Le Syndicat Agricole 25 novembre 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Influenza aviaire : le ministère met en place des mesures de protection des élevages

Les élevages avicoles des zones à risque élevé auront l’obligation de respecter un confinement ou de poser des filets pour éviter une incursion du virus sur le territoire national.

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Dans les zones à risque élevé, les volailles ne peuvent plus sortir des bâtiments à moins que des filets ne soient installés, permettant d’éviter un éventuel contact avec des oiseaux sauvages.
Dans les zones à risque élevé, les volailles ne peuvent plus sortir des bâtiments à moins que des filets ne soient installés, permettant d’éviter un éventuel contact avec des oiseaux sauvages. - © P. Le Douarin

Le ministère de l’Agriculture a annoncé le 17 novembre le relèvement du niveau de risque vis-à-vis de la grippe aviaire, de « négligeable » à « modéré » sur l’ensemble du territoire. Cet épisode « n’a aucun lien avec l’épizootie rencontrée dans le Sud-Ouest en début d’année 2016 », précise le ministère de l’Agriculture. Le risque est particulièrement fort dans les zones humides, explique le ministère, car les cas détectés touchent particulièrement les oiseaux migrateurs. Dans ces zones dites « zones écologiques à risque particulier », le risque est qualifié d’« élevé », et le ministère annonce le confinement obligatoire ou une pose de filets permettant d’empêcher tout contact avec les oiseaux sauvages, des mesures définies par l’arrêté du 16 mars 2016. Elles s’appliquent aux élevages commerciaux (sauf dérogation) et non commerciaux. Sur le reste du territoire, le relèvement du niveau de risque impose des contraintes et des restrictions dans le secteur de la chasse (cf. « Zoom sur... »), et pour les rassemblements d’oiseaux (foires, salons).
Cette décision intervient après que des cas d’influenza aviaire hautement pathogène H5N8 ont été détectés chez des oiseaux sauvages en Hongrie, en Pologne, en Al- lemagne, en Croatie, aux Pays-Bas, au Danemark et également autour du lac de Constance, à la frontière entre la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche. Aucun cas n’a cependant été recensé en France. De plus, contrairement à la souche H5N1 ayant déjà sévit en France, la variante H5N8 ne représenterait pas de danger pour l’Homme.

Des éleveurs sereins mais vigilants
Dans le Nord et le Pas-de-Calais, 90 communes, dont la majorité se situent dans le Pas-de-Calais, sont concernées par ces mesures (cf. encadré). « Il est vrai que cela représente des contraintes et du travail supplémentaires pour les éleveurs, commente Luc Desbuquois, du Comité régional avicole (Cravi). Mais c’est dans l’intérêt collectif que ces décisions ont été prises. La priorité aujourd’hui est qu’il n’y ait aucun cas qui apparaisse. » D’après lui, quelles que soient les communes concernées par les arrêtés du ministre, les éleveurs sont très vigilants : « Ils font en sorte que personne ne visite les élevages. Les producteurs, techniciens ou vétérinaires qui y entrent ont les habits les plus propres possibles, des sas d’entrée sont utilisés, etc. »
Si une exploitation venait à présenter un cas de grippe aviaire, des mesures de sécurité supplémentaires seraient instaurées dans une zone autour de l’élevage, avec probablement la décision de tuer les animaux concernés. « Quand il y a un cas, il doit être obligatoirement déclaré et cela peut entraîner une fermeture de frontière, ne serait-ce qu’au niveau régional. Les bêtes ne peuvent alors pas être exportées comme à l’accoutumée, avec des répercussions financières pour l’ensemble de la filière. » Toutefois, Luc Desbuquois assure que les éleveurs sont sereins. « Nous sommes un peu inquiets mais ne c’est pas la panique car nous avons été très réactifs et tout le monde fait attention. » « L’inquiétude vient davantage des pratiques des particuliers qui ont quelques poules, ajoute-t-il. Nous ne savons pas ce qu’ils font, s’ils mettent eux aussi des filets en place… Il peut y avoir un risque de propagation à ce niveau. » En Belgique, pays frontalier, des mesures similaires ont été prises. Le ministre fédéral de l’Agriculture a en effet ordonné le confinement de toutes les volailles dès le 10 novembre.
Après la crise dans le Sud-Ouest, la France attend toujours de retrouver son statut indemne de grippe aviaire, qui lui permettrait à nouveau d’exporter sur certaines destinations, comme le Japon. Cette décision doit intervenir trois mois après le nettoyage du dernier site touché, soit début janvier.

