Le Syndicat Agricole 17 octobre 2016 à 08h00 | Par virginie Charpenet

L’absence de pluie retarde les arrachages dans la région

Au 10 octobre, seulement la moitié des parcelles avaient été arrachées dans la région à cause de la sécheresse. Du jamais vu d’après de nombreux producteurs.

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Pour la prochaine campagne, Alain Dequeker appelle de ses vœux une revalorisation des prix de contrat des industriels.
Pour la prochaine campagne, Alain Dequeker appelle de ses vœux une revalorisation des prix de contrat des industriels. - © Le Syndicat Agricole

«De mémoire de patatier, je n’ai jamais connu une année aussi atypique ». Alain Dequeker, secrétaire général de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT), ne cache pas son désarroi face aux conditions climatiques auxquelles doivent faire face les producteurs de pomme de terre cette année. Après les fortes précipitations du printemps, c’est la sécheresse qui sévit dans la plaine depuis le mois d’août. La croûte qui s’est formée à la surface du sol rend quasiment impossible le passage des machines dans certaines parcelles, surtout chez les non-irrigants. « Par endroits, les blocs de terres sont de véritables parpaings », illustre le producteur. Au niveau national, 65 à 70 % des parcelles ont pu être arrachées. Mais dans la région, ce sont à peine 55 % des pommes de terre qui ont été sorties de terre, certains producteurs n’ayant pas du tout commencé.

Une grande hétérogénéité en fonction des secteurs et des variétés
Les secteurs au Nord d’Arras et de Lille sont ceux qui semblent s’en sortir le mieux. « Cette année, ce sont les zones qui souffrent habituellement de l’excès d’eau qui ont les meilleures conditions pour arracher, observe Alain Dequeker, même si, pour eux aussi, la sécheresse commence à se faire sentir ». Au Sud de la ligne Lille-Arras, jusqu’en Picardie, les chantiers sont à l’arrêt, sauf pour les producteurs équipés d’un système d’irrigation, et l’arrivée des premières gelées suscite l’inquiétude. Autre aspect, pour de nombreuses variétés, le taux élevé de matière sèche (souvent supérieur à 22 %, mais qui atteint parfois les 24-25 %, y compris pour des variétés du frais) rend les pommes de terre plus sensibles aux chocs. « Les négociants et les industriels font passer des messages de vigilance aux producteurs quant à la qualité de la récolte. Dans l’état actuel des choses, l’urgence est surtout de pouvoir récolter tout en veillant à obtenir la meilleure qualité possible », assure le responsable professionnel. De nombreux producteurs investissent dans du matériel de protection contre les endommagements et dans du matériel d’irrigation pour pouvoir arracher leurs pommes de terre. « On est souvent dans l’irrationalité économique, commente Alain Dequeker, mais il n’est pas envisageable de laisser les pommes de terre dans le sol cette année ». Ce surcoût vient s’ajouter à celui lié à la protection fongicide, en raison de la très forte pression mildiou du printemps, souvent estimé à 300 €/ha.Côté rendements, la campagne se caractérise par une grande hétérogénéité avec des chiffres allant de 15 t/ha, dans les secteurs touchés par les inondations du printemps, à 65 t/ha pour les meilleures parcelles irriguées. « Les variétés précoces ont eu des rendements corrects mais la croissance des variétés intermédiaires et tardives a été stoppée nette par les très fortes chaleurs de fin août », précise Alain Dequeker. Avec une moyenne qui devrait s’établir autour de 41-42 t/ha, la production française ne devrait pas dépasser les 5,2 millions de tonnes, soit un chiffre légèrement inférieur à l’année dernière malgré la baisse de rendement, en raison de l’augmentation des surfaces (+ 7 % par rapport à la moyenne 5 ans).

Une tendance haussièrepour les prix
Concernant la qualité intrinsèque des tubercules récoltés, la forte pression mildiou du printemps et du début d’été ne semble pas avoir laissé trop de traces. Sur le marché du frais, la lavabilité est au rendez-vous. Pour l’industrie, c’est plus la quantité que la qualité qui inquiète. En effet, les volumes destinés à l’industrie s’annoncent plus faibles qu’habituellement. « On peut s’attendre à ce que certains producteurs ne soient pas en mesure de livrer l’intégralité de leur volume contractualisé, précise le responsable professionnel. L’UNPT sera vigilante sur ce point, en cas de litige ». Les retards dans les récoltes entraînent des changements d’organisation dans les plannings des industriels qui anticipent certains contrats dont les livraisons n’étaient pas prévues avant plusieurs semaines. Par ailleurs, dans ce contexte, les disponibilités hors engagement et marché du frais sont limitées. Actuellement, les prix pour le marché libre industrie se situent aux alentours de 200 €/t. Un niveau sans doute amené à se maintenir si les conditions météorologiques difficiles n’évoluent pas.Pour la prochaine campagne, le responsable professionnel appelle de ses vœux une revalorisation des prix de contrat des industriels. « Entre le coût des traitements haut de gamme due à la pression mildiou, les difficultés à récolter et les rendements en baisse, il est nécessaire que les industriels revoient à la hausse leur prix de contrat pour que ces derniers restent rentables pour les producteurs », assure Alain Dequeker.Le producteur constate que les surfaces pourraient augmenter l’an prochain, notamment en raison d’une demande croissante des besoins industriels. Mais il appelle à la vigilance sur ce point, notant le paradoxe entre l’engouement que pourrait susciter la culture auprès de ceux qui la connaissent mal et la campagne particulièrement atypique et très difficile que les « patatiers » de longue date sont en train de connaître. Dans un contexte où les années se suivent et ne se ressemblent décidément pas, la culture de la pomme de terre nécessite plus que jamais technicité et professionnalisme.

Une situation critique en Belgique
Si dans de nombreux pays européens, la récolte est dans la moyenne des cinq dernières années (Allemagne, Pays-Bas, Grande-Bretagne), voire supérieure à la moyenne en Europe de l’Est (Pologne), la France et la Belgique (ainsi que le sud des Pays-Bas) sont les deux pays qui connaissent la plus forte baisse de production cette année. Concernant les arrachages, la situation en Belgique est particulièrement critique puisque, d’après le journal le Sillon belge, seulement 15 % des surfaces destinées au stockage avaient été arrachées au 6 octobre, contre 75 % habituellement à la même date. Certains producteurs auraient jusqu’à six semaines de retard sur le planning d’arrachage.

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