Le Syndicat Agricole 10 juin 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

«Il faut aider l’agriculture à passer ce cap difficile»

L’assemblée générale de la FDSEA du Pas-de-Calais s’est tenue à Tournehem-sur-la-Hem mercredi 8 juin. Pierre Hannebique, son président, revient sur l’année syndicale marquée par la forte mobilisation des agriculteurs.

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Pierre Hannebique lors de l’assemblée générale.
Pierre Hannebique lors de l’assemblée générale. - © DR

Au terme d’une année syndicale chargée et intense en mobilisations, Pierre Hannebique, président de la FDSEA du Pas-de-Calais, détaille les avancées obtenues et évoque pour nous les dossiers d’actualité.

Que peut-on dire de la situation actuelle des agriculteurs du Pas-de-Calais ?
La situation se fragilise de mois en mois avec des trésoreries de plus en plus tendues et une perspective d’évolution sur les marchés et sur les prix qui reste une grosse inconnue. Il y a beaucoup d’interrogations sur la fin de cette année.
C’est difficile à estimer mais l’élevage a été touché en premier et aujourd’hui, au niveau de la trésorerie, c’est dans ce secteur que les situations sont les plus compliquées, avec une volonté d’être accompagné par le secteur bancaire pour des avances de trésorerie à la fois sur la PAC et sur les moissons. On peut penser que certains agriculteurs ont déjà amputé une partie de leurs revenus 2 016.

Que peut-on dire de l’année syndicale ?
Notre travail syndical s’est traduit par des mobilisations à partir de juillet 2015 avec des actions qui se sont poursuivies jusqu’en février 2016. Producteurs, transformateurs et distributeurs se sont réunis pour entamer des négociations commerciales. Mais dans le contexte de diminution des prix des matières, la situation n’a pas beaucoup avancé. Et les promesses ne sont pas tenues. Pour ne prendre qu’un exemple : le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll s’était engagé sur un prix du kilo de porc qui ne devait pas descendre en dessous de 1,40 € ; ça n’a pas été le cas. Dans ce contexte de libre concurrence et de marchés mondialisés, on ne peut pas compter sur la parole d’un politique par rapport à cette question des prix. Mais notre demande est surtout d’assurer un meilleur partage de la valeur ajoutée entre les différents maillons de la filière. La distribution et les transformateurs doivent avoir leur part mais il doit aussi y avoir un juste retour pour le producteur qui doit toucher un revenu décent et ne pas travailler à perte.

Après ces mois de mobilisation, y a-t-il des motifs de satisfaction ?
Nous avons obtenu quelques avancées. À commencer par la baisse de 7 points des cotisations sociales des agriculteurs. Elles sont passées d’un taux de 42 à 35 %, ce qui est un niveau plus proche du taux pratiqué chez nos voisins européens. C’est une mesure positive mais dont l’impact sur les exploitations n’est pas immédiat.
Deuxième élément : la mise en place du Fonds d’allégement des charges sociale et le Fonds sanitaire et social. Ce sont des dispositifs qui permettent d’avoir un impact immédiat sur les trésoreries mais qui ne viennent en aide qu’aux agriculteurs éligibles.
De manière plus globale, on peut aussi se féliciter de la réelle volonté des consommateurs de privilégier les produits alimentaires français dans leurs achats. À plus long terme, ça ne peut être que positif pour les agriculteurs.
Sur l’ensemble des actions qui ont eu lieu depuis l’été dernier, tout n’est pas négatif et les agriculteurs ont eu raison de se mobiliser fortement. Dans ce contexte, nous aurions tort de rester inactifs. Sur le plan syndical, en tant que responsable, j’affirme que nous devons continuer à nous battre pour permettre à l’agriculture de prospérer.

