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Viande

Accord sur une meilleure répercussion de la volatilité des matières premières

Les maillons des filières porcine, bovine et volailles ont signé un accord les engageant à renégocier les prix en cours d’année en cas de yoyo excessif des prix de l’alimentation animale.

06 mai 2011 Le Syndicat Agricole Vu 1455 fois
Selon Brunon Le Maire, cet accord « permet surtout plus de réactivité par rapport à la formation des prix » et « un dialogue ».

Selon Brunon Le Maire, cet accord « permet surtout plus de réactivité par rapport à la formation des prix » et « un dialogue ». - © J.C. Gutner

Une clause de rendez-vous entre tous les maillons des filières animales. C’est ce qui ressort de l’accord volontaire pour une meilleure répercussion de la volatilité des cours des matières premières dans les filières animales françaises (bovin viande, porc et volailles), signé le 3 mai par l’ensemble de leurs maillons (production, coopération, industriels et distributeurs), sous l’égide du ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire. Le droit de la concurrence de l’Union européenne n’autorise pas davantage à l’heure actuelle. Seule la Fédération française des industriels charcutier traiteur (FICT) a refusé de parapher cet accord qui engage les différentes parties à prendre en compte les variations excessives des prix de l’alimentation animale dans les négociations commerciales. Elles se sont engagées à se revoir pour négocier ou renégocier les prix si deux conditions sont simultanément réunies : une forte variation des prix de l’alimentation animale, et une évolution excessive de la part du coût de l’alimentation dans le prix du produit au stade de la production (voir encadré).
L’alimentation animale pèse 40 à 60 % (voire 80 % dans le secteur avicole) du coût de production final des éleveurs. Ils souffrent aujourd’hui de graves difficultés économiques en raison, entre autres, de la flambée des cours céréaliers depuis fin 2010. L’impact est donc décisif sur leur revenu ; « Si rien n’est fait, ce sont des centaines voire des milliers de producteurs que l’on condamne à la faillite », a déclaré Bruno Le Maire. Le ministre explique aussi que l’accord vise à « préserver l’intérêt des consommateurs », qui « risquent une hausse du coût de leur alimentation » si la volatilité n’est pas contrée.

Logique de dialogue
Mais cette clause de rendez-vous ne préjuge pas d’une répercussion effective à la hausse ou à la baisse de l’évolution du coût de l’alimentation animale dans les prix des produits mis en rayons par Auchan, Leclerc ou Système U. Les parties devront encore se mettre d’accord. « La révision des prix est tout de même l’objectif recherché », insiste Bruno Le Maire, et « il faut en finir avec la logique de confrontation qui n’apportera aucune solution aux filières agroalimentaires françaises », selon lui. Mais de souligner également : « Il ne faut pas exagérer la portée de cet accord, qui permet surtout plus de réactivité par rapport à la formation des prix » et « un dialogue ». Un cadre réglementaire et non volontaire aurait été qualifié d’« entente » par la Commission européenne. Quant au refus de signer des industriels charcutiers traiteurs, on espère rue de Varenne que cela ne sera « qu’une question de temps ».
Les deux conditions à la renégociation des prix sont constatées par des indicateurs élaborés par l’Observatoire de la formation des prix et des marges et publiés par le ministère de l’Agriculture. L’ensemble des signataires se retrouveront fin 2011 pour dresser le bilan de sa mise en œuvre « et en tireront les conséquences pour sa reconduction », indique l’accord. Bruno Le Maire envisage d’étendre ce type d’accord à d’autres produits alimentaires si l’expérience fonctionne. Enfin, l’accord ne sera effectif qu’en cas d’avis favorable de l’Autorité de la concurrence sur son contenu, et de mise en œuvre effective au 1er juillet 2011 des contrats interfilières prévus entre producteurs de grandes cultures, organismes stockeurs, fabricants d’aliments et éleveurs.

Transparence
Xavier Beulin, président de la FNSEA, estime que l’accord instaure « une nouvelle ère dans les négociations commerciales qui, j’espère, reposera sur une plus grande transparence dans les filières et une confiance renouvelée entre producteurs, industriels et distributeurs ». La FNSEA se félicite aussi de l’engagement pris par la grande distribution pour la réouverture des négociations « lorsqu’on sort du tunnel de prix ». Philippe Mangin évoque de son côté « une avancée dans les négociations commerciales ». Le président de Coop de France retient surtout qu’on pourra désormais négocier « avec un indice incontesté et incontestable ».
La FNICGV (Fédération nationale de l’industrie et du commerce en gros des viandes) se félicite d’« un accord novateur » et d’« une réelle avancée dans la prise en compte de la volatilité des prix des matières premières et de ses conséquences sur (...) le revenu des éleveurs ». Enfin, du côté de la grande distribution, Michel-Édouard Leclerc, patron de l’enseigne du même nom, juge que l’accord assouplit « une négociation tarifaire très rigide », en permettant de « renégocier les tarifs » durant l’année. Il insiste aussi sur un accord « signé et profitable d’abord pour les producteurs » et « sans grand impact pour les consommateurs ». Une répercussion du coût de l’aliment sans impact sur les prix en rayons ? « J’en fais mon affaire », répond-il. M. Leclerc aurait-il plus d’un tour dans ses marges ?

 

Ce qui déclenchera la renégociation des prix

Deux conditions déclencheront la renégociation des conditions de vente des produits. La variation du prix de l’alimentation animale, tout d’abord, doit être de +/-10 % par rapport au même mois de l’année précédente, et pendant 3 mois successifs. Parallèlement, l’évolution de la part du coût de l’alimentation dans le prix à la production doit se situer à plus de 10 %, au-delà ou en deçà d’une référence base 100 en 2005 pour la viande bovine, et d’une référence base 100 en moyenne glissante 2006-2010 pour la volaille, ainsi qu’à plus de 20 % au-delà ou en deçà d’une référence base 100 en 2005 pour le secteur porcin. De là, un tunnel de prix est formé afin de lisser l’impact de la volatilité des cours des matières premières agricoles sur les trésoreries des éleveurs.

 

« Un coup d’épée dans l’eau » pour l’Ania


Réagissant à l’accord intervenu dans les filières animales, l’Ania (industries alimentaires) a estimé qu’il s’agissait d’« un coup d’épée dans l’eau qui ne réglera en rien les problèmes que connaissent les industriels dans la répercussion des prix agricoles ». L’Ania demande plutôt « une application effective » de la LME (Loi de modernisation de l’économie) qui encadre les relations commerciales. Selon elle, cet accord signe « un aveu d’échec du gouvernement » dans l’application de cette loi. Pour les industries alimentaires, il demeure pourtant clair que « l’impossibilité aujourd’hui de pouvoir répercuter les hausses des matières premières agricoles place les agriculteurs et les entreprises agroalimentaires dans une situation économique très tendue ». Mais leur président, Jean-René Buisson, s’interroge : « Comment un engagement volontaire peut-il régler une situation qui persiste et s’aggrave depuis 3 ans sans aucune sanction dissuasive ? »

 

 

 
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