Le Syndicat Agricole 20 janvier 2017 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Garder les jeunes dans les campagnes : un objectif ambitieux mais réalisable

Le Conseil économique social et environnemental (Cese) a émis plus d'une vingtaine de propositions d'actions pour « renforcer la place des jeunes dans les territoires ruraux ».

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Parmi les difficultés des jeunes en milieu rural, le Cese pointe, sans surprise, un déficit en matière d'équipements et de services. © S. Leitenberger « Il est urgent de mobiliser les jeunes et les acteurs locaux pour développer l'activité économique ». © M. Portier

«Dans les espaces ruraux très peu denses de France métropolitaine, les jeunes de 18 à 29 ans, qui constituent 14,7 % de la population française, représentent seulement 9,7 % de la population des territoires ruraux »*, note l'avis du Conseil économique, social et environnemental (Cese) sur la place des jeunes dans les territoires ruraux, adopté le 11 janvier**. Le déficit de jeunes est-il à l'origine de l'atonie économique des territoires ruraux, ou l'absence de perspectives d'avenir explique-t-elle la réticence des jeunes à rester ou à s'installer dans les campagnes ? Finalement, la question de l'oeuf ou de la poule importe peu. Le vrai sujet, dont le gouvernement a décidé de s'emparer, est de savoir comment mettre un terme à ce cercle vicieux. C'est dans cette optique qu'il a saisi le Cese, le 19 juillet dernier, lui demandant d'« apporter son expertise dans la compréhension des besoins et des aspirations de la jeunesse rurale ». Pendant cinq mois, le Cese s'est penché sur la question, rencontrant les premiers concernés - les jeunes âgés de 15 à 29 ans - mais également des élus, des chercheurs et des enseignants. Il en a tiré des préconisations, comme le lui avait demandé le Premier ministre, pour permettre « à ces jeunes de s'épanouir et de trouver pleinement leur place dans la République ». Le Cese, qui a réalisé une liste non exhaustive des freins au bien-vivre des jeunes en zones rurales, estime « indispensable et urgent d'agir en mobilisant les jeunes et les acteurs locaux pour maintenir et développer une activité économique, sociale et culturelle dense, pour renforcer la cohésion sociale, ainsi que pour permettre aux jeunes de rester ou de venir vivre dans les territoires ruraux ». Car dans ces espaces vieillissants, le renouvellement des générations est un enjeu prioritaire.

Accès aux services
Parmi les difficultés des jeunes en milieu rural, le Cese pointe, sans surprise, un déficit en matière d'équipements et de services. Les jeunes ruraux accèdent moins aux équipements sportifs que leurs homologues urbains (66 % contre 69 %). C'est également le cas pour les bibliothèques (34 %/46 %) ou les cinémas (79 %/89 %). Si l'accès au logement est plus aisé, au niveau des prix, en zone rurale qu'en ville, le Cese constate cependant que l'offre d'habitation qui intéresse les jeunes est faible : « l'offre de logements vacants de petite taille est en général limitée ». D'ailleurs, les jeunes âgés de 18 à 25 ans dans les zones rurales très peu denses « vivent plus fréquemment chez leurs parents que les jeunes urbains (56,5 % contre 50 %) ». Par ailleurs, les jeunes déplorent, comme leurs aînés, les difficultés pour accéder aux services de soins et autres services publics. De fait, le permis de conduire et la possession d'une automobile s'avèrent indispensables dans ces territoires. « Selon le Credoc, 86 % des jeunes ruraux de 18 à 30 ans possèdent au moins une automobile, contre 62 % des jeunes urbains », note le Cese. Problème : les auto-écoles sont difficilement accessibles dans ces espaces où « l'organisation des transports collectifs classiques » est compliquée par la « dispersion de l'habitat ». Les jeunes auditionnés ont pour certains fait part de l'idée d'ajouter les leçons de conduite dans l'enseignement scolaire. Car « l'obtention du permis de conduire est déterminante pour l'accès à l'emploi ». 45 % des titulaires d'un CAP ayant le permis de conduire ont un emploi. Le taux tombe à 19 % pour ceux qui n'ont pas le permis.

Manque de formation et emploi
Les conditions d'accès à la formation et à l'emploi constituent également un des enjeux majeurs pour la jeunesse. Or, les jeunes des territoires ruraux sont, dans l'ensemble, moins bien lotis que les urbains. Certes, « le chômage des jeunes est en moyenne plus faible dans les territoires ruraux que dans les territoires urbains », mais « le taux de jeunes ni en études ni en emploi est particulièrement élevé en zone rurale » (24,4 % contre 20,8 % chez les urbains). Les jeunes ruraux sont par ailleurs moins diplômés que les autres : le taux de jeunes titulaires d'un diplôme universitaire de 2e ou 3e cycle est deux fois plus faible en zones rurales « très peu denses » (7,3 % des 18-29 ans, contre 15,4 % en ville). Par ailleurs, après la 3e, la moitié d'entre eux s'orientent en voie professionnelle (41 % chez les urbains), particulièrement dans l'enseignement agricole. Il ne s'agirait pas d'un problème si tous ces élèves entraient dans les voies professionnelles par choix, mais les jeunes interrogés par le Cese déplorent une sorte de déterminisme dans leur orientation scolaire et professionnelle, du fait de l'offre de formation limitée.

