Le Syndicat Agricole 01 octobre 2015 à 13h00 | Par Le Syndicat Agricole

L’agriculture source de solutions

L’agriculture contribue aux émissions de gaz à effet de serre, mais elle est aussi une solution pour stocker le carbone dans le sol grâce à la production de biomasse.

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Le semis direct permet de diminuer de 40 % la consommation de carburant par rapport au labour.
Le semis direct permet de diminuer de 40 % la consommation de carburant par rapport au labour. - © J.C. Gutner

Le constat est désormais partagé par la majorité des experts mondiaux : le réchauffement climatique devrait s’accentuer dans les prochaines décennies pour atteindre dans les années 2030 entre 1 et 2 °C par rapport aux années 1900. Et le cinquième rapport d’évaluation du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) paru en 2013 conclut qu’il est extrêmement probable que l’influence humaine soit la cause dominante du réchauffement observé depuis le milieu du XXe siècle, à cause de la croissance des émissions de gaz à effet de serre (GES) : le dioxyde de carbone ou gaz carbonique (CO2), le protoxyde d’azote (N2O) et le méthane CH4 essentiellement.
D’une façon générale, la France émet peu de gaz à effet de serre et se positionne au 21e rang en Europe grâce au nucléaire. « Au niveau mondial, elle ne contribue que pour 1,2 % seulement des émissions, loin derrière la Chine et les États-Unis », indique Gérard Morice, l’ancien directeur d’Arvalis, lors d’une communication à l’Académie d’agriculture, le 29 septembre à Paris. Et pour ce qui est de l’agriculture en France, sa contribution porte sur 19 % des émissions totales de GES, à égalité avec le logement, mais derrière les transports (26 %) et l’industrie (22 %).

L’agriculture a déjà contribué à l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre
Depuis 20 ans, agriculture et sylviculture réunies ont réduit de 10 % leurs émissions. Le semis direct par exemple permet de diminuer de 40 % la consommation de carburant par rapport au labour. Mais le poste « carburants » ne représente que 10 % des émissions de GES d’origine agricole. Au final, l’impact du semis direct sur la consommation totale d’énergie est beaucoup plus faible, de 12 % seulement, si on intègre non seulement la mécanisation, les phytosanitaires épandus en plus grande quantité, les engrais et les semences. En effet en grandes cultures, la principale émission de CO2 viendrait de l’usage des engrais azotés. Le pilotage de la fertilisation azotée est donc un levier sur lequel on peut agir qu’il s’agisse des engrais minéraux, organiques ou de la valorisation des légumineuses pour économiser l’azote de synthèse.

Atténuation et adaptation
Mais la principale contribution de l’agriculture à la lutte contre les émissions de GES est son rôle dans la séquestration du carbone, estime Gérard Morice. Par exemple, selon les travaux d’Arvalis, un hectare de blé recycle quatre fois plus de CO2 qu’il n’en consomme. Quand un hectare de blé émet 3 429 kg équivalent CO2 par hectare à travers le travail du sol, la fertilisation, le semis, la protection phytosanitaire, la récolte, il en fixe 13 970 kg équivalent CO2 dans les grains et dans la paille exportée. Sans oublier le stockage du carbone par les cultures intermédiaires. Selon Jean-François Soussana, directeur scientifique environnement de l’Inra, stocker chaque année 4/1 000 de stock de carbone en plus dans les sols (cultures, prairies, forêt) permettrait de contrebalancer la croissance des émissions annuelles de CO2. « L’augmentation de la production de biomasse est donc probablement le potentiel le plus important de lutte contre le changement climatique », en agriculture, résume-t-il.
Le réchauffement climatique, c’est aussi une plus forte variabilité climatique avec la récurrence de phénomènes extrêmes sans équivalent depuis plusieurs siècles : canicules et sécheresses estivales (été 2003 en France, été 2010 en Russie), précipitations intenses (printemps 2007 en Angleterre). Ces événements ont fait chuter de 20 à 30 % les rendements des cultures selon Jean-François Soussana. L’agriculture peut s’y adapter en faisant évoluer ses pratiques culturales : date de semis, récolte, diversification des cultures, en améliorant la gestion de l’eau (stockage l’hiver pour la restituer l’été). Une autre piste porte sur la génétique végétale pour améliorer la tolérance aux températures élevées et au stress hydrique, ainsi que la résistance aux agresseurs et aux maladies. Bref, comme le souligne Jean-François Soussana, dans AgroMag de juillet, août, septembre 2015, la revue des ingénieurs agronomes, le secteur agricole pourra entrer dans l’agenda des solutions au changement climatique, lors de la COP 21 en décembre prochain Paris.

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