Le Syndicat Agricole 01 juillet 2016 à 09h00 | Par Le syndicat agricole

Excès d’eau : comment gérer les parcelles touchées ?

La météo complique la fenaison. Certaines parcelles sont à des stades très avancés ou sont même versées. Comment récolter et utiliser ces fourrages ?

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Dans les situations de prairies inondées, il faut privilégier la récolte sous forme de foin.
Dans les situations de prairies inondées, il faut privilégier la récolte sous forme de foin. - © B. Compagnon

Dans certaines parcelles, la valeur alimentaire est dégradée par la présence de terre. En effet, l’ennoiement des parcelles s’est accompagné d’un dépôt de limons sur les plantes. À la récolte, la teneur en matières minérales du fourrage sera très nettement augmentée, ce qui, par effet de « dilution », diminuera sa valeur alimentaire (la proportion de matière organique par kilo de MS diminue au profit des matières minérales). Dans les parcelles ennoyées, les teneurs en matières minérales seront vraisemblablement au-dessus de 12 à 15 % (contre 8 à 9 % dans des conditions normales).
Par ailleurs, ces particules de terre sont porteuses de spores butyriques, connues pour leur effet néfaste sur la conservation par voie humide (ensilage ou enrubannage). Durant la conservation, les butyriques dégradent les protéines du fourrage. De plus, leur présence en grand nombre dans l’alimentation augmente le risque de les retrouver dans le lait des animaux.

Privilégier une récolte sous forme de foin
Dans les situations de prairies inondées, il faut privilégier la récolte sous forme de foin. En enrubannage, il n’existe pas de références sur ce type de fourrages. Seule l’élévation de la teneur en MS au-delà de 60 % pourrait permettre d’inhiber le développement des butyriques. En effet, à des stades avancés (post-floraison), voire sur des végétaux « morts », il ne faut pas compter sur le processus naturel de fermentation lactique. La teneur en sucres solubles de ces fourrages est faible, et il existe une incertitude forte sur les contingents de bactéries lactiques naturelles au regard de la flore microbienne totale. Les seuls agents conservateurs pouvant améliorer la conservation sont ceux ayant une action « acidifiante » et « anti-développement de levures et moisissures », tels que l’acide propionique. L’ajout de bactéries est inutile et étant donné la faible qualité du fourrage sur pied, l’investissement dans un conservateur aura de la peine à être économiquement pertinent.

Aérer le fourrage par des fanages énergiques
Dans les parcelles versées et/ou ennoyées, le bas des plantes a pu commencer à moisir, voire à pourrir. Dans ces situations, sitôt après la fauche, il se dégage une odeur caractéristique de moisi. L’aération et la dessiccation complète de ce fourrage pourront permettre de réduire fortement ces mauvaises odeurs pour limiter les problèmes d’appétence et d’ingestion volontaire des animaux. Au champ, des fanages énergiques permettront de démêler les brins de fourrages entremêlés et faciliteront leur séchage. Il est conseillé de stocker ce type de fourrage à part pour le distribuer à des animaux peu exigeants (génisses, bœufs).

Comment faucher une prairie versée ?
Faucher à une hauteur régulière (6-7 cm) et adéquate peut s’avérer délicat lorsque le couvert est versé. La reprise du fourrage dans le sens inverse à celui de la verse permet de produire une fauche plus nette et homogène, de récolter un maximum de fourrages, mais génère également un surcroît de travail. Abaisser les hauteurs de fauche et/ou adopter un angle de piquage plus important peuvent permettre de produire une coupe plus nette. Mais dans ce cas, le risque de présence de terre sera fort et la repousse sera pénalisée d’autant plus si des conditions chaudes et sèches s’ensuivent rapidement.
Pour toutes les situations où d’importants résidus de chaumes versés persistent après la récolte, le passage d’un broyeur de refus sur les zones concernées peut rattraper la situation. Il devra être passé rapidement après la récolte. Son coût non négligeable ainsi que le surcroît de travail engendré font qu’il sera réservé aux parcelles dont l’éleveur sait que la flore prairiale et le sol de la parcelle peuvent produire une repousse estivale d’intérêt. Dans tous les autres cas, cette solution n’est pas adaptée.

Presser l’herbe dans les cas les plus graves
Le broyage du couvert prairial peut éventuellement être réservé aux situations les plus touchées pour les prairies dont les repousses sont de faible production (< 1,5 t MS/ha, 12 cm) et lorsque le fourrage sera jugé inconsommable ou mort. Mais attention, le broyage laissera des quantités de résidus importantes qui n’auront pas le temps de se dégrader suffisamment avant l’exploitation des futures repousses. Selon les situations, il peut être préférable de presser l’herbe, et de la réserver au paillage.

Favoriser et accélérer le redémarrage en végétation par un apport d’azote
Sur les parcelles dont la flore et le sol laissent espérer des repousses estivales, et lorsque les conditions météos permettent une bonne valorisation de cet apport (sol encore frais, pas de températures supérieures à 25°C ni pluies significatives, 10-15 mm, annoncées dans les 7 à 10 jours qui suivent), il peut être judicieux d’apporter 30 unités d’azote minéral par hectare.

Les foins issus de ces prairies présentent-ils un risque sanitaire ?
Il faut souligner que des débris végétaux dans les pâtures, ou des foins mal conservés, peuvent représenter un substrat propice au développement des moisissures, ce qui peut éventuellement entraîner la présence de mycotoxines. Il n’existe cependant pas de références sur la présence de mycotoxines dans des prairies inondées puis fauchées. Leur présence dans les fourrages se traduit généralement par une diminution des quantités ingérées et par des effets sur les performances zootechniques. En l’absence de références, on recommandera donc la plus grande prudence et la plus grande attention aux animaux ayant consommé les fourrages récoltés.

Sabine BATTEGAY, Pascal KARDACZ, Pierre-Vincent PROTIN, Anthony UIJTTEWAAL
ARVALIS - Institut du végétal

Prairies inondées ou versées :que faire des foins ?

- Réserver ces fourrages à des animaux à faibles besoins.
- Laisser les animaux trier. Préférer la distribution séparée de ces fourrages pour permettre aux animaux de trier.
- Se réserver la possibilité de garder des foins pour les litières. Dans ce cas, tenir compte de leur pouvoir absorbant inférieur, et les réserver aux animaux de renouvellement.
- Si les fourrages présentent des problèmes d’appétence, et qu’il n’y a aucun doute sur leur qualité sanitaire (pas de présence de moisissure), il est possible d’améliorer « artificiellement » leur appétence grâce à des aliments liquides de type mélasse.

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