il. « Ce qui me plaît est de côtoyer une grande diversité de chiens, d’apprendre à les connaître, à gérer les différents comportements, selon les différentes races. Il faut aimer les chiens et le relationnel avec les gens ! ». Pour lui, la diversité des revenus sur l’exploitation est essentielle et il estime qu’il fallait « sortir du lot, faire quelque chose de différent. » « Il y a de la place pour tout le monde mais chacun doit trouver son créneau », souligne-t-il. En tout cas, la pension affiche complet à chaque période de vacances scolaires et Alexandre a le projet de s’agrandir : « Un jour, on verra »…

Laura Béheulière

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