Le Syndicat Agricole 05 janvier 2015 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

« L’Allemagne a découplé le salaire et les revenus »

Christoph Schmidt explique comment l’Allemagne a, selon lui, permis le retour à l’emploi « en évitant le phénomène de travailleurs pauvres que connaissent les États-Unis ».

Abonnez-vous Réagir Imprimer
L’agriculture est, avec les biotechnologies, l’énergie et le numérique, l’une des « quatre révolutions à venir », qui chacune « sera plus foudroyante que la révolution industrielle », a déclaré Philippe Dessertine, professeur d’université en gestion et membre du Haut conseil des finances publiques, devant les membres de Coop de France pôle animal, le 17 décembre.
L’agriculture est, avec les biotechnologies, l’énergie et le numérique, l’une des « quatre révolutions à venir », qui chacune « sera plus foudroyante que la révolution industrielle », a déclaré Philippe Dessertine, professeur d’université en gestion et membre du Haut conseil des finances publiques, devant les membres de Coop de France pôle animal, le 17 décembre. - © F. Mechekour

Président de RWI (Institut de recherche scientifique et de conseil politique à Essen) et président du Conseil allemand des experts économiques, Christoph Schmidt est intervenu à l’assemblée générale de Coop de France, qui s’est déroulée les 17 et 18 décembre, aux côtés de Xavier Fontanet (ex-Essilor). Le Conseil allemand des experts économiques remet chaque année au chancelier un rapport très commenté en Allemagne.


Que pensez-vous du salaire minimum qui vient d’être instauré en Allemagne ?
En Allemagne, le salaire minimum aura des conséquences négatives sur les emplois peu qualifiés, notamment dans les services au sein des Länder de l’Est. Son instauration risque aussi de faire basculer des emplois dans l’économie informelle. L’instauration du salaire minimum n’est pas une fin en soi. Nous avons déjà un salaire minimum tacite en Allemagne. Instaurer un standard, c’est une chose, mais comment vérifier sa mise en œuvre concrète ? Comment vérifier les ajustements au niveau du temps de travail ? Je pense que la France doit ouvrir un débat à ce sujet, ainsi que sur le temps de travail.


L’Allemagne avait jusqu’ici un salaire minimum tacite ?
Depuis 2005, l’Allemagne a découplé le salaire et les revenus. Un travailleur célibataire sans enfant qui touche moins de 6,50 euros de l’heure voit son revenu complété par des aides publiques. Le seuil est différent s’il a une famille à charge. Notre système a été conçu pour encourager le retour rapide à l’emploi et pour éviter le phénomène de travailleurs pauvres que connaissent les États-Unis. Il a permis de réduire le chômage et au final, de réduire les dépenses publiques, sans aggravation des inégalités*. Au lieu d’indemniser un chômeur, on ne fait que compléter un niveau de revenu jugé trop bas. Le système d’indemnisation des chômeurs les incite aussi à revenir rapidement à l’emploi. En France, le salaire minimum a un coût. Une partie des postes est artificiellement créée par des subventions, alors qu’en Allemagne, les aides destinées à compléter le salaire si nécessaire dépendent de la situation familiale. Et elles restent marginales par rapport à l’indemnisation des chômeurs.
L’Allemagne profite d’une culture du consensus qui rend peut-être les réformes plus faciles à mettre en œuvre...
Il est vrai que l’Allemagne a profité, pour la mise en œuvre de ces réformes, de syndicats forts et représentatifs, et de l’habitude d’un dialogue ouvert avec les employeurs. Mais la façon allemande de faire n’est pas la seule.

Les partenaires européens de l’Allemagne ont récemment critiqué son manque d’investissements, alors que le budget est équilibré. Qu’en pensez-vous ?
L’investissement public est trop bas, notamment dans les infrastructures de transport. L’investissement privé ne donne pas de signe de faiblesse. Il a baissé, mais il reste supérieur à celui de la France en ce qui concerne l’équipement. La France, elle, investit davantage dans des bâtiments, ce qui ne profite pas à l’économie de la même façon.
De nombreuses réglementations ont récemment rendu l’Allemagne moins attractive pour les investisseurs. Le coût de l’énergie, notamment, est devenu prohibitif. Ça devrait être un sujet d’investissement. D’autant que le niveau d’impôt sur le revenu, élevé, donne des marges de manœuvre.


