Le Syndicat Agricole 09 décembre 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Fin des quotas : la filière betterave dans les starting-blocks

La CGB dresse le bilan de la dernière campagne sous le régime des quotas et pose les fondations d’une nouvelle ère pour la betterave.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
La fin des quotas sucriers intervient dans un contexte favorable : les cours mondiaux actuels du sucre avoisinent les 500 €/tonne, soit un prix supérieur au prix minimum de la betterave dans le régime des quotas. © O. Thuillier/Agri Agency/CGB Alain Jeanroy et Éric Lainé, respectivement directeur général et président de la CGB. © DR Pierre-Emmanuel Bois, nouveau directeur général de la CGB. © DR

«L’Union européenne a exporté plus de 5 millions de tonnes de sucre par an avant la réforme de 2006 (mise en place de restrictions à l’export au niveau européen, ndlr), donc nous sommes capables de le faire ». Ces propos optimistes quant à l’avenir de la filière betteravière européenne ont été tenu par Alain Jeanroy, directeur général de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), à l’occasion du bilan annuel du syndicat le 1er décembre.
Fin du prix minimum de la betterave et alignement sur les prix mondiaux du sucre, fin des restrictions à l’export, nouveaux marchés à aller conquérir… C’est un contexte totalement libéralisé qui attend la filière betterave pour la prochaine campagne. En effet, pour la première fois depuis plusieurs décennies (1968), les betteraves semées au printemps 2017 ne seront pas encadrées par le régime des quotas.

Une production qui a du potentiel
Conséquence immédiate en France : les surfaces vont augmenter de 20 %. C’est pour la fabrication de sucre que les volumes supplémentaires de betteraves devraient être utilisés avec une perspective de production de 5,8 millions de tonne (Mt) de sucre contre 4,8 Mt produites en moyenne entre 2011 et 2016. « Les surfaces pourront être adaptées en fonction des prix d’une année sur l’autre », avance Alain Jeanroy. La fin des quotas intervient justement dans un contexte plutôt favorable avec un cours du sucre en hausse depuis deux ans. Une volatilité à laquelle producteurs et industriels vont devoir s’habituer. Pour la CGB, la filière française bénéficie d’atouts pour faire face à l’après-quota. Le marché européen étant mature, c’est surtout l’export vers les pays tiers qui constitue une opportunité de développement. Aujourd’hui, 1,3 Mt sont exportées, soit un quart du sucre de betterave français. Les capacités de stockage des terminaux sucriers français (Dunkerque : 85 000 t ; Calais : 67 000 t, Le Havre : 45 000 t, Rouen : 60 000 t) et belge (Anvers : 260 000 t) devraient permettre d’augmenter les volumes. La France ambitionne notamment d’augmenter ses volumes exportés vers le Moyen-Orient et l’Afrique.
Le renforcement de la compétitivité est aussi un leitmotiv pour la filière. Cela va notamment se traduire par un allongement de la durée des campagnes pour améliorer la rentabilité des usines. « Avec l’augmentation de la production, la campagne de transformation devrait être de 120 jours dès l’an prochain », annonce Alain Jeanroy. Autre levier pour améliorer la compétitivité : le programme de recherche Aker qui devrait porter ses fruits d’ici quelques années en permettant aux planteurs d’augmenter la productivité de leurs betteraves de 4 % par an au lieu des 2 % constatés depuis une vingtaine d’années.
Au niveau mondial, la filière sucrière européenne n’a pas à rougir . Dans le top 5 de l’industrie sucrière figure trois européens : le Britannique ABSugar, l’Allemand Südzucker et le Français Tereos. De plus, l’écart de compétitivité entre la betterave et la canne tend à se réduire d’année en année, notamment en raison de l’augmentation du coût du travail au Brésil, premier producteur mondial de sucre de canne.

Un accord interprofessionnel national
Betteraviers et industriels ont également renforcé l’organisation de la filière pour faire face, dans les meilleures conditions possibles, à l’après-quota. Un accord interprofessionnel a notamment été signé l’été dernier pour une durée de trois ans. On y retrouve tous les chapitres de l’ancien accord, à l’exception de ceux liés aux quotas et au prix minimum de la betterave. De plus, la CGB a obtenu un complément règlementaire par la Commission européenne autorisant la négociation collective des éléments de prix, non plus au niveau national comme aujourd’hui, mais au niveau de chaque entreprise. Sur cet aspect, l’accord interprofessionnel national prévoit la mise en place d’une Commission de répartition de la valeur (CRV) dans chaque entreprise pour discuter de tous les éléments concurrentiels et notamment des éléments constitutifs du prix. « La création de cette commission est sans doute le point le plus novateur de l’accord », note Alain Jeanroy.

