La CGB souhaite la reconduction du Règlement sucre au moins jusqu’en 2020
L’Union européenne est le 1er producteur de sucre de betterave dans le monde. À droite, Éric Lainé, président de la CGB. - © Patrick Allard
«Une fin des quotas en douceur à une date qu’il reste à fixer. » Cette phrase, glissée dans le document de la Commission européenne sur la PAC post-2013, interroge les représentants de la filière betteravière française sur les intentions de Bruxelles. Le Règlement sucre post-2014, et notamment la question des quotas, a fait l’objet d’une table ronde lors du congrès de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB). Elle a réuni des représentants européens et mondiaux de la production betteravière. La Commission européenne était représentée par le directeur général adjoint de la direction de l’Agriculture, Lars Hoelgaard.
Les producteurs européens pas encore assez compétitifs
Ce dernier a présenté plusieurs scénarios à l’horizon 2020, dont un qui n’exclut pas une suppression pure et simple des quotas et du prix minimum garanti avec la mise en place de filets de sécurité. Il n’a d’ailleurs pas précisé quelles formes ces derniers pourraient prendre. Pour Éric Lainé, président de la CGB, « le système des quotas et le prix minimum garanti ne sont pas une fin en soi, mais c’est aujourd’hui le meilleur moyen de maintenir le revenu des planteurs, ils ont permis d’échapper à la volatilité des prix sur le marché mondial ». Lars Hoelgaard note que « les quotas brident la filière betterave en matière d’exportation ». Mais Éric Lainé rappelle que « quand le prix du sucre sur le marché mondial est supérieur à nos coûts de production, la filière européenne est libre d’exporter du sucre du quota, c’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé début 2010 ».
La CGB déplore une politique commerciale européenne qui développe les accords de libre-échange bilatéraux en dehors de l’UE. « Nous souhaitons de toute façon privilégier l’approvisionnement en sucre de l’Europe en priorité à partir de sucre produit dans l’UE », insiste Éric Lainé.
Pour les représentants européens de la production de betteraves, la filière sucre européenne n’est pas encore prête à affronter durablement les marchés mondiaux. La CGB a fait savoir à Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture, par le biais de son directeur de cabinet Jean-Marc Bournigal présent à l’Assemblée générale, la nécessité d’avoir accès aux biotechnologies pour voir progresser encore la productivité betteravière. « Avec l’Inra, nous avons proposé un programme de recherche sur le génome de la betterave dans le cadre du grand emprunt », annonce Éric Lainé. Sur ce point, l’allocution de Jean-Marc Bournigal laisse entendre que la filière bénéficie de l’appui du ministère.
Une moindre attractivité du marché européen
Côté importation, malgré l’ouverture totale du marché européen aux sucres des pays ACP/PMA*, le niveau d’importation redouté par le secteur betteravier n’a pas été atteint. « Dans un contexte de prix mondiaux supérieurs aux prix de l’Union européenne, ces pays valorisent mieux leurs sucres sur le marché mondial ou sur les marchés de proximité », explique Éric Lainé. Cette moindre attractivité du marché européen diminue le risque de déséquilibre entre l’offre (production sous quotas et importations) et la demande de sucre sur le marché européen.
Par ailleurs, l’augmentation des coûts de production du Brésil laisse présager que les prix mondiaux ne redescendront pas à des niveaux aussi bas qu’au début des années 2000. « Le Brésil représente 50 % de l’approvisionnement mondial, les prix mondiaux sont censés couvrir au moins les coûts de production de ce pays », assure Éric Lainé.
La CGB considère que le Règlement sucre doit être reconduit jusqu’à la fin du Doha Round (accords multilatéraux de l’OMC) sans doute après 2020, afin de laisser un peu de temps à la filière betteravière de trouver sa place sur le marché mondial.
Virginie Charpenet
* Afrique, Caraïbes, Pacifique/Pays les moins avancés.
Précisions: des rendements moyens mais une qualité au rendez-vous
C’est ainsi qu’Éric Lainé et Alain Jeanroy, respectivement président et directeur général de la CGB, ont résumé la campagne de betteraves 2010. Bien qu’inférieur à 2009, le rendement reste élevé avec 72 t/ha. La richesse est estimée à 18° (19,44° en 2009), avec une tare terre inférieure à 10 %.
La production betteravière devrait atteindre 31,3 millions de tonnes (Mt) à 16° (35 Mt en 2009). Les débouchés 2010-2011 se répartissent comme suit : 65 % soit 20,3 Mt pour le sucre alimentaire (Quotas) et 35 % hors quotas (éthanol, alcool, industrie chimique, contrats export). Concernant les prix, en 2010, un supplément de 1 €/t sur la betterave du quota 2009 a été accordé aux producteurs pour tenir compte d’un prix de marché intérieur du sucre supérieur au prix de référence réglementaire (404 €/t de sucre). Le prix minimum garanti en 2010 est estimé à 25,40 €/t. La CGB prévoit qu’un supplément soit également versé pour la récolte de 2010 dans un contexte de flambée des cours mondiaux du sucre. Pour les débouchés alcool et éthanol, le prix moyen se situe à 21 €/t. Pour les betteraves revalorisées à l’export, la situation n’est pas encore complètement arrêtée. À ce jour, les industriels français disposent de certificats d’export de sucre équivalents à 2 Mt de betteraves (300 000 Mt de sucre). 1 tonne reste en suspens, mais la CGB affiche clairement sa préférence pour une requalification en betteraves du quota, afin d’approvisionner le marché intérieur de l’UE.
Zoom sur... La filière bioéthanol prête à passer à la vitesse supérieure
Les besoins en bioéthanol de la France seront de 13 millions d’hectolitres (Mhl) en 2020 si les objectifs d’incorporation d’éthanol dans l’essence sont atteints.
Le gouvernement a fait part à la Commission européenne de son plan d’action national, qui vise 10 % d’incorporation d’ici à 2020. Pour la CGB, trois éléments sont essentiels pour y parvenir : la progression de la part de marché du SP95-E10 (70 % en 2011 contre moins de 15 % à la fin 2010) ; une relance de la filière Superéthanol E-85 (objectif de 200 000 véhicules flexfuel en 2015) ; et enfin la mise en consommation d’ici à 2015 d’une essence à plus forte teneur en éthanol (E15 voire E 20), avec un objectif de part de marché de ce type d’essence de 30 % en 2020. À l’occasion du congrès de la CGB, Jean-Marc Bournigal, directeur de cabinet de Bruno Le Maire, a indiqué que le gouvernement allait réactiver le Comité de suivi du bioéthanol qui réunit les professionnels de la filière (producteurs, distributeurs, constructeurs automobiles, etc.) et les pouvoirs publics. L’objectif est de faire en sorte que soit rattrapé le taux d’incorporation d’éthanol dans les essences, actuellement à 6 % (en valeur énergétique) contre 7 % prévus en 2010.
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