Perte de confiance
Mobilité, logement, services, éducation, emploi... Autant d'enjeux qui concernent directement la jeunesse rurale et qui, pourtant, ne font pas l'objet d'une politique adaptée à cette population spécifique, note le Cese. Par exemple, les actions en faveur de la jeunesse mises en oeuvre par les élus locaux se cantonnent bien souvent à la cible « petite enfance », remarque le Cese. Pire, « le pourcentage de communes où la jeunesse est inscrite comme une priorité politique est beaucoup plus élevé en milieu urbain (9/10) qu'en milieu rural (un peu plus d'un quart) ». Oubliés par leurs représentants, les jeunes perdent confiance dans leurs institutions représentatives. « La confiance dans le Parlement », restée presque identique chez les jeunes urbains (47 % en 1990 contre 46 % en 2008), s'est effondrée chez les jeunes ruraux, passant de 64 % en 1990 à 38 % en 2008. Même constat à l'égard des institutions européennes : le taux de confiance est passé de 77 à 57 % chez les jeunes urbains ; il a dégringolé de 76 à 50 % chez les ruraux.

Coordonner les actions politiques
Pour lutter contre cette défiance politique et le malaise exprimé par ces jeunes « oubliés de leurs élus », le Cese préconise d'abord de recentrer les actions politiques en faveur de la jeunesse. Notamment parce que « les compétences ayant une incidence majeure pour les jeunes ruraux sont souvent éclatées entre les niveaux de collectivités ». Pour ce faire, il suggère la mise en place d'une compétence « jeunesse » obligatoire à faire porter par les communautés de communes qui déclineraient des « Projets jeunesse de territoire ». Il propose également la création d'un « pacte jeunes ruraux » à rattacher aux contrats de ruralité mis en place par les Comités interministériels aux ruralités. Pour rappel, les contrats de ruralité permettent aux collectivités situées en zone rurale d'obtenir des financements publics (issus du Fonds de soutien à l'investissement local) pour mettre en oeuvre des projets de développement territorial.

Ouvrir les instances décisionnelles aux jeunes
Le Cese relève également la nécessité de faire participer les jeunes à la vie de leur territoire. Cela passe notamment par la création de Campus ruraux de projets, lieux réservés à la jeunesse, propices à la « création d'activités économiques, sociales, de projets citoyens, culturels, festifs et ludiques ».
Pour aller plus loin encore, il faudrait donner aux jeunes davantage accès aux processus de décision. Le Cese propose de faciliter leur accès au sein des instances politiques par des mécanismes incitatifs. Par exemple, « la mise en place d'une bonification de crédits [...] voire de dotations [...] pour les communes dont le conseil municipal compte une proportion significative de jeunes de moins de 30 ans ». Car une fois aux manettes, les jeunes pourront agir pour leurs pairs en faveur des problématiques qui les concernent directement.
Il reste du travail à faire, mais le terreau est bon, explique le Cese. Les jeunes des territoires ruraux n'aspirent pas à fuir leur région. « De nombreux témoignages de jeunes expriment un fort attachement à l'égard des espaces ruraux où ils vivent et un souhait de pouvoir "vivre et travailler au pays" ». La jeunesse est prête à faire vivre ses campagnes. Reste aux pouvoirs publics de leur en donner les moyens.

B.B.

* Chiffres 2014.
** Rapport de Danielle Even, présidente de la Chambre d'agriculture des Côtes d'Armor, et de Bertrand Coly, éducateur spécialisé et ancien secrétaire général du MRJC.

Présidentielles 2017 : les JA partagent en ligne un manifeste regroupant leurs revendications

Le syndicat des Jeunes agriculteurs (JA) a publié en ligne un manifeste consolidant l'ensemble de ses revendications et destiné aux candidats à la présidentielle. « Pour endiguer ce chômage qui ne dit pas son nom, les présidentiables devront, en concertation avec la profession, proposer dans leurs programmes de campagne des moyens ambitieux et pragmatiques pour renouveler les générations d'agriculteurs », déclare ainsi le syndicat. À ce titre, l'organisation énonce la nécessité de mettre en place des politiques foncières et fiscales favorables aux jeunes, jumelées à des programmes d'accompagnement humains et financiers. La défense du modèle agricole français lors de l'élaboration des traités internationaux ainsi que dans la future PAC figurent également parmi les priorités des Jeunes agriculteurs.
Retrouvez l'intégralité du manifeste sur : www.jeunes-agriculteurs.fr

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