Qu’attendez-vous maintenant de la part des pouvoirs publics ?
Le gouvernement et les élus doivent prendre leurs responsabilités pour que l’agriculture reste un moteur de notre économie. Ces mesures conjoncturelles ont leur utilité dans des temps de crise comme celle que l’on traverse mais nous avons aussi besoin de mesures plus structurelles. Cela passe par la baisse des charges qui pèsent sur l’exploitation. Les pouvoirs publics ont une marge de manœuvre sur certains aspects comme la TVA, les charges salariales ou la taxe sur les produits pétroliers. Par ailleurs, il ne faut pas en rajouter sur l’aspect réglementaire car les normes supplémentaires sont coûteuses à mettre en place pour les exploitations et créent des distorsions de concurrence.
Les pouvoirs publics doivent aussi apporter des solutions pour organiser les marchés. Les agriculteurs français demandent la mise en place d’outils de régulation qui permettent de faire remonter les cours. Cela concerne en premier les productions animales, notamment la production de lait et de viande, mais aussi toutes les productions ; je pense par exemple à la betterave où le système de quotas n’existera bientôt plus.
On constate que l’Europe abandonne les uns après les autres les différents outils de régulation. Cela s’accompagne d’une exposition de plus en plus forte aux marchés mondiaux et le développement d’accords bilatéraux qui pourraient mettre à mal notre agriculture.

Et au niveau local ?
En ce qui concerne le Pas-de-Calais, la profession a des inquiétudes qui vont au-delà des aspects économiques, notamment sur les actions du Conseil départemental. À commencer par l’aménagement foncier agricole et rural. Sur ce point, nous souhaitons que notre politique soit celle des élus du Conseil départemental : à savoir économiser au maximum la ressource. Autre problème : la prolifération des adventices le long de la voirie départementale, ou encore de la faune sauvage, responsable de dégâts aux cultures à proximité des espaces naturels. Si la préservation de la biodiversité est un souci partagé, nous demandons cependant que les équilibres soient respectés pour que l’agriculture n’en soit pas victime.
Les responsables départementaux peuvent aussi apporter un soutien à l’agriculture en privilégiant un approvisionnement local pour la restauration collective dont le Département à la charge ; je pense aux collèges notamment.
Un autre point très concret que nous demandons aux élus locaux est de mieux prendre en compte la circulation des engins agricoles dans les aménagements routiers.

Quelles marges de manœuvres les agriculteurs ont-ils sur leurs exploitations ?
Depuis quelques semaines, les agriculteurs sont moins mobilisés. Ils sont retournés travailler aux champs et je pense qu’ils entament aussi des réflexions individuelles pour tenter de réduire leurs charges et regarder les points d’amélioration encore possibles sur leurs fermes, comme les charges de mécanisation.
Mais il y a des aspects inquiétants ! Je déplore notamment le fait que certains agriculteurs décapitalisent fortement. Le risque est de voir décroître l’esprit d’entreprise. Il est important de garder une dynamique mais malheureusement, on sent une démotivation chez certains agriculteurs. Cette ambiance défaitiste n’est pas spécifique au monde agricole ; je crains qu’il ne s’agisse d’une ambiance globale actuellement en France.

La mobilisation va-elle continuer ? Avec quels objectifs ?
Cette semaine, nous nous sommes à nouveau mobilisés avec comme principal objectif celui de sensibiliser les élus et l’administration à la situation qui s’aggrave pour bon nombre d’agriculteurs. Dans la perspective des élections présidentielles, c’est essentiel de rappeler aux élus combien l’agriculture tient une place importante dans notre pays. C’est pourquoi il faut l’aider à passer ce cap difficile car s’est un secteur qui peut apporter des points de croissance à notre pays.

Quelles sont les perspectives pour l’année 2016 ?
La situation reste très préoccupante car les perspectives sont peu encourageantes. Je crains que certaines exploitations n’arrivent pas à passer ce cap. Notre objectif au niveau syndical est d’accompagner toutes les exploitations avec l’ensemble de nos partenaires. Il ne faut pas oublier qu’un agriculteur qui arrête son activité représente une perte de dynamique globale pour le territoire.

Propos recueillis par Virginie Charpenet

Nouvelle PAC : La profession dénonce les retards de l’administration

Alors que les agriculteurs viennent de déposer leur dossier PAC pour 2016, nombreux sont ceux qui n’ont pas reçu l’intégralité de leurs aides pour 2015. « La DDTM accuse un retard qui est inadmissible, s’insurge Pierre Hannebique. Le ministère de l’Agriculture n’a pas suffisamment anticipé la dernière réforme de la politique agricole ». Après plusieurs reports du versement, le ministère a annoncé qu’il aurait lieu en septembre.

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