Le Syndicat Agricole 18 septembre 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Événement - Viande bovine : les prix ne baissent qu’à la production

Tensions géopolitiques et relations commerciales tendues entre les différents maillons des filières animales assombrissent des marchés qui devraient être porteurs et stables.

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En une année, le prix moyen pondéré de la viande bovine (entrée abattoir) est passé de 4 à 3,73 euros le kilo (semaine 36), selon FranceAgriMer, notamment à cause du retour en force des abattages de vaches laitières de réforme dans toute l’Europe.
En une année, le prix moyen pondéré de la viande bovine (entrée abattoir) est passé de 4 à 3,73 euros le kilo (semaine 36), selon FranceAgriMer, notamment à cause du retour en force des abattages de vaches laitières de réforme dans toute l’Europe. - © J. Chabanne

Les années se suivent et ne se ressemblent pas. C’est le cas pour le Space, le salon international des productions animales, qui se tient du 16 au 19 septembre, à Rennes. En 2013, l’ambiance était à l’optimisme dans les filières animales, avec des prix élevés en viande bovine et des cours en hausse pour le lait. Géopolitique internationale et relations commerciales compliquées dans l’Hexagone ont mis du plomb dans l’aile des marchés porteurs, et pourraient noircir le bilan 2014. Ce retournement se fait d’abord contre les éleveurs : si les cours sont en baisse en lait comme en viande bovine, les transformateurs semblent vouloir profiter de l’aubaine au détriment des producteurs, sous le regard de la distribution face à laquelle le poids de l’amont paraît dérisoire.


Des éleveurs bovins viande sous pression de l’aval
Après deux années à un niveau soutenu, les cotations en viande bovine ont commencé leur chute dès septembre 2013. En une année, le prix moyen pondéré de la viande bovine (entrée abattoir) est passé de 4 à 3,73 euros le kilo (semaine 36), selon FranceAgriMer, notamment à cause du retour en force des abattages de vaches laitières de réforme dans toute l’Europe. Dans ce contexte baissier, les éleveurs de bovins viande ne supportent plus de voir, depuis des mois, les prix se maintenir dans les rayons des supermarchés. L’indice des prix à la consommation de viande bovine (Insee) est passé de 156,03 en août 2013 à 157,02 en août 2014. Pour les éleveurs, l’aval de la filière leur impose des baisses non justifiées. Pour éclaircir la question, une réunion se tenait, le 10 septembre, à l’Interprofession bétail et viande (Interbev), qui réunissait presque tous les maillons de la filière : les éleveurs, les principaux abatteurs (Bigard et Elivia), et l’ensemble de la grande distribution française. Seuls les discounteurs manquaient à l’appel. À la question « où sont passés nos 300 euros par animal ? », les éleveurs estiment qu’ils n’ont pas obtenu de réponse, ni des abatteurs, ni des distributeurs. « L’avis de recherche est toujours lancé », ironise le président de la Fédération nationale bovine (FNB) Jean-Pierre Fleury.


« L’immaturité » de la filière
Pire, les éleveurs se disent particulièrement déçus de l’attitude des abatteurs, notamment du plus important d’entre eux, Bigard, réfractaire selon la FNB à toute contractualisation intégrant les coûts de production. « Le non de la grande distribution ne nous a pas surpris, mais les abatteurs... », s’étonne Pierre Vaugarny, secrétaire général de la FNB. Ce qui devait être une grande explication avec la grande distribution s’est transformé en explication avec l’ensemble de l’aval, industriels compris. « C’est l’immaturité qui caractérise cette filière », regrette Jean-Pierre Fleury. Les éleveurs se sont également plaints des importations de viande bovine. Elles sont en nette hausse en mai (+ 6 % par rapport à 2013) et en juin (+ 10 %), selon l’Institut de l’élevage. « Le patriotisme économique n’est pas à l’ordre du jour de l’aval de la filière bovine », regrette Jean- Pierre Fleury. En somme, les éleveurs se sentent de plus en plus seuls. « On a l’impression que ça ne va pas si mal dans le reste de la filière. Ce qui est sûr, c’est que les industriels vont mieux qu’il y a 18 mois », analyse Philippe Auger, président d’Elvéa France, un regroupement d’associations d’éleveurs, qui tenait son congrès à Biarritz, le 5 septembre. Pour lui, « ce sont eux qui sont à l’origine de la baisse des prix au producteurs. Il y a une volonté des abatteurs depuis août 2013 de se refaire une santé ».


