Le Syndicat Agricole 13 janvier 2017 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Grippe aviaire : Lancement d’un nouveau plan d’éradication du virus dans le Sud-Ouest

Pour stopper la propagation du virus H5N8, le ministère de l’Agriculture recourt à des moyens plus radicaux : l’abattage préventif des palmipèdes et une nouvelle période de vide sanitaire.

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« Cet épisode montre tout l’intérêt des mesures de biosécurité, affirme Bruno Ferreira, chef du bureau des actions sanitaires à la DGAL. Il faut les renforcer à tous les maillons ».
« Cet épisode montre tout l’intérêt des mesures de biosécurité, affirme Bruno Ferreira, chef du bureau des actions sanitaires à la DGAL. Il faut les renforcer à tous les maillons ». - © P. Le Douarin

Nouveau coup dur pour les éleveurs du Sud-Ouest. Le ministère de l’Agriculture a annoncé le 4 janvier l’abattage de « tous les palmipèdes en parcours extérieurs » d’une zone incluant une partie des départements du Gers, des Landes et des Hautes-Pyrénées. Soit environ 800 000 palmipèdes sur le 1,2 million que compte cette zone, selon l’interprofession foie gras (Cifog). Les palmipèdes élevés en bâtiments (reproducteurs) ne sont pas concernés, de même que les élevages autarciques, assurant l’intégralité du cycle de production. L’opération doit se terminer le 20 janvier et sera suivie par un nettoyage et une désinfection des bâtiments et des parcours. Les abattages seront suivis d’une période de vide sanitaire, estimée à trois mois par l’interprofession, mais qui pourrait varier, notamment en fonction des conditions météorologiques. Les autorités et les professionnels espèrent que le virus n’atteindra pas la zone très dense de production de la Chalosse, au sud des Landes et à l’ouest de la région contaminée. C’est d’ailleurs par les zones proches de cette région que débuteront les abattages, qui pourraient s’arrêter en cours si le virus semble contenu, précise le cabinet du ministère. L’opération est plus drastique encore que celle conduite l’année dernière : les autorités vont abattre presque tous les animaux de la zone réglementée, y compris ceux issus de fermes non contaminées ; tandis que l’année dernière, les autorités avaient attendu que les animaux de la zone finissent d’être élevés et commercialisés, avant de mettre en place le vide sanitaire.

80 millions d’euros
L’interprofession estime que l’ensemble de l’opération pourrait coûter 80 millions d’euros à la filière (une grande partie liée au manque à gagner causé par le vide sanitaire, 15 millions d’euros liés aux animaux abattus et au coût d’abattage, et une dernière partie liée aux canetons qui ne peuvent plus être envoyés dans la zone concernée depuis plusieurs semaines), qui viennent s’ajouter aux 500 millions d’euros de pertes liées au plan d’éradication de 2016. Les abattages seront financés par l’État, et les pertes liées à l’arrêt de production pourraient être indemnisées ; le ministère de l’Agriculture explique que les conditions d’indemnisation seront arrêtées à l’issue de l’opération, et en fonction de sa durée et des moyens déployés. Lors du précédent vide sanitaire, l’État avait annoncé le déblocage de 130 millions d’euros pour indemniser le manque à gagner, pour une zone beaucoup plus large. Le président du FMSE (Fonds de mutualisation sanitaire et rurale) Joël Limouzin a également annoncé que le fonds professionnel participerait aux indemnisations, précisant que des discussions devaient être conduites sur les montants, et avertissant que la cotisation professionnelle n’avait que deux ans d’existence en aviculture.

Renforcer la biosécurité
Ce recours à un abattage préventif des animaux signe-t-il l’échec des nouvelles mesures de biosécurité mises en place cet été ? Au contraire, « cet épisode montre tout l’intérêt des mesures de biosécurité, affirme Bruno Ferreira, chef du bureau des actions sanitaires à la Direction générale de l’alimentation (DGAL). Il faut les renforcer à tous les maillons ». Il estime ainsi qu’il faut veiller à la bonne application des mesures de biosécurité actuellement en vigueur, notamment chez les équipes de ramasseurs. Jean-Luc Guérin, responsable de la chaire de biosécurité aviaire à l’école vétérinaire de Toulouse, est du même avis. Ce dernier souligne d’abord que cette souche virale H5N8 est complètement différente de celles qui ont touché le Sud-Ouest l’année dernière et que le vide sanitaire de cet été a été efficace. « Les nouvelles règles de biosécurité ont permis de ralentir la diffusion de ce nouveau virus, mais la montée en charge du dispositif n’est pas complètement aboutie, indique-t-il. Il faut rappeler qu’un plan d’investissement doit se dérouler sur les cinq années à venir ». Ces investissements doivent permettre par exemple de rendre certaines salles de gavages nettoyables, de protéger des fosses à lisier de l’avifaune sauvage ou de réaménager des cannetonières. Par ailleurs, certains élevages du Sud-Ouest ne sont pas en mesure de confiner leurs animaux, ne disposant pas d’assez de place en bâtiments, et bénéficient de dérogations à l’obligation de confiner, (sous certaines conditions, dont l’aval d’un vétérinaire) en vigueur depuis le passage de la France en risque élevé pour la grippe aviaire. « Finalement, nous avons été pris de court par un virus à très forte contagiosité, qui touche tous les pays européens et en particulier les canards », poursuit-il.

