Le Syndicat Agricole 08 novembre 2012 à 11h03 | Par Le Syndicat Agricole

Intempéries - Les pluies continuent d’inonder les champs et de menacer les récoltes

La Chambre d’agriculture s’est rendue sur le terrain pour évaluer les dégâts et réfléchir aux solutions.

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Les élus locaux et représentants de la Chambre de région constatent les dégâts causés par la pluie sur la parcelle d’Olivier Andriansen à Brouckerque : toutes les pommes de terre sont pourries.
Les élus locaux et représentants de la Chambre de région constatent les dégâts causés par la pluie sur la parcelle d’Olivier Andriansen à Brouckerque : toutes les pommes de terre sont pourries. - © Le Syndicat Agricole

À la suite des intempéries qui ont frappé la région du Nord-Pas de Calais et inondé les champs de maïs, pommes de terre, lin et légumes, la Chambre d’agriculture de région a souhaité se déplacer sur le secteur des sinistrés, lundi 5 novembre, en présence des représentants de l’État et de la Draaf. Jean-Bernard Bayard, président de la Chambre, a insisté sur le caractère collectif de ce déplacement, réunissant l’ensemble des organisations professionnelles de la filière, dans le but de dresser un premier bilan des catastrophes et trouver des pistes de sortie de crise. Si la zone la plus touchée est la côte d’Opale, l’évaluation précise des dégâts est toujours en cours. Néanmoins, plus de 400 ha de lin auraient été impactés sur l’ensemble de la région, 8 000 ha au niveau national. Pour les pommes de terre, 1 000 ha de surfaces ont déjà été déclarés sinistrés aux assurances, laissant deviner une surface réelle concernée bien plus grande. Si certains agriculteurs peuvent encore sauver une partie de leur production, d’autres ont tout perdu.

« Ça ne sert plus à rien de récolter »
Les représentants de la Chambre se sont dans un premier temps rendus sur l’exploitation d’Olivier Andriansen à Brouckerque (59), en présence du sous-préfet de Dunkerque, Henri Jean. L’éleveur et producteur a retracé ses derniers jours de lutte contre l’invasion de l’eau et exposé l’étendue des dégâts : « Je n’ai pu récolter que 2,5 ha de lin sur 8,5 ha. Pour l’instant, je ne peux pas récolter le maïs car il est couché, mais il risque de pourrir ; je laisse mes bêtes dehors car je n’ai rien à leur donner à manger. Pour les pommes de terre, j’ai récolté 7 ha sur 30. » Sur sa parcelle, le sol est gorgé d’eau et de grandes mares stagnent encore, sur une terre saturée. Olivier Andriansen fouille le sol pour en ressortir des pommes de terre pourries. « Ça ne sert plus à rien de récolter », constate-t-il. Pourtant, il a fait le maximum pour tenter de sauver sa production : « Depuis plusieurs mois, on creuse des rigoles pour évacuer l’eau. Ces derniers jours, on a mis en marche plusieurs pompes. On aura fait tout ce qu’il fallait mais on ne sait pas si un jour on va pouvoir récolter ce qui reste. » Lui qui livre ses pommes de terre directement à des magasins de la région ne sait pas s’il pourra honorer ses contrats. « C’est un partenariat qui s’écroule », estime-t-il.
La 2e visite a conduit l’ensemble des représentants agricoles et élus locaux sur l’exploitation de Thierry Compiègne à Wirwignes (62). Daniel Rouhier, sous-préfet de Boulogne-sur-Mer, avait également fait le déplacement pour écouter les agriculteurs et constater les dégâts de visu. Là encore, l’exploitant a décrit l’étendue de la catastrophe : « 150 ha de maïs restent encore à récolter sur  les 260 de la Cuma ».
Pour chacun des agriculteurs concernés, il faut faire face à des conséquences en cascade. « C’est l’ensemble de l’économie agricole qui est menacée », prévient Jean-Bernard Bayard. Au-delà de la perte d’une partie des récoltes, c’est la qualité des productions qui est impactée ; les agriculteurs consomment davantage de fuel en raison des difficultés de récolte et de la mise en place des pompes à eau ; la production de lait sera impactée à cause des difficultés pour alimenter les bêtes ; et le moral des agriculteurs, fatigués de voir leurs champs noyés, est également lourdement impacté. Décréter l’état de catastrophe naturelle est une première étape, mais qui ne sera pas suffisante. Les producteurs s’inquiètent aussi pour la prochaine récolte qui s’annonce difficile : « Il faut penser à 2013, rappelle Olivier Andriansen. Nos variétés d’hiver, on peut les mettre au grenier. »

Un problème de gestion de l’eau
Parmi les solutions d’urgence à mettre en place, il s’agit pour la Chambre de réaliser une enquête plus fine sur le terrain et de recueillir l’avis des techniciens. « Notre objectif va être d’étudier la question de l’alimentation animale, explique M. Bayard. Peut-être peut-on trouver des producteurs de maïs qui avaient prévu d’en faire du grain mais peuvent en faire de l’alimentation. » Mais, pour la Chambre et l’ensemble des agriculteurs, il s’agit d’un problème de fond ; plusieurs facteurs sont à prendre en compte et notamment celui de la gestion de l’eau. Réunis sur les lieux sinistrés, les producteurs expliquent : « Il y a un manque d’entretien des fossés et des canaux ». Pour le président de la Chambre, « il faut raisonner avec logique. La 1re préconisation est d’avoir une excellente gestion de l’eau, il faut reprendre les discussions de manière sereine, en intégrant les problématiques environnementales et en reprenant le travail à partir de l’aval. » Jean-Bernard Bayard a également mis en évidence l’augmentation continue des surfaces artificialisées qui entraîne l’eau vers un seul endroit et aggrave le phénomène. Alors que le sol n’a pas encore absorbé toute l’eau tombée depuis des jours, les réflexions sont donc déjà en cours pour permettre de trouver des solutions collectives adaptées.

Laura Béheulière

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