Le Syndicat Agricole 11 février 2016 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Lin : «L’avenir de la filière régionale est menacé»

Les producteurs du Nord-Pas de Calais ne pourront pas bénéficier des aides à l’investissement dans le cadre du fonds Feader.

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Développer le stockage de la paille pourrait permettre de maintenir le marché à des prix rémunérateurs.
Développer le stockage de la paille pourrait permettre de maintenir le marché à des prix rémunérateurs. - © S. Leitenberger

Mauvaise nouvelle pour les liniculteurs du Nord-Pas de Calais. Ces derniers ne pourront pas prétendre, à titre individuel, aux aides à l’investissement du plan compétitivité et d’adaptation des exploitations agricoles (PCAE). Il s’agit de subventions accordées pour la recherche de la performance économique, environnementale, sanitaire et sociale dans le cadre du fonds Feader (2e pilier de la PAC). À noter que les projets collectifs, eux, restent éligibles. « Au départ, la production linière devait être reprise, puis la décision de ne pas la retenir dans les appels à projets est tombée en décembre », indique Philippe Duyck, président du syndicat des producteurs de lin du Nord, lors de l’assemblée générale de la structure qui s’est tenue le 1er février à Wormhout (59).

Une volte-face « incompréhensible »
« C’est incompréhensible, martèle-t-il, d’autant que lors de la précédente programmation (2007-2013), le Nord-Pas de Calais avait été en 2009 la première région en France à ouvrir les aides à l’investissement aux producteurs de lin. Cela avait notamment permis à la filière de mettre en route un programme de recherche variétale. » Et d’ajouter : « L’idée était d’attirer les sélectionneurs dans la région dans le but de travailler à la réduction des intrants. À l’époque, cet argument avait fait mouche auprès des élus régionaux. » D’après lui, cet « effort financier » a porté ses fruits : « Une nouvelle variété tolérante à l’oïdium a été inscrite au catalogue en 2013. Sans oublier également trois autres variétés en pré-inscription qui sont actuellement testées sur la station d’essais de Quaëdypre dans les Flandres, ainsi que les recherches en cours sur la verticilliose. »
Toujours est-il que pour le président du syndicat des liniculteurs du Nord, « c’est tout bonnement l’avenir de la filière régionale qui est menacé ». « Nous allons donc devoir reprendre notre bâton de pèlerin pour tenter de sensibiliser la nouvelle majorité régionale, souligne-t-il. L’objectif étant de revenir dans la partie et pouvoir déposer des dossiers de demandes d’aides d’ici deux ans. » De son côté, Bertrand Gomart, président de l’association générale des producteurs de lin (AGPL), a affirmé qu’il soutiendra dans cette démarche le syndicat des producteurs de lin du Nord. « 80 % du lin européen (environ 130 000 t en 2015) est produit dans la zone littorale entre Caen et Amsterdam, précise-t-il. Il est essentiel d’avoir à l’esprit que si nous voulons continuer à vendre demain du lin aux États-Unis, au Japon, à la Chine ou à l’Inde, nous devons maintenir la qualité de notre production. D’où la nécessité pour les producteurs d’avoir accès aux aides à l’investissement, pour les aider à acquérir des équipements de pointe leur permettant de travailler et de récolter dans de bonnes conditions. »

Développer le stockage de la paille
Par ailleurs, le président de l’AGPL a évoqué le projet de développer le stockage de la paille de lin chez les producteurs. « Le marché mondial du lin a atteint un palier, explique Bertrand Gomart. En cas de fortes productions, ce n’est pas en mettant de côté du lin teillé mais en stockant de la paille que l’on parviendra à maintenir le marché à des prix rémunérateurs. » Selon lui, l’effort doit être collectif : « Tout le monde doit stocker un peu. Chaque teilleur doit se mettre avec ses producteurs pour entreposer entre 10 et 20 % de paille dans un hangar agricole. Les 80 % restants pourront alors être vendus à bon prix, ce qui permettra au producteur de passer l’année. » Une indemnité de stockage pourrait être négociée entre teilleurs et producteurs. « Il ne s’agirait pas d’une recette sur le stock de paille, mais plutôt une prise en charge d’une partie du coût de stockage », insiste le président de l’AGPL. Et ce dernier d’ajouter : « À défaut de réduire les emblavements, dans un contexte de prix favorable au lin, ce système permettrait de retarder, voire même d’éviter une éventuelle crise. Nous soumettrons cette idée aux teilleurs français mais aussi belges et hollandais. Si on ne peut pas maîtriser les surfaces, on peut au moins maîtriser la production de paille. » Un tel projet implique pour les producteurs une gestion en lot ainsi que la présence d’une capacité de stockage suffisante sur la ferme. « Quand on fait du lin, on doit pouvoir stocker 120 % de sa production, lance Bertrand Gomart. On doit être capable de mettre 10 € dans le stockage pour ne pas en perdre 200 voire 300 à la vente. Cela fait partie des coûts de production, on le fait déjà pour la pomme de terre. » « D’où l’importance des aides, rebondit Philippe Duyck. Car les bâtiments de stockage de pommes de terre ont été construits grâce aux aides à l’investissement ».

MDS

« À mi-campagne, tous les indicateurs sont au vert »

Alice Trotel, la directrice de l’AGPL, est intervenue pour dresser un aperçu du marché européen du lin (avec un focus sur les trois principaux pays producteurs : France, Belgique, Pays Bas) quelques mois après la récolte 2015.
Concernant les fibres longues, les niveaux de production des deux dernières campagnes sont similaires. Le teillage européen a ainsi produit 53 923 t en 2015-2016 contre 54 589 t en 2014-2015. Cette année, les ventes sont légèrement inférieures à la production 52 592 t (contre 58 970 t en 2014-2015) ; tandis que les stocks s’avèrent supérieurs à ceux de la campagne précédente (11 243 t). « Ils sont sensiblement remontés depuis l’automne passant d’environ 7 000 t à 11 813 t », précise-t-elle. Quant au prix moyen européen, celui-ci est en nette hausse par rapport à l’an dernier (219,30 €/q). Le quintal de lin teillé se négociant à 248 €. « Nous sommes sur des niveaux presque records en termes de chiffre d’affaires, souligne Alice Trotel. La parité euro-dollar est favorable au prix du lin : alors que son prix en dollar se stabilise, celui en euros poursuit sa hausse. »
Pour les fibres courtes, la campagne 2015-2016 a été plus productive que la précédente avec 26 759 t (contre 23 763 t en 2014-2015). Les ventes sont nettement supérieures à la production : près de 31 000 t (30 948 t) ont ainsi été vendues au cours des six derniers mois. Les stocks ont par ailleurs reculé par rapport à la même période l’an dernier (7 182 t contre 8 272 t). Le prix moyen européen a gagné plus de 10 € à 80,10 €/q (contre 69,40 €/q en 2014-2015). « Au global, tous les indicateurs sont au vert, malgré un ratio production/vente glissant sur 3 mois à 1,09, indique la directrice de l’AGPL. Ce qui veut dire que la production reste légèrement supérieure aux ventes. Le prix glissant sur 3 mois s’élève à 248,90 €/q et le niveau des stocks à la fin du mois (11 813 t) est faible (le seuil d’alerte étant fixé à 25 000 t). Le cumul des ventes sur 3 mois glissants est également supérieur au seuil des 30 000 t (30 551 t). Si celui-ci avait été inférieur à 25 000 t, la situation aurait été nettement plus préoccupante. »

MDS


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