Le Syndicat Agricole 08 décembre 2016 à 12h00 | Par Le Syndicat Agricole

« L'installation doit être en adéquation avec le territoire »

Le Conseil interrégional du cheval (CIC) organise une journée d'information sur l'installation, le 14 décembre à Amiens (80).

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Il existe près de 3000 entreprises équines dans les Hauts-de-France. © E. Durand Emmanuel Biallais : « Il faut que l'on ait l'ambition d'être une filière d'excellence. » © DR

Emmanuel Biallais, secrétaire général du Conseil interrégional du cheval (CIC) a répondu à nos questions en amont de la journée d'information dédiée à l'installation en milieu équin et organisée par la structure.

Quelles ont été les actions menées par le CIC en 2016 ?
Nous avons finalisé l'Observatoire de la filière équine à l'échelle des Hauts-de-France. L'étude réalisée sur les données macroéconomiques de la filière montre que cette dernière représente 10 % de l'emploi agricole. Des chiffres qui permettent de démontrer que le cheval n'est pas seulement une activité de loisir mais aussi un outil de développement économique de la région. Le cheval contribue, comme d'autres acteurs de l'agriculture, au développement du territoire.
Par ailleurs, nous avons mis en place, avec nos voisins belges, un dossier Interreg dont l'objet est de développer les partenariats entre nos territoires, de favoriser les échanges pour développer l'activité économique de la filière et de peser sur celle-ci à l'échelle mondiale. En réunissant nos deux territoires, nous pouvons prétendre au leadership au niveau européen tant en raison du nombre d'activités réunies que sur le plan qualitatif.
À ce sujet, lors des derniers Jeux olympiques de Rio, nos deux territoires ont présenté pas moins d'une dizaine de participants. Dans les Hauts-de-France, nous avons eu un cheval médaillé d'or à ces derniers Jeux olympiques, ainsi qu'à ceux de Londres en 2012 et à ceux d'Athènes en 2004. L'excellence de la filière équine dans notre région n'est plus à démontrer. C'est un fait.
En outre, avec la mise en place de la nouvelle région, nous travaillons à l'accompagnement de cette filière. Pour ce faire, nous avons participé aux États généraux de l'élevage organisés par le Conseil régional afin de faire connaître nos positions et ce que peut apporter la filière équine en termes de création d'emplois. Toujours à cette même échelle régionale, nous réactualisons notre schéma directeur, c'est-à-dire le plan stratégique de la filière pour les dix années à venir.
Enfin, nous continuons à chercher de nouveaux marchés à l'international, notamment pour la vente de chevaux de trait. Outre la Chine et le Brésil, auxquels nous voulons vendre des chevaux et des formations, nous prospectons aussi en Inde. Je viens d'ailleurs de rentrer d'une mission dans ce pays.

Que représente aujourd'hui la filière équine dans les Hauts-de-France ?
Il y a près de 3 000 entreprises équines dans notre grande région, avec des pôles un peu plus spécialisés comme à Chantilly ou sur la Côte d'Opale, que ce soit dans l'élevage ou l'utilisation. De 2005 à 2009, avec la baisse de la TVA, le nombre d'entreprises équines a connu une hausse de 5 à 7 %. Mais, entre 2009 et 2013, ce nombre a baissé de 8 à 9 %, du fait de la crise économique, des deux augmentations successives des taux de TVA (19,5 % en 2013 et 20 % en 2014), de la difficulté de l'accès au foncier et du changement des rythmes scolaires.
Si le nombre d'entreprises a diminué, le chiffre d'affaires global a, lui, augmenté de presque 6 %. C'est donc une filière prometteuse en termes d'activités économiques et de création d'emplois. Il y a un vrai potentiel de développement. Il suffit de voir ce qu'ont fait les Belges et les Hollandais pour en prendre conscience. Mais il faut que l'on ait l'ambition d'être une filière d'excellence.

Pourquoi l'accès au foncier est-il si difficile ?
Le foncier est quasiment introuvable à ce jour pour toute personne qui souhaite s'installer. Il faut que nos partenaires de l'agriculture nous donnent une place plus importante pour en trouver. Avec 10 hectares, on peut installer une structure et créer sept emplois. Peu d'entreprises agricoles peuvent en faire autant sur une surface similaire. À la différence des activités agricoles traditionnelles, la filière équine peut, elle, investir les zones périurbaines. Cela permet non seulement de maintenir une activité agricole dans ces zones, un poumon vert dans ces espaces urbanisés, mais aussi d'apporter une réponse à un besoin de proximité.

Outre la question du foncier, quels sont les autres freins à l'installation ?
Les aides à l'installation ne sont pas vraiment accessibles, car il n'y a pas de volonté réelle de la part des organismes d'installation sur les projets en filière équine. Ces derniers considèrent que ces projets ne sont pas éligibles à l'installation traditionnelle. Nos dossiers ne sont jamais prioritaires.
Pourtant, nous sommes là pour valoriser une production agricole. Je rappelle que le cheval est considéré comme un produit agricole depuis 2004. Mais comme c'est une démarche franco-française, on ne peut pas bénéficier des aides européennes. Du coup, les organismes d'installation considèrent que si l'on ne peut pas bénéficier de ces aides, on ne peut pas avoir les aides françaises. C'est faux.
Conséquence : les entreprises équines en souffrent et les jeunes qui ont un projet dans la filière équine sont seuls. C'est injuste. Des solutions existent cependant, mais l'installation doit être en adéquation avec le territoire. C'est pour cela que nous organisons cette journée du 14 décembre (cf. "Zoom sur..."). D'autant que le renouvellement des générations dans la filière est à la peine. La plupart des jeunes préfèrent s'installer en Normandie et en Mayenne, parce que l'accueil y est plus favorable. Or, chaque fois, ce sont dix à quinze emplois locaux qui sont perdus.

Que faire pour remédier au problème d'accès aux aides européennes ?
Le problème est national. Il faut que la France aille taper à la porte de Bruxelles pour résoudre cette difficulté. Il faut se battre, d'autant que nous sommes l'objet d'attaques infondées. Dans tous les cas, nous sommes soit une production agricole, soit dans la continuité d'une production agricole. Il n'est donc pas normal que nous n'ayons pas accès à ces aides.

Propos recueillis par Florence Guilhem

Zoom sur... Installation en milieu équin

Le Conseil interrégional du cheval Nord-Pas de Calais - Picardie organise le 14 décembre une journée d'information portant sur l'installation dans le milieu équin, de 10 h à 16 h, à la Fédération régionale des MFR de Nord-Picardie, 3 Résidence du Parc Beauvillé à Amiens.
Les thèmes suivants seront abordés : la fiscalité, la TVA et les statuts juridiques. L'IFCE interviendra sur les aspects réglementaires concernant l'élevage et la détention d'équidés (tenue des registres d'élevage, déclaration de détention d'équidés).
La participation est gratuite, le repas du midi est offert. Attention : seulement quarante repas gratuits.
Renseignements et inscriptions au 06 09 98 09 31.

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