L’effort de réduction de la dette doit-il impérativement être poursuivi ?
La population allemande vieillit et les finances publiques seront soumises à une pression très forte à partir de 2020. Cela rend la poursuite des réformes nécessaire. La réforme prévue pour les retraites en Allemagne est contraire à ce que nous devrions faire.


Ces politiques d’austérité sont rationnelles. Mais comment les faire appliquer sans alimenter le ressentiment et nourrir le développement des partis populistes ?
Les pays les plus sujets à des ajustements, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, sont ceux qui sont, aujourd’hui, les plus dynamiques. En France, ou en Italie, et même en Allemagne, les réformes ne sont pas suffisantes.
Il est vrai qu’il est très difficile pour des politiques de convaincre les citoyens électeurs que des réformes douloureuses sont nécessaires pour améliorer la situation à terme.


La situation de la Russie a encore empiré ces derniers jours. Quels sont pour vous les risques liés à la crise que nous connaissons depuis quelques mois ?
Les conséquences directes de la crise avec la Russie sont contenues, même si l’embargo peut affecter durement certaines entreprises. Les conséquences indirectes potentielles sont beaucoup plus inquiétantes. Espérons que la crise que nous connaissons depuis quelques mois ne va pas faire perdre toute confiance en la capacité de l’Europe de se redresser économiquement. Espérons que nous ne verrons pas d’autres conséquences à cette crise que celles que nous connaissons déjà.


Que pensez-vous de l’Union bancaire ? Le système financier européen est-il stabilisé ?
Le système financier européen a fait un premier pas vers la stabilisation mais cet effort doit être accentué. L’union bancaire va dans le bon sens. Mais la seule façon de savoir si elle est efficace, c’est de voir ce qui se passe si on en a vraiment besoin. La revue conduite récemment sur les banques a révélé de grosses difficultés. Une défaillance arrivera nécessairement un jour et on verra alors comment fonctionne l’union bancaire.

PROPOS RECUEILLIS PAR MARINE DIGABEL


* Ce commentaire mérite une précision : le taux de pauvreté (proportion des personnes vivant sous le seuil de pauvreté, après transferts sociaux) s’établit aujourd’hui à 16,1 % en Allemagne, contre 10 % en 2000. En France, il est passé de 16 % à 13,7 % sur la même période selon le rapport Pisani-Ferry - Enderlein dévoilé le jeudi 27 novembre (source : Le Monde).

Zoom sur... L’agriculture est l’une des quatre révolutions à venir selon Philippe Dessertine

L’agriculture est, avec les biotechnologies, l’énergie et le numérique, l’une des « quatre révolutions à venir », qui chacune « sera plus foudroyante que la révolution industrielle », a déclaré Philippe Dessertine, professeur d’université en gestion et membre du Haut conseil des finances publiques, devant les membres de Coop de France pôle animal, le 17 décembre. C’est « avec les biotechnologies, le secteur qui sera le plus sujet à développement », et dont le « plus grand défi sera l’investissement ». Il faut selon lui « un investissement aussi massif que lors de la révolution industrielle », mais dans une « agriculture scientifique », capable « d’avoir des rendements élevés tout en maintenant, voire en améliorant, le terroir ». Cependant, l’universitaire estime que la France prend du retard dans l’évolution du secteur agricole, telle qu’il la décrit. Selon lui, la France est « le pays qui place le moins d’épargne dans son agriculture », un pays dont les habitants « aiment leur agriculture, mais n’investissent pas dedans ». Philippe Dessertine propose à la profession agricole de travailler sa communication auprès du grand public, de faire, par exemple, du Salon de l’agriculture, « le premier salon High-tech de France », et non plus le salon de « l’agriculture du XIXe siècle ».

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Le Syndicat Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Le Syndicat Agricole
La couverture du journal Le Syndicat Agricole n°3704 | mars 2017

Dernier numéro
N° 3704 | mars 2017

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

25-08-2016 | Le Syndicat Agricole

FRGEDA

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui