Le Syndicat Agricole 06 décembre 2012 à 10h20 | Par Le Syndicat Agricole

Grandes cultures - La production de blé à l’épreuve du temps

Le constat est aujourd’hui sans appel: la productivité du blé stagne depuis le milieu des années 1990. Focus sur un phénomène qui pourrait perdurer.

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Le risque d’avoir des températures échaudantes intervient de plus en plus tôt.
Le risque d’avoir des températures échaudantes intervient de plus en plus tôt. - © P. Croenberger

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : alors que dans le Pas-de-Calais la productivité augmentait en moyenne de 1,4 qx/ha et par an jusqu’en 1997, depuis cette date on assiste à une stagnation de ces rendements, qui plafonnent à une moyenne de 84,5 qx.
Pire encore, comparé à d’autres cultures, c’est une particularité qui semble bien se confirmer. Ainsi donc, si la betterave continue de progresser de 1,2 t par ha et par an dans la région Nord, le colza de 0,37 qx et le maïs de près d’un quintal, le blé lui stagne inexorablement. « Une réalité que l’on retrouve dans tous les pays européens, accentué même dans les pays du sud comme l’Italie ou l’Espagne », développe Jean-Paul Prevot, ingénieur régional Arvalis.
Pour beaucoup, ce plafonnement s’explique « par le choix d’une sélection privilégiant la qualité au détriment de la productivité, de variétés plus rustiques et donc moins performantes... » Or, en y regardant de plus près, il n’en est rien ! Au regard des expérimentations faites par Arvalis, sur 15 ans, l’amélioration des variétés et des techniques culturales continue à apporter une plus-value de 1,2 qx par ha et par an. Un effort annihilé en grande partie par les changements climatiques (environ 50 %), mais aussi par la simplification des assolements (de plus en plus de blé sur blé), une meilleure gestion de l’azote ou encore l’utilisation des TCS, pour à peine 1 quintal par ha et par an. En fait, sans cet apport de la génétique, les rendements du blé auraient largement baissé et non stagné.
Qui plus est, en raison de contraintes économiques ou environnementales, les agriculteurs ont appris à optimiser leurs intrants. L’azote en est l’exemple le plus frappant. Les besoins sont ainsi mieux cernés grâce aux outils de pilotage, avec une économie de 20 unités d’azote sur une décennie, et des rendements qui n’en ont pas été affectés. Idem pour les densités de semis, qui malgré une baisse de 25 % sur 15 ans, n’ont en rien entamé le potentiel de production.

Le blé affecté par le réchauffement climatique
C’est donc bien du côté du climat qu’il faut chercher les raisons de cette stagnation du rendement. « Le blé, comme toutes les plantes herbacées, semble être la plante la plus affectée par le réchauffement climatique », constate Jean-Paul Prevot. Et les manifestations de cette évolution sont bien réelles. Ainsi, sur la station de St-Quentin, les températures glissantes, sur 20 ans, ont pris 2 °C pour s’établir à 11,6 °C. Le risque d’avoir des températures échaudantes (plus de 25 °C) intervient de plus en plus tôt, le 4 juin en 1970, contre le 12 mai de nos jours !
Cette élévation des températures accélère aussi l’apparition du stade épi 1 cm, qui a gagné quelque 10 jours en 40 ans. Paradoxalement, ce réchauffement climatique induit des stades de début montaison plus précoces, mais aussi plus sensibles au gel. Sans parler de l’épiaison, qui arrive, en moyenne sur la même période, 7 jours plus rapidement, mais qui se déroule à un rythme accéléré. De tous ces bouleversements climatiques, c’est donc le blé qui semble en pâtir le plus avec, sur le long terme, pourquoi pas une modification des assolements au bénéfice du maïs, par exemple ?
Face à tous ces défis, les attentes de agriculteurs sont nombreuses : améliorer le comportement par rapport au stress climatique et hydrique, continuer à travailler les résistances aux maladies et aux parasites, répondre à la diversité des environnements et des conduites de culture. Mais de l’avis de tous, c’est par la génétique que le blé trouvera son salut. Une perspective sur laquelle planchent déjà les semenciers en proposant des variétés toujours plus productives, mais aussi toujours plus adaptées à leur milieu.

Christophe Dedours

Zoom sur... Le progrès génétique à la loupe

En une quinzaine d’années, la sélection variétale en blé a permis un gain de 10 à 14 qx environ. « Preuve en est, souligne Jean-Paul Prevot, si l’on avait continué à cultiver des variétés anciennes, nous n’aurions pas les rendements d’aujourd’hui. » En 2012, Arvalis a, par exemple, établi un protocole d’essais en semant de vieilles variétés à côté de lignées plus récentes. Le constat est alors sans appel : avantage à la nouveauté. Capelle (inscrite en 1946) produit alors 54,7 qx, Top (1970) 83,5 qx, Apollo 95,3 qx et les plus récentes, Isengrain, Premio ou encore Bermude, dépassent la barre symbolique des 100 quintaux !
Le progrès génétique s’oriente également, depuis peu, vers d’autres critères. Les plantes sont ainsi de plus en plus petites pour résister à la verse (plus d’un mètre en 1950, contre à peine 80 cm aujourd’hui). Pour lutter contre l’échaudage et les déficits hydriques récurrents, la précocité à l’épiaison a été notablement avancée. Enfin, la résistance au froid a, elle aussi, grandement progressé.
Autre amélioration constatée, la résistance aux maladies. Là aussi, l’évolution est notable. Que ce soit à la septoriose, aux rouilles, à l’oïdium ou au piétin verse, les notes de tolérance ont largement bonifié. Concrètement, pour les parcelles traitées, le gain de rendement est de 0,9 qx par ha et par an ; pour les champs non protégés, il est de 1,3 qx. Ainsi donc, même si les nouvelles obtentions sont un peu plus rustiques, cela ne semble pas être au détriment de la productivité. Même démenti concernant les BAU ou les BPS, leur progression de rendement est quasiment identique. La sélection évolue donc vers des blés de qualité tout en préservant, là aussi, le rendement.
Les nostalgiques des « vieilles variétés plus productives et plus rémunératrices que celles développées actuellement, semblent donc en avoir pour leur frais », met en avant Jean-Paul Prevot.
D’autant plus que, grâce à la sélection, ces variétés font plus de rendement avec une dose d’azote identique, et ne sont pas plus dépendantes aux fongicides que les anciennes.
Dernier argument mis en avant pour saluer le travail de la sélection : la mise sur le marché de produits qui répondent au mieux aux exigences du marché (PS, protéine, force boulangère...) mais aussi aux contraintes agronomiques des agriculteurs (date de semis, blé sur blé, paille, ravageurs, production bio...)
C’est en fait à une véritable segmentation du marché que l’on assiste depuis plusieurs années.

C.D


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