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Pommes de terre

« Les producteurs doivent avoir le droit de s’entendre sur les prix »

La contractualisation et la PAC post 2013 étaient au cœur des travaux du 8e Congrès de l’Union nationale des producteurs (UNPT).

10 février 2011 Le Syndicat Agricole Vu 1109 fois
Les producteurs veulent un accord interprofessionnel sur les contrats.

Les producteurs veulent un accord interprofessionnel sur les contrats. - © S. Leitenberger

Des prix à la hausse et une consommation des ménages en pommes de terre fraîches qui augmente légèrement. Avec la campagne en cours, les producteurs retrouvent le moral. Il faut dire que la filière pomme de terre française vit une année paradoxale. « Il y a un an, le marché libre et le prix de la fécule étaient catastrophiques. Les pommes de terre étaient vendues bien en dessous de leurs coûts de revient, et la fécule partait en Chine à vil prix. Aujourd’hui, les prix moyens au producteur, selon les destinations, ont été multipliés par 4 », a rappelé Patrick Trillon, président de l’UNPT, à l’occasion du 8e congrès de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre, qui s’est tenu jeudi dernier à Paris.


Lisibilité et stabilité
« Alors même que la pomme de terre ne fait pas l’objet de spéculations et que le marché est délimité à la grande Europe, laisser le marché œuvrer en dessous des coûts de production n’est plus tenable pour nous », a indiqué le président de l’UNPT. Il appelle à la création « d’un observatoire des prix de toutes les transactions pondérées par les volumes » pour palier au manque d’indicateurs économiques fiables, permettant ainsi aux producteurs de retrouver de la lisibilité. « Le défi, pour les producteurs de pommes de terre dans les 10 ans à venir, est de réussir à appréhender une volatilité aussi forte », a-t-il ajouté.
S’ils ont besoin de lisibilité, les agriculteurs doivent pouvoir bénéficier également d’une relative stabilité, afin d’éviter de prendre des risques inconsidérés. Pour Patrick Trillon, cela passe à la fois par une meilleure organisation de l’interprofession, avec l’instauration « d’un vrai dialogue, un vrai partenariat au sein de la filière » ; et surtout par l’implication de la puissance publique dans la régulation et le soutien des marchés.
« La contractualisation ne permet pas à elle seule la régulation du marché. Nous devons aussi trouver de nouveaux outils capables de lutter contre la volatilité excessive des prix. C’est le rôle d’une PAC forte, et je ne vois aujourd’hui aucune proposition sur le sujet », s’est désolé le président de l’UNPT.


Rééquilibrage
Ce dernier a une nouvelle fois insisté sur la nécessité de redéfinir les règles de la concurrence, afin de rééquilibrer les relations commerciales entre producteurs et acheteurs. « Les producteurs doivent avoir la capacité de s’entendre sur les prix. Renforcer leur pouvoir de négociations doit être dans les priorités de la future PAC », a-t-il plaidé. « On souhaite avoir des contrats, mais des propositions à prix excessivement bas tuent la politique contractuelle. Le prix ne peut être imposé par les industriels. »
L’UNPT entend faire en sorte que chaque acteur de la filière puisse percevoir une juste rémunération à travers un contrat équilibré. Et Patrick Trillon d’affirmer que « La grande distribution ne peut être absente du débat. Elle a tous les droits, elle a aussi des devoirs. Elle doit être partie prenante de la contractualisation et comprendre qu’on ne peut pas bâtir une relation économique durable si l’approvisionnement est basé sur des coûts d’approche en dessous des coûts de revient ».

MDS

 

Précisions... La fécule française en péril

Si la campagne 2009/2010 s’est déroulée dans des conditions climatiques favorables avec de bons rendements de pommes de terre féculières et une conservation satisfaisante, il n’empêche que la tempête se profile à l’horizon. L’application du bilan de santé de la PAC à la filière féculière devrait conduire à l’aube de la campagne 2012/2013, à la suppression des contingents par pays et par usine, à l’abandon du prix minimal garanti, à la suppression des aides directes au producteur et à l’industriel, à celle des subventions à l’exportation, et à la fin de l’obligation de contractualisation. Patrick Trillon attend de la Commission européenne la mise en place d’un système d’aides couplées lorsque le marché de la fécule l’exige. « Dès 2012, 600 €/ha seront nécessaires afin d’assurer la pérennité de la filière jusqu’à la nouvelle PAC, estime-t-il. Ne rien faire aujourd’hui, c’est promouvoir la production fécule chinoise, faciliter l’importation de fécule de manioc, et aussi diminuer l’emploi dans l’agriculture et l’industrie. Le véritable enjeu des discussions actuelles est de positionner la fécule européenne sur le marché mondial de la chimie du végétal. »

 

 

 
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