Le Syndicat Agricole 22 janvier 2016 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

La ferme connectée : une révolution agricole en marche

L’agriculture s’informatise à grande vitesse. Les acteurs du monde agricole doivent prendre des solutions pour maîtriser la multiplication des données.

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Le mouvement d’informatisation s’accélère fortement  depuis 2 à 3 ans avec la vulgarisation et la diffusion  d’objets connectés ou d’outils d’aide à la décision (OAD) au sein des exploitations. © BIVB Le gouvernement français pourrait créer un portail de données à vocation agricole, mis à disposition de tous. © S. Leitenberger Stéphane Marcel, directeur général de la société Smag (leader français de l’informatique agricole), et Sébastien Abis, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iri © DR

Drones agricoles, logiciels d’analyses multicultures, systèmes de guidage automatique, alertes par mails ou mobiles… Embarquées ou utilisées au quotidien, les nouvelles technologies du numérique se sont fait une place de choix, et en quelques années seulement, dans les exploitations. Traite des vaches, optimisation de la fertilisation, alimentation des animaux, le digital est partout, notamment dans les fermes du Nord-Pas de Calais.

De la mécanisation de l’agriculture à son informatisation
En France, l’agriculture, encore « traditionnelle », a véritablement franchi un cap en 1950 avec l’émergence et la démocratisation des premiers engins agricoles. Le machinisme était alors présenté comme la solution idéale pour répondre au « manque de bras » de l’après-guerre et aux besoins urgents de reconstruction du pays. « Un quart de siècle après sa mécanisation, l’agriculture connaît depuis une quinzaine d’années une nouvelle évolution majeure, indique Stéphane Marcel, directeur général de la société Smag, leader français de l’informatique agricole depuis 2000, qui intervenait au complexe cinéma de Saint-Omer (62) le 12 janvier dernier. L’arrivée du numérique bouleverse le monde agricole au même titre que celle du tracteur ».
Un mouvement d’informatisation qui touche l’ensemble des métiers et qui s’est fortement accéléré en 2 à 3 ans avec la vulgarisation et la diffusion d’objets connectés ou d’outils d’aide à la décision (OAD) au sein des exploitations, toutes filières confondues. « Aujourd’hui, le métier d’agriculteur ne consiste plus à planter, entretenir et récolter, poursuit le spécialiste. L’exploitant doit être à la fois chef d’entreprise, gestionnaire, technicien, économiste et agronome ». La profession, à l’échelle régionale, doit relever de nombreux défis : répondre à une demande sans cesse accrue des pays émergents en protéines animales et végétales, réduire l’empreinte environnementale, participer à la lutte contre le changement climatique et s’y adapter en réalisant la transition agroécologique, et enfin fournir des matières premières adaptées pour des usages énergétiques en exploitant pleinement la biomasse. « Pour y parvenir, il est certain que l’agriculture sera de plus en plus intelligente et connectée, affirme Stéphane Marcel. Il faut accepter ces changements et s’organiser pour avancer en ce sens ».

Mettre en place un « portail de données » à vocation agricole
Face à ces bouleversements rapides, l’expert en numérique agricole est clair : « Sans organisation commune et sans maîtrise de l’acquisition massive de “datas” (données informatiques embarquées ou pilotées), ces dernières pourraient uniquement bénéficier aux multinationales qui ont investi dans le numérique ». Fin 2015, quatre acteurs français de la recherche et de l’innovation (Inra, Irstea, Acta et AgroParisTech) ont donc remis au ministère de l’Agriculture un rapport de recommandations, formulé à travers 30 projets déclinés en une centaine d’actions qui visent à mobiliser les institutions agricoles représentatives. Près de 300 organisations nationales ont été consultées au cours d’ateliers collectifs et d’entretiens. « L’idée est de créer un portail de données à vocation agricole, mis à disposition de tous, annonce Stéphane Marcel. Cette “méga-base” permettrait de capitaliser l’ensemble des informations perçues par les outils et logiciels en service afin d’établir des diagnostics globaux, utiles à tous les agriculteurs et permettant gain de temps, anticipation, sécurisation et sérénité ». Le dispositif pourrait établir à terme une synthèse des données publiques géoréférencées (cartes, relevés topographiques, images satellitaires...), pédoclimatiques, sanitaires, partagées par les exploitants ou les autres acteurs économiques. Ce portail national ambitionne d’être un espace pilote vers une initiative européenne. Un colloque de restitution destiné aux acteurs consultés va être organisé au cours du premier trimestre 2016.

Simon Playoult

Zoom sur... « Pas d’évolution pour l’agriculture sans connexions »

Pour 2050 et dès aujourd’hui, un défi est lancé à l’agriculture et à l’ensemble de ses acteurs : nourrir 2 milliards de personnes supplémentaires. Véritable enjeu de société, mis en lumière fin 2015 lors de l’exposition universelle de Milan sous le thème « Nourrir la planète, énergie pour la vie » et à la COP 21, cet objectif pose la question des pratiques agricoles de demain. « Une grande fracture planétaire se creuse à ce titre entre les territoires connectés et ceux qui n’ont pas accès au numérique, précise Sébastien Abis, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris). Les pays développés sont plus à même de trouver des solutions techniques et logistiques que certains pays émergents du Sud ». Face à la forte croissance démographique attendue, l’agriculture française aura donc un rôle important à jouer sur l’échiquier international. « Le blé va devenir un produit de luxe, estime le conférencier. La problématique sera de réussir à produire plus et mieux avec des ressources qui diminuent ».

L’agriculture en mouvement

- 16 milliards de dollars, c’est ce que devrait représenter le marché mondial de la robotique agricole à l’horizon 2020.
- 1 300 chercheurs en robotique travaillent en France.
- 20 laboratoires dans le monde sont spécifiquement positionnés sur la robotique agricole, en particulier en élevage, culture en serre et récolte de fruits et légumes.
- 46 % des agriculteurs français sont équipés de GPS (2013).
- 1 milliard d’euros la valeur nette de la sélection génomique pour les seuls bovins laitiers pour la France.
- 50 % des chefs d’exploitation auront un niveau de formation secondaire et un quart disposeront d’une formation supérieure en 2025.

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