Le Syndicat Agricole 27 mars 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

L'événement - La France optimiste pour la sortie des quotas laitiers

C'est dans un climat optimiste, porté par un bon prix du lait et des perspectives intéressantes, que s'est déroulée l'AG de la FNPL, les 19 et 20 mars à Pontarlier (Doubs).

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Alors que tous les voyants sont au vert sur le marché mondial, la situation en France reste très tendue, avec un prix du lait qui, s'il devrait être élevé en 2014, restera au-dessous du niveau des cours mondiaux.
Alors que tous les voyants sont au vert sur le marché mondial, la situation en France reste très tendue, avec un prix du lait qui, s'il devrait être élevé en 2014, restera au-dessous du niveau des cours mondiaux. - © C.Pruilh

«Oui, la France veut quitter les quotas laitiers et se projeter vers une autre dynamique », a affirmé Thierry ­Roquefeuil, président de la ­Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), lors du congrès de la structure, qui s'est tenu les 19 et 20 mars à ­Pontarlier (Doubs). L'éleveur a voulu tordre le cou à l'idée selon laquelle la ­France rechignerait à quitter l'économie administrée, et montrer aux attachés agricoles des ambassades de plusieurs pays ­d'Europe présents dans la salle que les éleveurs tricolores étaient prêts à en découdre sur les marchés mondiaux. Depuis 1984, la production de lait était régulée en ­Europe par des quotas laitiers, un volume étant attribué au producteur qu'il ne pouvait dépasser. À partir d'avril 2015, le secteur sera dérégulé, et chacun pourra produire à sa guise.
Prononcée à ­Pontarlier, cette annonce est paradoxale : la ville est située dans la zone d'appellation du comté, un fromage dont la production est drastiquement encadrée. Et cette régulation fonctionne, puisque le massif du ­Jura est la zone qui a perdu le moins d'éleveurs entre 2000 et 2010 (- 22 % contre - 36 % dans ­l'Ouest) et où le taux de renouvellement des générations a été le plus important, avec une installation pour deux départs.
Le comté enseigne une chose : une production laitière de qualité, régulée, avec une appellation d'origine protégée, et dont les outils de transformation sont de petite taille et appartiennent aux éleveurs, permet de garder un grand nombre de producteurs, en les rémunérant correctement.


La France se tourne vers l'export
Pourtant, c'est dans la direction opposée que regarde le monde laitier. Il n'a pas vraiment le choix : la production sera dérégulée en avril 2015. Et le marché mondial fait les yeux doux aux producteurs français, avec une demande asiatique exponentielle et très rémunératrice.
Selon ­Benoit ­Rouyer, à la tête de la direction économie au ­Cniel (l'interprofession laitière), le marché chinois est un débouché pérenne, puisque le prix de production du lait en ­Chine est très élevé, avec des élevages hors sol où tout est importé, même le foin. « ­L'Europe est de nouveau conquérante sur les marchés extérieurs », constate-t-il. Son principal concurrent à l'export, la ­Nouvelle-Zélande, a vu ses coûts de production être multipliés par trois en 12 ans. Pour les poudres de lait, la ­France est aujourd'hui compétitive avec ­l'Océanie. « Nos collègues européens sont nombreux à aborder la fin des quotas comme une libération. Nous l'avons également actée. Nous voyons nous aussi les perspectives qu'offre un marché mondial en expansion, et la ­France est bien placée pour y participer », assure Thierry ­Roquefeuil.
La France, modèle de demain ?
« Pourquoi le modèle français ne serait pas le modèle de demain ? », va même jusqu'à questionner ­Katerine ­Lecornu, présidente ­d'European ­Dairy ­Farmers, un groupe d'éleveurs de toute ­l'Europe. « Ce sont mes col­­lègues qui me le disent : les ­Irlandais aimeraient pouvoir faire du maïs ensilage, les ­Danois envient nos bas taux d'endettement, les ­Allemands nous disent qu'on ne subit pas la concurrence déloyale du biogaz, les ­Anglais nous envient le soutien des pouvoirs publics, les ­Hollandais voudraient notre potentiel de développement alors qu'eux sont saturés. On est aussi beaucoup mieux armés que nos collègues pour l'export, ils n'ont pas notre image d'excellence », liste-t-elle. Si son enthousiasme a séduit une bonne partie des congressistes de la FNPL, certains ont appelé à un peu plus de réalisme : le marché intérieur reste prépondérant et les éleveurs dépendent de leur collecteur et du prix du lait qu'il veut bien leur donner. « Dans l'Ouest, bon nombre d'ateliers ne sont pas saturés et on a des opportunités devant nous. Nous voulons participer à l'exportation, encore faut-il que les industriels veuillent le faire avec nous », résume ­Pascal ­Clément, vice-président de la FNPL. « On a besoin de lisibilité », ajoute ­Marcel ­Denieul, secrétaire général adjoint de la FNPL. « Aujourd'hui, je ne sais pas quelle est la stratégie de mon entreprise de collecte », explique-t-il. Lui voulait développer sa production laitière. Mais faute de message clair de son collecteur, il a investit sur son atelier porcin.


