Le Syndicat Agricole 10 décembre 2015 à 12h00 | Par Le Syndicat Agricole

La future région, un acteur agricole de premier plan

Le second tour des élections régionales aura lieu le 13 décembre. Un point sur le rôle des régions, décisionnaires dans de nombreux dossiers en lien avec l’agriculture et le rural.

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N’oubliez pas d’aller voter ce dimanche pour le deuxième tour des élections régionales.
N’oubliez pas d’aller voter ce dimanche pour le deuxième tour des élections régionales. - © S. Dévé

Le 6 décembre, la présidente du Front national Marine Le Pen, tête de liste FN, est arrivée en tête du premier tour des élections régionales dans la nouvelle grande région Nord-Pas de Calais – Picardie. Avec 40,64 %, elle devance Xavier Bertrand, tête de liste des Républicains qui remporte 24,97 % des voix. Pierre de Saintignon, liste PS, obtient quant à lui 18,12 % des voix et a décidé de se retirer du prochain vote pour faire barrage au FN. À la veille du second tour, il est important de revenir sur le rôle des régions sorties renforcées de la dernière réforme territoriale. Elles possèdent désormais des compétences exclusives en matière de développement économique, gestion des fonds européens, formation professionnelle en apprentissage-alternance, aménagement du territoire, environnement, lycées et transport. Autant de thématiques qui impactent directement l’activité agricole et la vie de nos territoires ruraux. Les élections régionales sont donc un réel enjeu pour nos territoires et l’agriculture. La future région Nord-Pas de Calais – ­Picardie sera la première de France en chiffre d’affaires agricole et agroalimentaire. La production agricole et l’industrie agroalimentaire y emploient près de 100 000 personnes et génèrent 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires. C’est donc bien une région agricole de premier ordre qui sera sous la responsabilité de la nouvelle équipe. Les futurs élus devront être à même, dans leur domaine de compétence, de répondre aux enjeux actuels et d’apporter des solutions à un secteur qui se caractérise par des prix au plus bas dans de nombreuses filières, ne permettant pas de couvrir les coûts de production, mais aussi par un déficit de compétitivité croissant lié à l’inflation des normes. Investir dans les ressources humaines, encourager la performance économique des secteurs agricoles et agroalimentaires, promouvoir une agriculture en équilibre avec son milieu : autant d’enjeux stratégiques pour notre avenir que la région devra traiter en priorité avec ses compétences.

Des compétences élargies
En économie, la Région est responsable de la définition des orientations en matière de développement. Pour ce faire, elle élabore un schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII) qui définit notamment « les orientations en matière d’aides aux entreprises, de soutien à l’internationalisation et d’aides à l’investissement immobilier et à l’innovation des entreprises, ainsi que les orientations relatives à l’attractivité du territoire régional ». La Région reçoit une compétence exclusive pour définir les régimes d’aides et pour décider de l’octroi de soutiens aux entreprises dans la région, y compris à des entreprises en difficulté. En devenant autorité de gestion des fonds européens (Feder, Feader et une partie du FSE), les Régions ont dorénavant le devoir de définir et de sélectionner les projets territoriaux à accompagner financièrement. Elles auront aussi le pouvoir de « corrections et de sanctions financières ». Pour la formation, la Région est compétente dans la mise en œuvre des actions de formation professionnelle continue et d’apprentissage, ce qui inclut l’insertion des jeunes en difficulté et tout ce qui touche à l’alternance. La région s’occupe également de la construction, de l’entretien et du fonctionnement des lycées d’enseignement général et des lycées et établissements d’enseignement agricole. Enfin, la Région doit présenter un schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires qui fixe les objectifs en matière d’équilibre et d’égalité des territoires, d’implantation des différentes infrastructures d’intérêt régional, de désenclavement des territoires ruraux, d’habitat, de gestion économe de l’espace et d’intermodalité et de développement des transports. La future assemblée territoriale devra prioritairement servir l’investissement dans la modernisation et l’innovation de nos exploitations, c’est-à-dire servir une agriculture prospère et durable. La Région aura l’obligation de rechercher un soutien équitable entre toutes les formes d’agriculture, en cohérence avec les besoins des filières, des territoires mais aussi des consommateurs.

FDSEA 59 et 62

Point de vue de Xavier Beulin, président de la FNSEA

Restaurer la confiance

« Au lendemain de chaque élection, les commentaires vont bon train. Reconnaissons qu’au soir de ce 6 décembre, les questions, les doutes, voire la stupeur ont gagné nos concitoyens. Comme souvent (toujours ?), on a droit à la même question : vote d’adhésion ou vote sanction ? Bien sûr, les analystes et autres commentateurs vont plus ou moins rationnellement nous expliquer le taux d’abstention, un scrutin régional... mais fortement impacté par la situation économique et sociale du pays, par les conséquences de ce terrorisme aveugle et barbare. Oui tout cela est vrai, mais il y a plus grave encore et, hélas, les dirigeants du Front national l’ont bien compris. Depuis trop d’années, les partis du gouvernement ont laissé s’installer un climat de défiance. Cela est particulièrement sensible dans les territoires, dans nos territoires ruraux et périurbains.
Chômage, précarité, mobilité, services, culture, santé, commerces, écoles, accès aux réseaux mobiles et au numérique... la liste est longue ! Sans oublier l’excès de normes de réglementations appliquées sans discernement depuis Paris. Et que dire du découragement de celles et ceux qui osent encore entreprendre, créer, investir, travailler dur pour y arriver ? Oui, Mesdames et Messieurs les dirigeants politiques, le découragement, la détresse, l’absence d’écoute, l’isolement, génèrent du repli sur soi, du rejet, du refus de l’autre, de la suspicion sur le voisin. Les agriculteurs n’échappent pas à ces tendances. Pour autant faut-il, par son abstention, ou par un vote sanction, remettre en cause nos valeurs, nos ambitions, notre histoire, notre culture, notre rayonnement international ? Faut-il renoncer à cette construction européenne, qui doit tant aux paysans, à l’euro, ou bien œuvrer à plus de convergence sociale, fiscale et environnementale ? Faut-il se replier sur notre seul marché, et renoncer à valoriser notre savoir-faire, notre diversité et notre excellence à travers le monde ? Faut-il abolir une PAC, certes fortement critiquable, mais indispensable, ou bien travailler à en améliorer l’efficacité ? Faut-il se priver de ces dizaines de millions de touristes qui viennent profiter de nos montagnes, de nos bocages, de nos plaines ? Dans une démocratie, le 1er droit et le 1er devoir est de voter. Chacune et chacun d’entre nous exprimera, pour ce 2e tour, son choix, ses convictions, mais aussi son humeur. Puisse ce vote être aussi un vote d’espoir, et de restauration de la confiance.

Les fonds européens à gérer par la région

Les mesures de développement rural du 2e pilier de la PAC (fonds Feader) sont désormais mises en œuvre par les Conseils régionaux qui sont autorité de gestion. Elles sont déclinées dans le cadre de Programmes de développement ruraux régionaux (PDRR). Dans ce cadre, les Régions proposent des plans de compétitivité et d’adaptation de l’agriculture (PCAE), mesures concrètes issues du PDDR destinées à moderniser les exploitations, innover, mettre aux normes et adapter les conditions de travail. On trouve aussi dans le PDDR le financement des mesures agroenvironnementales et climatiques (Maec) et de l’agriculture biologique. Pour le Nord-Pas de Calais – Picardie, la somme allouée aux fonds Feader est de 430 millions d’euros, avec les cofinancements de l’État, sur la durée de la programmation soit jusqu’en 2020.

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