Manger ou construire, il faut choisir!
Durant cette semaine dédiée au foncier agricole, l’ensemble du réseau JA s’est mobilisé dans chaque département pour dénoncer l’artificialisation des terres agricoles. - © DR
Cette semaine, les Jeunes Agriculteurs de la région Nord-Pas de Calais se sont mobilisés pour la « Semaine nationale de la préservation du foncier agricole ». En quoi consiste cette semaine nationale ?
Nous avons agi dans différents cantons de la région, en coordonnant nos forces et nos moyens. Une réelle synergie régionale s’est mise en place entre les JA du Nord et du Pas-de-Calais. Nous souhaitions mettre en lumière les emprises sur le foncier. Ces actions étaient principalement basées sur la communication ; notre objectif : sensibiliser les élus et les citoyens à l’importance d’une bonne gestion du foncier !
Pourquoi les Jeunes Agriculteurs Nord-Pas de Calais, se sont-ils mobilisés cette semaine ?
Depuis 2005, les Jeunes Agriculteurs manifestent régulièrement sur l’emprise du foncier. Les actions prennent de l’ampleur avec « la Semaine nationale de la préservation du foncier », organisée au niveau national. Nous profitons donc de ce contexte pour dénoncer quelques dérives. Malheureusement, les choses évoluent lentement voire pas du tout.
Pouvez-vous nous présenter quelques dérives présentes dans la région ?
Il y a toujours eu de nombreux abus... Cette emprise excessive de nos terres agricoles s’exerce à différents degrés : la réalisation de nouvelles zones d’activités alors que les anciennes ne sont pas optimisées ; les quantités excessives d’espaces verts pour l’implantation de nouvelles usines... Aujourd’hui, nous devons faire face à une politique incohérente des Communautés de communes, des Communautés urbaines : des bâtiments, érigés il y a 3-4 ans, sont encore vides et restent à louer ! Beaucoup de projets régionaux ont vu le jour, mais sont de grands consommateurs de terres agricoles. Il faut arrêter de toujours vouloir construire, d’étaler l’urbanisation au détriment de notre outil de travail.
Quelle est la position des JA face à ces problématiques ?
Notre position est ferme : nous condamnons la consommation du foncier inutile, qui coûte au contribuable ! Nous ne pouvons pas continuer à gâcher le foncier agricole sachant que nous sommes une région très productive, avec une quantité d’industries agroalimentaires importante. Nous nous devons également de penser à l’avenir de la profession. En 2011, nous pouvons affirmer que 26 m2 de terres agricoles sont perdues chaque seconde en France ! Malgré la prise de conscience des politiques, nous ne voyons rien évoluer sur le terrain, en particulier dans notre région...
Quels messages souhaitez-vous faire passer ?
Nos messages sont simples. Il faut que les politiques et le grand public se rendent compte qu’une fois qu’on a bétonné, on ne peut plus revenir en arrière ! Il faut faire pression sur les élus locaux et les Communautés urbaines. La gestion du territoire est primordiale pour préserver notre agriculture. Celle-ci a besoin d’exister et cela devrait être la préoccupation de tous !
Quelles solutions permettraient de renforcer la maîtrise du foncier ?
Il faudrait déjà que les élus prennent conscience de la richesse des terres agricoles et de leur valeur pour l’avenir ! De nombreuses solutions sont envisageables : rendre obligatoire l’optimisation des zones d’activités existantes avant d’en réaliser de nouvelles ; diminuer la parité 1 ha de bois détruit/4 ha plantés (mise en place en plus du Plan forêt régional !) ; réaliser un état des lieux de l’utilisation du foncier avant de mettre en place un Plan forêt régional ; augmenter la taxe sur le changement de destination des terres agricoles... Il y a tant de solutions possibles pour maîtriser notre outil de travail et assurer le renouvellement des générations dans le milieu agricole...
Propos recueillis par Pauline Escourrou et Émilie Girard
Et de 1 pour le Pas-de-Calais...
Mardi 15 novembre, une trentaine de JA, accompagnés par la FDSEA, ont investi un rond-point de la commune de Chocques, à proximité de la future zone d’activités des Pilastres. Soutenue par le maire de la ville de Béthune, également vice-président d’Artois Comm, et son premier adjoint, cette action de communication visait à sensibiliser les citoyens et les élus au gâchis du foncier. En effet, 55 ha risquent de quitter l’agriculture de la commune et de ses alentours (Vendin-les-Béthune et Annezin), si la construction de cette zone est maintenue. D’autant plus qu’une parcelle agricole urbanisée peut difficilement revenir en culture... Nous ne nous opposons pas au développement économique d’Artois Comm, mais entre manger et construire, il faudra choisir.
... Et de 2 pour le Nord !
Mardi 15 novembre, 20 h 30, dans la zone industrielle d’Houplines... Un groupe de 11 JA des cantons de Quesnoy-sur-Deûle et des Weppes s’est donné rendez-vous. L’objectif : réaliser une action de communication afin de dénoncer l’ampleur de l’industrialisation croissante, au détriment des terres agricoles ! D’une surface totale de 55 ha, ce parc d’activités de stockage logistique regroupe une quantité impressionnante de bâtiments vides... Une multitude de panneaux « À vendre, À louer » jonchent cette zone, pourtant construite depuis plus de 3 ans maintenant ! On pouvait lire sur un des panneaux : « À louer 55 000 m2 de bâtiments divisibles » ; un JA a fait remarquer qu’il serait possible d’« installer un maraîcher avec toute cette surface... ». Avant de construire de telles zones d’activités, peut-être faudrait-il songer à étudier la demande au préalable ?
En chiffres:
Au niveau national
1 000 000: Le nombre d’ha changeant de main chaque année.
231: En ha, la superficie agricole perdue chaque jour (soit 3 exploitations).
82 000: En ha, la superficie agricole perdue chaque année (soit 26 m2 de terres/seconde).
90 %: La proportion de sols artificialisés provenant de zones agricoles entre 2000 et 2006.
Dans la région Nord-Pas de Calais :
3 000: En ha, le superficie de terres quittant l’agriculture chaque année.
7 500: Le nombre d’emplois liés à l’agriculture que perdra la région (1 500 exploitations agricoles en moins) à cause du Plan boisement, qui vise à augmenter la surface boisée de 90 000 ha en 30 ans.
85 000: Le nombre de salariés de la filière agricole, qui est actuellement le 1er employeur régional. Souhaitons-nous détruire ce potentiel ?
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