Vœux au monde rural: « Nous allons relâcher la pression »
Nicolas Sarkozy favorable à un « nouveau modèle agricole » défendant la contractualisation entre industriels et producteurs pour assurer « un prix garanti » aux agriculteurs et la valorisation des produits dans les circuits courts. - © Terres d’Ariège
Multipliant les déplacements dans les exploitations agricoles et s’appuyant sur son ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire, Nicolas Sarkozy a entrepris une vaste opération de conquête du monde agricole. Lors de ses vœux au monde rural, mardi 17 janvier en Ariège, le président de la République n’a pas hésité à fustiger les règles environnementales : « J’ai conscience que l’aspect tatillon de certains règlements administratifs vous insupporte. Je prends l’exemple des règles environnementales, la question de l’eau, la protection de l’eau », a-t-il lancé. « Naturellement, il faut protéger l’environnement (...), mais là encore, tout est une question de mesure. Nous allons prendre un certain nombre de décisions pour relâcher la pression », continue le chef de l’État. Et d’ajouter : « La préservation de l’environnement, ça n’est pas empêcher quiconque de faire quoi que ce soit ». Citant alors les associations qui « vont empêcher un maire, un élu, une initiative de se faire ». Au Salon de l’agriculture en 2010, Nicolas Sarkozy avait déjà montré du doigt les excès de réglementation environnementale en disant « Ça commence à bien faire », provoquant par ces mots la colère des écologistes.
Par ailleurs, il a soulevé la question des décisions de justice imposées aux chasseurs : « Ce que je dis sur l’environnement, je le dis également pour la chasse. Les chasseurs ne sont pas les ennemis, ce ne sont pas les adversaires de l’environnement. » « Il y a des décisions récentes qui ont été prises par le Conseil d’État qui sont vraiment vécues par une partie de nos compatriotes comme un souci non pas de résoudre un problème, mais de les empêcher de profiter de ce qu’on pourrait appeler un petit bonheur, a déploré le président. J’ai entendu ce message, je recevrai d’ailleurs les associations de chasseurs sur ce sujet-là. » En effet, dans une décision rendue le 23 décembre, le Conseil d’État a enjoint le ministère de l’Écologie de fixer « dans un délai d’un mois » une nouvelle date de clôture qui ne soit « pas postérieure au 31 janvier » pour la chasse à certaines oies, actuellement fixée au 10 février.
Un jugement peu apprécié des associations de chasseurs, mais salué par les associations de défense de l’environnement et des oiseaux. Nicolas Sarkozy a également justifié son choix de ne pas relâcher d’ours dans les Pyrénées.
L’Allemagne en ligne de mire
Au niveau européen, le chef de l’État a également évoqué la question de la concurrence avec l’Allemagne : « On ne peux pas accepter qu’à l’intérieur même de l’Europe, les coûts de production entre l’Allemagne et la France soient si différents que les agriculteurs allemands puissent prendre des parts de marché aux agriculteurs français », rappelant sur ce point que la France a baissé les coûts de production en exonérant les agriculteurs de cotisations sociales pour les salariés.
Le président a également abordé la question de la baisse des charges sur les salariés permanents. Une discussion qui devait également être abordée le 18 janvier lors du Sommet pour l’emploi où la FNSEA n’a finalement pas été conviée.
Nicolas Sarkozy en a également profité pour tirer un bilan de la politique agricole menée pendant son mandat, rappelant son désir de « jeter les bases d’un nouveau modèle agricole », afin d’assurer la transparence dans les relations commerciales, la contractualisation obligatoire entre industriels et producteurs pour « un prix garanti » aux agriculteurs, et la valorisation des circuits courts. Il a d’ailleurs visité, dans la matinée du 17 janvier, la plateforme « Terroirs Ariège Pyrénées » qui livre des produits locaux aux cantines du département.
Zoom sur... Circuits courts: des initiatives saluées
Au centre de la venue présidentielle, la thématique des circuits courts, avec notamment la visite de la plateforme de distribution de produits locaux, Terroirs Ariège Pyrénées. L’ambition de ce projet ? Concrétiser l’introduction de produits locaux dans la restauration collective en créant une société coopérative d’intérêt collectif. La structure soutient ainsi directement l’économie locale et ouvre un débouché pour les agriculteurs du département de l’Ariège souffrant de handicaps de compétitivité en comparaison des grands bassins de production. Opérationnelle fin 2011, la plateforme engage en 2012 sa première année d’exploitation et regroupe près de 80 agriculteurs. À ce jour ,85 000 repas sont servis, l’objectif étant d’atteindre le potentiel existant de 3 millions par an. Lors de ses vœux, Nicolas Sarkozy a salué « l’initiative prise par la Chambre d’agriculture d’organiser l’approvisionnement du réseau des cantines scolaires, et d’une façon générale de la restauration collective, par les producteurs locaux. Cette action de mise en relation de la demande avec l’offre de produits doit être encouragée car, là encore, il faut rompre l’isolement des agriculteurs. Les circuits courts ouvrent par ailleurs des marchés très adaptés aux produits sous signe de qualité ou aux produits issus de l’agriculture biologique. »
Point de vue de Xavier Beulin, président de la FNSEA*
« La comparaison avec l’Allemagne est extrêmement significative »
«Nous sommes aujourd’hui confrontés à une situation nouvelle : notre compétitivité se dégrade, non seulement à l’égard de pays émergents, mais surtout par rapport à des pays en tout point comparables au nôtre. Or, sur ce sujet, les écarts en matière de coût du travail prennent une importance considérable.
La comparaison avec l’Allemagne est peut-être un peu trop à la mode et il convient d’être prudent sur des analyses souvent partielles. Mais elle est aussi extrêmement significative : entre 2000 et 2010, nos exportations ont baissé de 25 % alors que les exportations allemandes se sont maintenues.
Le déficit de notre balance commerciale va atteindre, en 2011, 75 milliards d’euros, alors que nos voisins allemands présenteront un excédent de 155 milliards d’euros.
Même si ce n’est pas la seule explication, la différence de coût du travail dans nos deux pays est incontestablement une des clés de ces évolutions. En 2000, le coût moyen horaire du travail en France était de 8 % inférieur à celui de l’Allemagne. En 2008, il dépassait de près de 10 % celui de l’Allemagne... Et cette différence est d’autant plus importante que l’emploi est peu qualifié.
Or, à ce jour, nous avons le sentiment que toute évolution de ce dossier semble figée au nom de l’histoire de notre système social. »
* Extrait de sa déclaration avant le Sommet pour l’emploi.
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