Un groupe de travail sur les « pratiques à risque »
Un groupe de travail va être constitué par la DGAL pour faire évoluer « certaines pratiques à risque » parmi lesquelles le transport d’animaux vivants qui est particulièrement pointé du doigt. « On sait que ces virus sont excrétés essentiellement par les matières fécales et vont souiller le matériel ou bien les personnes qui sont en contact avec ces matières. Le transport peut donc être un vecteur de propagation. Des mesures ont été prises récemment pour circonscrire ces risques. En fait, je ne pense pas qu’il y ait une cause majeure pour ce virus, mais plusieurs causes : le transport, les relais de l’avifaune, les transmissions de proximité (aérosols, plumes, poussières) ».
Toujours est-il que pour le virologue, les transporteurs doivent continuer à travailler sur le respect des règles de biosécurité : « Un très gros travail a été fait sur les transports. Mais dire que tous les professionnels du transport ont joué le jeu, non. Il y avait des trous. Il reste encore une marge importante de progrès. En revanche, une fois que tous les investissements auront été faits dans les élevages, on ne pourra pas aller beaucoup plus loin ». Une chose est sûre, tous les acteurs de la filière vont devoir s’adapter très vite : « Depuis quelques années nous observons une augmentation de la fréquence et de la gravité des épisodes d’influenza aviaire, aux États-Unis, en Europe et en Asie, reconnaît Jean-Luc Guérin. Nous vivons sûrement un changement de paradigme, l’influenza aviaire étant considérée jusqu’encore récemment comme une maladie exotique. Cette hausse des cas ne peut pas s’expliquer uniquement par l’augmentation de la production. Nous risquons d’avoir une exposition de plus en plus forte à l’influenza, même si je ne peux pas croire que cela arrivera tous les ans ».

MDS avec Agrapresse

3 questions à Luc Desbuquois, trésorier du Cravi Hauts-de-France

« Dans la région, le travail collectif de sensibilisation a porté ses fruits »

Des canards infectés avaient été retrouvés dans le Pas-de-Calais fin novembre, quelle est aujourd’hui la situation dans la région ?
Aucun cas de grippe aviaire n’a été détecté à ce jour dans les élevages de la région. Avec l’apparition au sein de la faune sauvage des premiers foyers de grippe aviaire en France, le mot d’ordre était de redoubler de vigilance en renforçant les mesures de biosécurité dans les élevages (double pédiluve dans les sas d’accès aux bâtiments, confinement des volailles et dérogation pour les éleveurs « Label Rouge »). Ce message a été particulièrement bien relayé auprès des éleveurs par l’ensemble des acteurs de la filière. C’est ce travail collectif de sensibilisation qui a permis d’éviter l’apparition de nouveaux cas dans les Hauts-de-France.

Selon vous, faut-il réfléchir aussi à mettre en place une vaccination préventive ?
Je crois qu’il s’avère plus intéressant pour la filière avicole française de renforcer les mesures de biosécurité à toutes les étapes de la production, plutôt que d’opter pour une vaccination systématique des animaux. Si, demain, la France décidait de s’engager seule dans cette voie, certains pays pourraient fermer leurs frontières à la volaille française. Ce blocage des exportations aurait sûrement des conséquences dramatiques pour l’ensemble de notre filière, particulièrement dans la région. 90 % des volailles produites au nord de Paris se font en effet abattre en Belgique et en Allemagne. Il y a quelques années, nous avions obtenu des administrations belges et françaises la mise en place d’un corridor sanitaire vers l’abattoir Flandrex à Mouscron (aujourd’hui Plukon) pour pouvoir continuer à abattre nos volailles. Il n’est pas dit que demain ce type d’aménagement soit envisageable avec des animaux vaccinés.

Que faire alors que certains experts craignent que ces épisodes d’influenza aviaire ne deviennent de plus en plus fréquents dans les années à venir ?
Il devient urgent de mieux surveiller les migrateurs infectés pour anticiper davantage. La période à risque s’étale de novembre à janvier. En cas de détection de foyers d’influenza aviaire aux Pays-Bas ou en Belgique, il s’agirait de prendre tout de suite des mesures plus strictes comme le confinement, sans attendre que des cas ne se déclarent en France. Cela supposerait de modifier au préalable notre organisation et nos modes de production. Surtout dans le Sud-Ouest où les éleveurs devront choisir entre réduire le nombre d’animaux ou investir pour augmenter la taille de leurs bâtiments. Dans notre région, il est possible de confiner plus facilement les volailles dans les bâtiments, même si cela implique aussi un surcoût financier (surcoût alimentaire, impact sur le poids des volailles) et une charge de travail plus importante pour l’éleveur.

Propos recueillis par MDS


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