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Interview

Xavier Beulin, nouveau président de la FNSEA

Le président de la filière oléoprotéagineuse succède à Jean-Michel Lemétayer. Les chantiers ne manquent pas, mais dans l’immédiat c’est le sort de l’élevage qui le préoccupe beaucoup.

23 décembre 2010 Le Syndicat Agricole Vu 1762 fois
Jean-Michel Lemétayer et Xavier Beulin.

Jean-Michel Lemétayer et Xavier Beulin. - © C. Gloria

Vous venez d’accéder à la présidence de la FNSEA. Que ressentez-vous à titre personnel et comment abordez-vous cette nouvelle responsabilité ?
C’est pour moi à la fois un grand honneur de présider cette maison et un grand challenge de succéder à Jean-Michel Lemétayer. J’ai aussi l’ambition de répondre aux attentes et aux aspirations de tous les agriculteurs sur tous les territoires et quelles que soient les formes d’agriculture.

Avez-vous un projet pour l’agriculture ?
J’entends donner aux paysans la fierté de leur métier et de ce qu’ils représentent dans la société. De mon point de vue, nous avons trois défis à relever. D’abord, il nous appartient d’assurer dans les meilleures conditions possibles l’aboutissement d’une nouvelle PAC qui sera moins protectrice que la précédente. Nous devons rétablir un climat de confiance entre les producteurs et leur environnement économique, c’est-à-dire les partenaires d’aval jusqu’à la distribution. Et enfin créer les conditions d’une France agricole leader en Europe qui redonne aux agriculteurs de vraies perspectives en termes de revenu, tout en continuant à être attractive pour les jeunes.

Quelles sont vos priorités immédiates ?
Il y a urgence pour les éleveurs. Ils sont pris en tenaille entre l’augmentation du prix des matières premières qui « plombe » leurs prix de revient, et l’impossibilité dans laquelle ils sont de passer des hausses à la grande distribution. Les producteurs de porcs et de bovins sont particulièrement vulnérables, mais je n’oublie pas les producteurs de lait, de volailles et d’ovins. Nous devons travailler à une combinaison de solutions pour retrouver des marges de manœuvre en agissant à la fois sur les prix, en repensant les relations entre les secteurs végétal et animal, et en promouvant une plus grande organisation économique des agriculteurs et de nos filières.

Face à la volatilité des prix des matières premières, vous évoquiez de nouvelles relations entre le végétal et l’animal. Comment cela peut-il se concrétiser ?
Il y a des discussions entre Orama et les représentants des fabricants d’aliments du bétail. Nous devons aboutir à formaliser des relations contractuelles pour écrêter et amortir les excès de la volatilité. Et cela en travaillant à trois niveaux : d’abord à l’échelle des bassins, surtout pour gérer l’approvisionnement des éleveurs et abaisser les coûts. Ensuite au niveau national, c’est-à-dire interprofessionnel : je persiste à croire que si la situation de l’élevage se dégradait en France, nous serions contraints d’exporter nos matières premières végétales sur le marché mondial avec tous les aléas qui y sont liés. Cela pour dire que nous devons conserver un marché national. Enfin, nous devons imaginer des mécanismes financiers : marchés à terme, système d’assurance et de péréquation pour prévoir et se protéger des variations de prix. Quoi qu’il en soit, l’implication des pouvoirs publics est indispensable pour la mise de dotations pour aléas ou de dispositifs fiscaux adaptés. Nous apportons notre soutien au chef de l’État pour rechercher dans le cadre du G20 les solutions permettant d’enrayer cette volatilité devenue incontrôlable.

La question de la représentativité syndicale dans les interprofessions va revenir sur le devant de la scène. Comment allez-vous l’aborder ?
La question est mal posée. La représentativité syndicale existe déjà à FranceAgriMer que je préside encore, au Conseil supérieur d’orientation agricole par exemple. Il ne faut pas confondre la représentativité syndicale avec l’exercice de la démocratie. Et je rappelle que les interprofessions sont des structures de droit privé.
J’ai une certaine expérience et pratique du dialogue social au Conseil économique et social du Centre. Autant je suis ouvert à la discussion, prêt à écouter, échanger. Mais il y a des situations où il faut arbitrer. Sinon, c’est la chienlit et non la démocratie.

