Le Syndicat Agricole 04 juillet 2015 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Jean-Paul Gaultier, le couturier de la différence

Pour la première fois, une exposition consacrée à Jean-Paul Gaultier a lieu au Grand Palais à Paris.

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Jean-Paul Gaultier, made in Mode 2012, ici photographié par Jean-Paul Goude, s’est notamment fait connaître pour ses corsets remis au goût du jour. © J.P. Gaultier Andreja Pejic, cliché publié dans 7 Hollywood magazine, 2013. Modèle « Dévoreuse », corset cage à basques, baleiné et lacé de cuir or, hanches et seins projetés. Collection Conf © Alix Malka  © RMN-Grand Palais/F. Tomasi

Il suffit de regarder Nana, son ours en peluche, pour comprendre que Jean-Paul Gaultier a toujours été habité par la création et la mode. L’ourson porte encore du maquillage et surtout, les premiers élans stylistiques du couturier : « Dès mon plus jeune âge, j’ai expérimenté diverses facettes de la création. J’ai fabriqué mes premiers seins coniques avec du papier journal sur mon ourson Nana. J’ai pris chez ma grand-mère un napperon circulaire, au milieu duquel j’ai découpé un rond pour faire une jupe à mon ours. Sans le savoir, j’ai ainsi fait une coupe en biais ! ». Né en 1952 à Arcueil, l’artiste passe beaucoup de temps dans le salon de soins de sa grand-mère Marie. C’est d’ailleurs dans les placards de cette dernière qu’il découvre des corsets du début du XXe siècle et les guêpières des années 1940 qu’il va revisiter et remettre au goût du jour. De cet exercice naissent notamment le fameux soutien-gorge à seins coniques et les sous-vêtements portés sur les vêtements. De nombreuses vedettes, comme Madonna, adoptent les différentes déclinaisons de ces corsets qui symbolisent, non plus, la soumission et l’emprisonnement, mais le pouvoir et la sensualité. Car la grande force du styliste réside dans sa faculté d’extraire la quintessence des univers qui le fascinent depuis son plus jeune âge et de les concilier à l’air du temps. Il cultive son côté avant-gardiste depuis son adolescence, période à laquelle il dessine deux collections par an et n’hésite pas à envoyer ses croquis aux grandes maisons de couture parisiennes. Yves Saint-Laurent trouve ses choix de couture trop audacieux, mais le jour de son 18e anniversaire, il se voit offrir par Pierre Cardin un emploi d’assistant. Avec l’aide de son compagnon de vie et partenaire d’affaire, Francis Menuge, il présente sa première collection de prêt-à-porter, réalisée en grande partie avec des objets achetés au marché Saint-Pierre, en 1976 à Paris.
Dans ses collections de haute couture dont la première est dévoilée en 1997, le couturier métamorphose certaines figures récurrentes comme le marin, la sirène, le béret, la Tour Eiffel, le trench coat. Son goût pour la marinière, devenue son emblème de marque, remonte à l’enfance. Il décline la rayure de mille et une façons : en plumes d’autruche, en perles, crochetée, tatouée, en vison... Jean-Paul Gaultier mélange les influences parisiennes et londoniennes dans des vêtements incarnant à la fois la classe et l’anticonformisme, le classicisme et l’esprit de rébellion. Les plumes, les boas et les froufrous du cancan côtoient le cuir, le jean, les tissus à carreaux, les épingles à nourrice de la vague punk.