Le sort du bioéthanol de première génération toujours en suspens
Même si l’heure est à l’optimisme face aux nombreux défis que doit relever la filière betterave, un dossier inquiète le syndicat betteravier : celui de la législation européenne qui encadre les biocarburants. En effet, la Commission européenne a présenté le 30 novembre un paquet législatif sur les énergies propres. Il prévoit notamment une forte réduction de la part des biocarburants de première génération, dont le bioéthanol issu de la betterave fait partie, dans les transports entre 2021 et 2030. Le taux passerait de 7 à 3,8 % afin de tenir compte des émissions de gaz à effet de serre liées au changement indirect d’affectation des sols. À l’inverse, des objectifs croissants d’incorporation de biocarburants dits avancés sont introduits. Dans sa proposition, Bruxelles souhaite obliger les fournisseurs européens de carburants à incorporer une part croissante de carburants « à bas carbone » (biocarburants avancés, électricité, hydrogène) de 1,5 % en 2021 à 6,8 % en 2030, dont au minimum 3,6 % de biocarburants avancés. Pourtant, « ses biocarburants ne sont pas encore au point », assure-t-on du côté de la CGB.
Le syndicat betteravier s’étonne que la Commission remette à nouveau ce sujet sur la table. En effet, l’an dernier, l’UE avait décidé de plafonner à 7 % la quantité de biocarburants à base de cultures alimentaires. Les discussions sur ce dossier avaient été longues et compliquées. La Commission européenne proposait initialement un plafond de 5 % tandis que le Parlement européen s’était prononcé pour 6 %.
La collective de l’éthanol, composé de la CGB, de l’AGPM (maïs), de l’AGPB (blé), et du SNPAA (industriels de l’éthanol), souligne que la nouvelle proposition de la Commission, obligerait « à fermer des usines françaises de bioéthanol ».

Virginie Charpenet (avec Agra presse)

Précisions... 2016-2017 : une dernière campagne sous quotas assez moyenne

Les semis ont été réalisés la deuxième quinzaine de mars avec des levées correctes et homogènes sur l’ensemble des régions. En revanche, les conditions climatiques désastreuses qui ont suivi, faites de périodes d’inondations et de sècheresse, ont fortement impacté cette récolte. Le rendement betterave, qui s’élève à 85 tonnes par hectare, sera inférieur cette année à la moyenne quinquennale (89,7 t/ha à 16°) et plus faible que l’an passé (87 t/ha). En 2016, les surfaces de betteraves ont augmenté de près de 5 % afin de relancer la production mais aussi de façon à prendre rendez-vous avec l’après quota dont l’objectif est de produire plus. On ne retrouve pas le point culminant de 2014, qui atteignait 405 000 ha, mais on s’en approche, avec 400 467 ha emblavés en 2016. Cette augmentation de surfaces aurait dû naturellement conduire à une hausse de la production mais c’était compter sans un rendement décevant. La production atteindra par conséquent 34 millions de tonnes (Mt) de betteraves, soit un chiffre proche de l’an passé avec 33,5 Mt et ce, malgré cette augmentation de surface. Dans le même temps, mauvaise nouvelle pour la compétitivité des usines : la campagne de fabrication du sucre, qui a un impact direct sur les coûts de fabrication, ne dépassera pas les 100 jours cette année.

Pierre-Emmanuel Bois, nouveau directeur général de la CGB

À l’issue de son assemblée générale, le syndicat des betteraviers a confirmé le 6 décembre que Pierre-Emmanuel Bois succèdera à Alain Jeanroy le 16 décembre comme directeur général de la CGB. Pierre-Emmanuel Bois, âgé de 47 ans, a été dans ses précédentes fonctions adjoint au secrétaire général de la Confédération générale de l’alimentation de détail, puis délégué général de l’UNEP – Les entreprises du paysage de 2002 à 2016. Il a été parallèlement président du Cedap (Centre d’études des directeurs d’associations professionnelles) de 2013 à 2015. À plusieurs reprises lors de l’AG de la CGB, des personnalités ont rendu hommage au travail d’Alain Jeanroy, notamment dans la préparation de la sortie des quotas et de celle de l’accord interprofessionnel signé cette année.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Le Syndicat Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Le Syndicat Agricole
La couverture du journal Le Syndicat Agricole n°3704 | mars 2017

Dernier numéro
N° 3704 | mars 2017

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

25-08-2016 | Le Syndicat Agricole

FRGEDA

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui