Le Syndicat Agricole 08 janvier 2015 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Fertilisation du blé : concilier rendement et protéines

Difficile de réunir à la fois productivité et qualité. C’est néanmoins le défi que devront relever les céréaliers pour pouvoir continuer à accéder aux marchés exports du blé.

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Désormais, chaque contrat de vente ou d’achat de blé tendre, devra mentionner la teneur en protéines escomptée.
Désormais, chaque contrat de vente ou d’achat de blé tendre, devra mentionner la teneur en protéines escomptée. - © J.C. Gutner

Force est de constater que depuis une dizaine d’années, le taux de protéines s’érode notablement, s’éloignant ainsi des standards du marché. Il a perdu près d’un point sur cette période, pour s’établir à 11 % dans l’Hexagone et même un peu moins – 10,5 à 10,7 % – pour la région Nord.
Une tendance difficile à expliquer alors que les pratiques en matière de fertilisation évoluent. Arvalis souligne, par exemple, « que le fractionnement continue de progresser et que de plus en plus d’agriculteurs « optimisent » leur fertilisation, soit environ 40 % pour le Nord, grâce à un OAD (outil d’aide à la décision) ». Les applications d’azote tiennent aussi de mieux en mieux compte des besoins de la plante, avec des doses plus équilibrées et retardées dans le temps. Plus précisément, Arvalis note que l’impasse d’azote au tallage, et ce quel que soit le type de sol, est très rarement préjudiciable, mais apporte, à travers ce décalage, un gain de 0,2 point. Inutile également de dépasser une quarantaine d’unités au tallage. L’effet rendement est quasiment nul et, là aussi, cette stratégie se fait au détriment des protéines, avec jusqu’à un point de perte ! Le stade « épi 1 cm » correspondant au besoin maximum d’azote pour la plante, beaucoup sont tentés d’anticiper cet apport pour éviter, par exemple, une sécheresse à venir. Une politique souvent payante pour le rendement mais pour le taux de protéines, de l’ordre de 0,2 point. L’enjeu se situe clairement plus pour l’apport à dernière feuille. En effet, c’est l’opération qui permet de recalculer, à l’aide d’OAD principalement, la dose X, optimum de fertilisation pour la plante. Toujours selon l’Institut technique, ce « calage » en fin de cycle, peut générer jusqu’à une quinzaine de quintaux supplémentaires et 1,3 points de protéines ! Il est important, également, de rappeler que les apports d’azote après 2 nœuds, ne font pas verser. Ainsi donc, même si la dose recalculée d’azote atteint 80 unités, non seulement elle ne fera pas verser, mais elle apporte de l’ordre de 2,5 à 7 quintaux en plus, dans les différentes expérimentations Arvalis, et 0,6 point de protéines. Le respect des préconisations OAD (Farmstar, Hydro N Tester, GPN, Jubil...) est donc essentiel pour maximiser, à la fois, le potentiel et la qualité produite.
Pour ce qui est du fractionnement, les stratégies en quatre apports ont tendance à se développer. Une politique toujours payante pour les protéines, mais aussi pour le rendement, à condition de ne pas aller au-delà du stade dernière feuille, pour ne pas pénaliser la composante « grains/m2 ». Un mode opératoire encore plus vrai dans les petites terres. Celles-ci ayant intrinsèquement une teneur en protéines plus faible qu’en terre limoneuse.
Si le facteur climatique représente la première cause de variation de la protéines, la variété utilisée conditionne, elle aussi, grandement son taux. Ainsi, pour un même rendement, une variété comme Rubisko aura un point de protéines de plus, qu’un produit comme Lear. Plus précisément, si le besoin unitaire de la plante (appelé couramment b) est d’environ 3 unités d’azote, pour faire un quintal de blé, il présente une forte variabilité entre variétés. Plutôt 3,2 à 3,5 pour les lignées de blé de qualité ou améliorantes, 2,8 pour les variétés plus productives. L’optimum de fertilisation peut donc varier en fonction de la variété. Entre un Barok et un Trapez, il faut une vingtaine d’unités en plus d’azote pour avoir le même potentiel de productivité. Au fil des travaux réalisés sur l’interaction
protéines – rendement, on sait ainsi aujourd’hui que « les variétés à faible b, font, en général plus de rendement mais moins de protéines à dose d’azote identique ». Plus encore, ce besoin unitaire b varie en fonction du type de sol, des caractéristiques météorologiques de l’année, voire même de la date de semis ! On a ainsi mis en exergue que les semis tardifs ont souvent besoin de plus d’azote pour un rendement identique. Aujourd’hui, Arvalis travaille sur un profil d’utilisation de l’azote à la variété, afin « d’éviter un apport systématique d’azote pour la protéine, quelle que soit la variété ». Il semble ainsi que certaines variétés « diluent » plus la protéine dans le rendement que d’autres. Pour produire de la qualité, il ne serait donc pas nécessaire d’apporter de l’azote en plus pour ces variétés.
Autre centre d’intérêt pour les chercheurs, l’absorption de l’azote après floraison. 80 % de l’azote du grain provient de l’azote assimilé avant la floraison, puis remobilisé vers les grains. Le solde résulte de l’absorption post – floraison à partir des racines. Or, il semble que certaines variétés soient capables de mobiliser plus l’azote après floraison et donc d’avoir des taux de protéines plus importants.
D’ici peu, donc, de nouvelles lignées apportant à la fois du rendement et une meilleure concentration en protéines, devraient apparaître sur le marché. L’enjeu est de taille pour nos blés. À la fois pour accéder à de nombreux débouchés à l’export, mais aussi pour valoriser, au mieux, les qualités ainsi produites.

Christophe Dedours

Un Plan protéines pour le blé tendre

Sous l’influence de toute la filière céréalière, un Plan protéines a vu le jour le 7 juin 2014. Cet accord interprofessionnel se décompose en trois axes majeurs : un levier contractuel, un levier agronomique et une meilleure recherche génétique. C’est le premier point qui devrait changer le quotidien des agriculteurs puisque, désormais, les contrats d’achat ou de vente de blé tendre devront mentionner la teneur en protéines. Un taux de référence de 11,5 % a ainsi été défini, avec « un objectif collectif de progression de la moyenne de production française de blé tendre ». Qu’ils soient biscuitiers, amidonniers et même fourragers, tous les contrats devront donc contenir une mention sur le taux de protéines.
Ces dispositions sont rentrées en vigueur dés le 1er juillet 2014 et concerneront donc la récolte 2015.

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