Un pacte de responsabilité pour la filière lait
Alors que tous les voyants sont au vert sur le marché mondial, la situation en ­France reste très tendue, avec un prix du lait qui, s'il devrait être élevé en 2014, restera au-dessous du niveau des cours mondiaux. En 2013, un médiateur avait dû être nommé par les pouvoirs publics pour obtenir une augmentation du prix du lait payé aux éleveurs. Début 2014, les négociations entre industriels et grande distribution se sont déroulées dans un climat détestable. Pour essayer de débloquer cette situation, les producteurs de lait proposeront à la rentrée un « pacte de responsabilité » à leurs partenaires industriels et distributeurs, des acteurs avec lesquels les relations commerciales sont exécrables depuis plusieurs années. « La formule est à la mode mais elle a du sens », a justifié ­Thierry ­Roquefeuil. « à l'automne au plus tard, je souhaite que nous puissions créer un événement qui formalise les engagements des acteurs laitiers et de nos dirigeants dans un monde sans quota », développe le président de la FNPL. « Respectez les contrats, respectez les producteurs », a-t-il lancé à l'adresse des industriels, leur demandant, tout comme à la grande distribution, « un sens de la responsabilité ». Si les perspectives sont bonnes, il faut encore qu'elles se concrétisent concrètement pour les éleveurs. Pour ça, il faut que tous les acteurs aillent dans le même sens. Ce qui est, aujourd'hui, loin d'être le cas.

Lait : pas d'assouplissement des quotas

Les quotas de production de lait seront comme prévu maintenus en 2014-2015, aucune majorité suffisante ne s'étant dégagée, à l'occasion du Conseil agricole le 24 mars à Bruxelles, pour introduire un assouplissement du dispositif. Une dizaine d'États membres (Autriche, Irlande, Pays-Bas, Danemark et Pologne) ont demandé à la Commission européenne de revoir le coefficient de correction de matière grasse, ce qui revient à ne pas imposer de super-prélèvement aux producteurs ayant dépassé leurs quotas. Mais une autre dizaine d'États membres s'y sont opposés (France, Espagne, Royaume-Uni, Suède...), estimant qu'il ne fallait pas remettre en cause l'accord de 2008. Dans ces conditions, la Commission ne proposera pas d'ajustement du système des quotas, qui sera aboli le 1er avril 2015. Bruxelles présentera au mois de juin un rapport sur l'application du «paquet lait» qui ne devrait pas s'accompagner de nouvelles propositions législatives.

« Préserver la production laitière en France demain »

Christine ­Delefortrie et Serge ­Capron, présidente de la Section laitière 59 et président de l'ADPL 62.

L'assemblée générale de la FNPL était orientée vers ­l'Europe et le Monde. Les perspectives à l'export pour les produits laitiers français sont favorables. Le lait français a une bonne réputation de part sa qualité et sa traçabilité. Nous devons garder ce cap et nos entreprises doivent le valoriser au mieux. Le prix du lait augmente, certes, mais c'est indispensable à la vue de nos charges. La FNPL continue son travail de lobbying pour que le marché intérieur fonctionne normalement.
Au quotidien, l'équipe de la FNPL travaille au service de tous les producteurs de lait. Citons l'accompagnement des OP et le travail de fond sur les dossiers scientifiques, techniques et règlementaires. Nous avons évoqué les sujets qui nous préoccupent dans notre région. Il s'agit de la PAC, avec une convergence qui vient réduire tout particulièrement les aides des producteurs de lait spécialisés, dont les montants de DPU sont supérieurs à la moyenne. La surdotation des 52 premiers hectares vient compenser en partie ce recul, complétée par la prime à la vache laitière. C'est une avancée, mais cela reste insuffisant. Il faut pouvoir activer d'autres leviers comme le second pilier avec des aides orientées sur la modernisation de nos ateliers, car nous en avons réellement besoin. Concernant le paiement vert, les prairies (que nous sommes obligés de conserver) doivent être prises en compte en tant que culture. Les contraintes des éleveurs doivent être reconnues et l'approche des pouvoirs publics doit être pragmatique. Il en va de même sur l'application de la directive nitrates. La PAC doit être juste, les obligations réglementaires raisonnées et les acteurs de la filière responsables si l'on veut préserver la production laitière en France demain.

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