Fétichisme et romantisme
Il invente de nouveaux codes esthétiques et offre une vision ouverte de la société, un monde de folie, de sensibilité, de drôlerie et d’impertinence. Il joue avec l’androgynie et est d’ailleurs le premier grand couturier à faire appel à des mannequins transgenres. Par le choix de ses mannequins (il organise parfois des castings sauvages et choisit des hommes et des femmes dans la rue ne correspondant pas aux canons de la beauté classique) et de ses muses, il contribue à l’ouverture des critères d’esthétisme pourtant si solidement cloisonnés dans le monde de la mode. Gaultier sublime le corps, sa matière de travail, et aime jouer avec les effets spéciaux comme dans ses modèles « tatouages » tissés ou imprimés sur un tulle élastique qui se transforme en seconde peau. Le couturier est aussi le seul à avoir utilisé des matières et objets issus du monde des sex shops comme le latex, le cuir, la résille, les harnais. Ses univers mêlent fétichisme et romantisme. Le monde du créateur anticonformiste repousse les préjugés et magnifie la beauté de toutes les différences. Et pour y parvenir, comme dans un inventaire à la Prévert, il utilise les boléros des toreros, les schtreimels et les grands manteaux sombres des rabbins, les gilets de Mongolie, les kimonos des geishas, les jupes de flamenco et les masques africains. Il leur fait côtoyer des éléments de la garde-robe Gaultier, tels le corset, le cuir, les paillettes. Le styliste dit de son travail qu’il se situe à mi-chemin entre Le Musée imaginaire de Malraux et le dadaïsme : il réunit tout ce qu’il aime, il mixe, rassemble, collecte et transgresse, puis synthétise cette démarche dans un seul vêtement. « Il n’y avait pas de contraintes à mon atelier, c’est ce qui lui a donné des ailes et lui a fait comprendre que sa mode pouvait plaire. Vous êtes un créateur quand on vous reconnaît sans même avoir vu votre nom. C’est le cas de Jean-Paul ». Les mots de Pierre Cardin résument à eux seuls l’état d’esprit et l’époustouflante trajectoire de celui que la presse a baptisé « l’enfant terrible de la mode ».


Valérie Godement

Croquis d’un costume de scène pour le Timeless Tour 2013 de Mylène Farmer. Bodysuit iridescent rebrodé de sequins avec jupe à traîne assortie.
Croquis d’un costume de scène pour le Timeless Tour 2013 de Mylène Farmer. Bodysuit iridescent rebrodé de sequins avec jupe à traîne assortie. - © J.P. Gaultier

Cinéma et danse

La vision futuriste de la mode de Jean-Paul Gaultier se manifeste dans les costumes qu’il crée pour le cinéma et la scène. De nombreux réalisateurs sont attirés par son vocabulaire unique, riche d’influences venues tant de la musique que du cinéma, toutes époques confondues. Il a notamment créé les costumes pour « Le cinquième élément » (1997) de Luc Besson, « La peau que j’habite » (2011) de Pedro Almodóvar. C’est en cinéphile averti qu’il devient en 2012 le premier couturier à être nommé membre du jury du Festival de Cannes. Gaultier a aussi collaboré avec des chorégraphes de la danse contemporaine (Maurice Béjart, Régine Chopinot...), mais aussi avec des stars de la pop française et internationale (Depeche Mode, Mylène Farmer, Yvette Horner, Nirvana, Rita Mitsouko, Lady Gaga...). Il a par ailleurs travaillé avec Amanda Lear au théâtre, et Florence Foresti pour ses spectacles.

Experts de renom

L’exposition parisienne consacrée à Gaultier dure jusqu’au 3 août 2015. Elle regroupe 336 pièces (dont des photos et vidéos) et s’organise autour d’un parcours thématique composé de huit sections. De nombreux artistes et experts de renom ont apporté leur contribution, notamment la star de la coiffure, Odile Gilbert, qui a réalisé avec son Atelier 68 plus d’une soixantaine de coiffures haute couture, et la compagnie UBU à qui le couturier a demandé de concevoir et de réaliser des mannequins animés et parlants pour ponctuer le cheminement dans l’univers de « l’enfant terrible de la mode ». Cette exposition a été initiée et mise en tournée par le musée des Beaux-arts de Montréal. Elle est ensuite allée à Dallas, San Francisco, Madrid, Rotterdam, Stockholm, New York, Londres et Melbourne. Paris est donc la 10e étape de ce parcours.
Renseignements : 01 44 13 17 17 ou www.grandpalais.fr.

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