Les relations avec la grande distribution sont devenues très conflictuelles. Peut-on imaginer d’autres relations que celles du rapport de force ?
Le rapport de force fait partie des moyens d’action que l’on peut utiliser. Mais je préfère un autre type de relation basé sur la confiance et l’équité. Toutefois, je ne suis pas naïf quand on sait que 4 ou 5 opérateurs réalisent 85 % des mises en rayons des produits alimentaires.
Si nous voulons promouvoir collectivement une alimentation diversifiée et de qualité, cela passe par une rémunération correcte du producteur agricole. C’est la raison pour laquelle j’accorde de l’importance à l’Observatoire des prix et des marges, qui permettra d’avoir un regard nouveau sur la formation des prix et des marges dans les filières. On ne peut faire des producteurs la variable d’ajustement des filières agroalimentaires.
Ceci étant, nous avons besoin de la grande distribution pour écouler nos produits et nous ne devons pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

Vous avez contribué à la construction d’une filière oléagineuse performante. Y a-t-il des leçons à tirer pour les autres secteurs agricoles ? Le modèle est-il généralisable ?
Ce n’est pas tant le modèle que l’esprit qui est à généraliser. Il se traduit par la volonté des agriculteurs de se regrouper et d’investir collectivement pour être plus et mieux présents dans l’aval. Pour que la valeur ajoutée qui se fait au bout de la filière revienne au producteur. C’est une forme d’organisation moderne, même si elle n’est pas transposable partout.

Vous avez annoncé la tenue d’un colloque sur les matières premières agricoles au mois de mai prochain à Paris. Qui participera à ce forum et dans quel objectif ?
Nous voulons réunir un certain nombre de pays au-delà du G20 en invitant des représentants d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’ailleurs, sur les sujets de la gestion et de la régulation des marchés agricoles. Mais nous souhaitons aborder également des sujets plus transversaux tels que le changement climatique, l’accès à l’eau, le foncier, qui sont des questions fondamentales pour les 10-15 ans à venir. L’objectif ultime est bien entendu de sensibiliser les grands de ce monde pour qu’ils s’accordent sur un certain nombre de mesures.

Considérez-vous que les orientations du Grenelle de l’environnement auxquelles la profession a été associée sont une chance ou un handicap pour l’agriculture française ?
C’est une chance si le Grenelle de l’environnement aboutit à une harmonisation des règles au niveau européen. C’est ce que nous souhaitons et nous travaillons dans ce sens. Mais je redoute que cela devienne un handicap et, de décisions malencontreuses en affichage médiatique, on aille vers un affaiblissement de l’agriculture française. Nous devons être extrêmement vigilants là-dessus, et je pense que les pouvoirs publics devraient faire davantage confiance aux agriculteurs. L’excès de réglementation tue la réglementation.

Dernière question sur le type d’agriculture que vous pourriez défendre quand la presse vous présente comme l’homme de l’industrie plutôt que celui d’une agriculture ancrée sur le territoire. Bref, votre élection traduirait la victoire du diester sur le Roquefort…
Je ne veux pas opposer ces deux types d’agriculture : elles sont complémentaires. Le même consommateur exige une alimentation plus sophistiquée pour les week-ends et les jours de fête, et des produits plus standardisés et bon marché les autres jours, notamment à la cantine. Cela pour dire qu’il faut combiner une agriculture de circuits courts qui capte la valeur ajoutée, et une agriculture de circuit long qui permette de mieux rémunérer l’agriculteur. Il faut consolider l’un et l’autre.
Ceci étant, il faut sortir des clichés traditionnels et savoir que l’agriculture des signes de qualité, celle dont on parle beaucoup, représente moins de 25 % de la demande alimentaire, alors l’agriculture plus conventionnelle réalise le reste, c’est-à-dire 75 %. Bref, il y a de la place pour tout le monde. Il n’y a pas les bons et les vertueux d’un côté, les pollueurs et les productivistes de l’autre… C’est aussi cela la richesse de la France.

 

 

 
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