Le Syndicat Agricole 11 mai 2015 à 08h00 | Par Le syndicat agricole

La confusion sexuelle, moyen de lutte dans les vergers

Pour lutter contre le ver de la pomme, des producteurs installent dans leurs arbres des diffuseurs de phéromones.

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Flavie et Matthieu Demay. © DR Matthieu Demay installe les diffuseurs de phéromones. © DR Nichoirs, abris à insectes ou encore station météo sont autant d’outils utiles à la lutte contre les ravageurs. © DR

À Beugnies, dans l’Avesnois, à quelques kilomètres au sud de Maubeuge, le verger de Flavie et Matthieu Demay a pris de jolies couleurs blanc et rose. Nous sommes en pleine période de floraison. Avec ses 5,5 ha de pommes et son demi-hectare de poires, auxquels s’ajoutent des fraises de saison sous serre, la Pommeraie du Courtil est « éco-responsable ». Les deux producteurs nous ont accueillis la semaine dernière pour nous expliquer une technique un peu particulière, peu connue et pourtant couramment utilisée dans les vergers français : la confusion sexuelle. L’objectif : se débarrasser du ver de la pomme sans produits phytosanitaires.

Cette méthode de biocontrôle fonctionne comme un leurre. De petits bâtonnets en plastiques, imprégnés de phéromones de la femelle du papillon carpocapse, sont placés sur les arbres du verger. Le papillon mâle ainsi troublé n’arrive pas à trouver la femelle ; il n’y a donc pas d’accouplement, et pas de ver de la pomme. Le travail de mise en place est long : Matthieu Demay installe 500 bâtons par hectare, soit un diffuseur tous les quatre arbres, au tout début du mois de mai. « Cela prend deux jours à deux personnes, précise-t-il. C’est l’occasion de bien observer le verger. » La méthode fonctionne uniquement à grande échelle ; installés sur une surface de 1 à 2 ha, les bâtonnets peuvent créer l’effet inverse, attirant les mâles.

Ils ont une efficacité d’un an, et doivent alors être renouvelés. Avec un coût estimé à 200 €/ha, la technique des diffuseurs de phéromones est plus chère que la lutte chimique, mais représente « un choix, une démarche pour répondre notamment aux attentes de la société, une volonté d’avoir des fruits avec zéro résidu », précise Matthieu Demay. « Cela fait maintenant quatre ans que nous utilisons cette technique, ajoute le producteur. Ça fonctionne très bien, nous ne faisons plus de traitement. »

Production intégrée

Cette méthode, aujourd’hui utilisée dans 70 % des vergers écoresponsables, s’inscrit dans une démarche globale respectant les principes de la production intégrée. « Dans la lutte contre les organismes nuisibles, nous travaillons avec les auxiliaires. Notre objectif est de conserver un véritable écosystème afin d’obtenir des fruits sains, sans résidus de produits, explique Flavie Demay. Nous veillons à l’épanouissement d’une faune utile. » Si quelques traitements chimiques restent nécessaires, les interventions se font au cas par cas, et la lutte chimique est arrêtée dès que les fruits sont formés. « Nous favorisons autant que possible la lutte biologique », soulignent les pomiculteurs.

Dans le verger, de nombreuses installations servent donc d’alliers : une ruche de bourdons afin d’aider à la pollinisation, des abris à insectes pour les coccinelles, ainsi que des pièges englués qui permettent de savoir si tel ou tel prédateur est présent. Des nichoirs à oiseaux abritent de précieux alliés : les mésanges consomment beaucoup de chenilles. Enfin, des perchoirs accueillent des rapaces, qui eux, se délectent des rongeurs. Une station météo permet également aux producteurs de collecter différentes données (humidité, humectation, hydrométrie, etc.), qui eux permettront de connaître le risque maladie et de réduire ses traitements. Flavie et Matthieu Demay ont aussi investi dans une machine pour réaliser du désherbage mécanique autour des arbres : « Nous nous sommes regroupés avec d’autres producteurs pour acheter cette machine, souligne Matthieu Demay. C’est aussi ça l’esprit du réseau des vergers éco-responsables. Il y a une très bonne entente dans le secteur. » Le partage est aussi un élément important dans la lutte contre les ravageurs.

Laura Béheulière

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