Laura Béheulière avec Agra Presse

Zoom sur... Les chasseurs également concernés par les mesures

Le ministère de l’Agriculture, dans le cadre des mesures de prophylaxie mises en place contre la grippe aviaire, a interdit le déplacement des appelants (canards utilisés pour attirer du gibier) dans les zones à risque élevé (zones humides principalement, ndlr). « Nous avons conscience de la nécessité de préserver les élevages du territoire national de la grippe aviaire à la veille des fêtes de Noël mais c’est la méthode que nous déplorons », témoigne Willy Schraen, président de la Fédération de chasse du Pas-de-Calais et président de la Fédération nationale de chasse (FNC). Le représentant des chasseurs regrette en effet le manque de concertation dont a fait preuve le ministère. « J’ai été prévenu la veille pour le lendemain de l’entrée en application de l’arrêté », explique-t-il. Difficile dans ces conditions d’informer correctement les 1,5 million de chasseurs que représente la FNC. Il assure cependant que les chasseurs ont pleinement conscience des risques encourus par les élevages et qu’ils respecteront les mesures.
L’arrêté ministériel précise que le transport des appelants est interdit mais que des dérogations sont possibles pour leur utilisation. « Si vous avez des appelants sur place, vous pouvez les atteler, assure Willy Schraen. De même, le transport et le lâcher de gibier à plumes, s’ils sont interdits dans les zones à risque élevé, sont autorisés en zones à risque modéré (c’est-à-dire sur tout le reste territoire national jusqu’à nouvel ordre, ndlr), sous condition d’information à l’administration ».
En parallèle de la restriction vis-à-vis des appelants, le ministère demande aux chasseurs de jouer un rôle d’épidémio-­surveillance du territoire. Un rôle difficile à jouer, d’après Willy Schraen, dans un contexte qui limite la pratique de la chasse.
Pour l’heure, aucun cas de grippe aviaire H5N8 n’a été déclaré sur le territoire national. Si c’était le cas, « les chasseurs sont prêts à prendre les décisions qui s’imposent, assure Willy Schraen, mais nous souhaitons que les choses se fassent dans la concertation et le dialogue ».
Une semaine avant l’annonce du relèvement du niveau de risque, le ministère de l’Agriculture avait déclenché, avec l’appui de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), un plan de surveillance active renforcé de la faune sauvage sur l’ensemble de son territoire. Cette surveillance renforcée va permettre de « pouvoir réagir, le cas échéant, le plus rapidement possible pour éradiquer tout nouveau foyer et éviter ainsi au maximum le risque de nouvelles contaminations », explique un communiqué paru le 10 novembre.

V.CH.

Les zones à risques dans le Nord et le Pas-de-Calais

Les zones à risques élevés sont les marais du Pas-de-Calais, les bassins de décantation du Pas-de-Calais, le littoral du Pas-de-Calais et l’Authie, basse vallée et marais arrières. Les 90 communes concernées, dans lesquelles les mesures de confinement ou la pose de filets sont obligatoires pour les éleveurs, sont les suivantes :
Nord (11 communes) :
Bavinchove ; Courchelettes ; Ferin ; Grand-Fort-Philippe ; Gravelines ; Lambres-lez-Douai ; Nieurlet ; Noordpeene ; Renescure ; Saint-Georges-sur-l’Aa ; Zuytpeene.
Pas-de-Calais (79 communes) :
Adinfer ; Airon-Notre-Dame ; Airon-Saint-Vaast ; Alette ; Allouagne ; Ames ; Arques ; Ayette ; Berck ; Bernieulles ; Beussent ; Bezinghem ; Boiry-Saint-Martin ; Boiry-Sainte-Rictrude ; Boisleux-au-Mont ; Boulogne-sur-Mer ; Bourecq ; Brebières ; Burbure ; Busnes ; Calonne-sur-la-Lys ; Campagne-lès-Wardrecques ; Campigneulles-lès-Grandes ; Clairmarais ; Colline-Beaumont ; Conchil-le-Temple ; Corbehem ; Cormont ; Cucq ; Douchy-lès-Ayette ; Ecquedecques ; Enquin-sur-Baillons ; Ferfay ; Ficheux ; Gonnehem ; Gouy-sous-Bellonne ; Groffliers ; Guarbecque ; Guemps ; Ham-en-Artois ; Hendecourt-lès-Ransart ; Hinges ; Hubersent ; Inxent ; Lepine ; Lespesses ; Lestrem ; Lieres ; Lillers ; Marck ; Merlimont ; Mont-Bernanchon ; Montcavrel ; Nempont-Saint-Firmin ; Nouvelle-Église ; Offekerque ; Outreau ; Oye-plage ; Parenty ; Le Portel ; Preures ; Rang-du-Fliers ; Robecq ; Roussent ; Saint-Aubin ; Saint-Folquin ; Saint-Josse ; Saint-Martin-Boulogne ; Saint-Omer ; Saint-Omer-Capelle ; Sorrus ; Tigny-Noyelle ; Le Touquet-Paris-Plage ; Verton ; Vieille-Église ; Waben ; Wailly-Beaucamp ; Wimereux ; Wimille.


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