La baisse des prix du lait pourrait peser sur les cours de la viande
Les marchés ne promettent pas d’amélioration aux éleveurs : « Le retournement de la conjoncture laitière devrait d’ici quelques semaines inciter les éleveurs à faire davantage de tri dans leurs troupeaux », prévoit l’Institut de l’élevage dans sa lettre de conjoncture de septembre. La situation est d’autant plus préoccupante que la Russie représentait « un débouché rémunérateur pour la viande de transformation issue d’avants et d’arrières de second choix de vaches laitières », analyse l’Institut de l’élevage. Et que ces exportations étaient importantes en octobre et novembre, au moment du pic d’abattage des réformes. L’espoir est peut-être à chercher du côté des prix de l’alimentation animale dont on espère une détente dans les prochains mois.


La campagne broutards débute dans l’inquiétude
Les premiers broutards de l’automne sortent des élevages français, alors que la demande italienne est peu dynamique et que les portes du Maghreb restent toujours fermées. Les opérateurs à l’export et les éleveurs s’accordent pour dire que les cotations du broutard, ces jeunes bovins élevés à l’herbe, risquent de baisser dans les prochaines semaines. « Il est encore trop tôt pour le dire, mais en première impression, il y a une crainte de passer une saison difficile, explique Dominique Fayel, responsable de la section vaches allaitantes de la Fédération nationale bovine (FNB). On est en train de partir à la baisse depuis quinze jours ». en semaine 36, le broutard charolais de 300 kg de conformation U se négociait à 2,68 euros le kilo vif, contre 2,71 cet été. « On observe de grosses sorties dans le charolais depuis une quinzaine de jours, constate Frédéric Lagarde, directeur commercial de l’un des principaux exportateurs français de broutards, EuroFrance. Et c’est toujours du blanc (NDLR : des charolais) que vient la baisse des cours ». Mêmes prévisions chez Deltagro, le premier exportateur de broutards français : « Les broutards sortent en trop grande quantité, surtout en charolais et en salers croisés. En septembre, octobre et novembre, les prix vont baisser », analyse son directeur commercial, Pierre Richard. « On peut s’attendre dans les 4 à 6 semaines à voir plus de broutards qu’il n’y en a besoin. Mais nous n’avons pas de boules de cristal », conclut également le président d’Elvea, Philippe Auger.


L’Italie malade, le Maghreb incertain
« La Tunisie reste fermée depuis le printemps pour cause de fièvre aphteuse. L’Algérie a, à son tour, décidé de fermer ses frontières », explique l’Institut de l’élevage dans son webzine Tendances de septembre. « Jusqu’à présent il y avait la solution de secours en Algérie. Mais les ports sont fermés », constate Pierre Richard de Deltragro. « On pense que ça devrait se rouvrir dans quelques semaines », positive néanmoins Philippe Auger d’Elvéa. La Turquie reste également fermée, même si elle redemandera rapidement – les exportateurs attendent une confirmation cette semaine – des animaux de 300 kg en centre d’allotement (250 kg en élevage). « Cela ne changera pas le marché, c’est un produit très difficile à trouver en France », avertit Frédéric Lagarde d’EuroFrance. En Italie, principal acheteur de broutards français, la situation ne s’améliore pas. « La demande italienne ne devrait pas être plus dynamique que l’année dernière », prévoit l’Institut de l’élevage.
« Les engraisseurs manquent déjà de place en Italie », constate Frédéric Lagarde. « Ce qui est sûr, c’est que la solution ne viendra pas de l’Italie », convient également Dominique Fayel.


Des sorties conditionnées par la trésorerie
Des incertitudes pèsent également sur le calendrier de sorties « Les repères sont brouillés », explique Dominique Fayel. La baisse saisonnière des cours s’est produite dès le mois de juin (elle se produit en automne habituellement) et la météo a été atypique : « Il y a de l’herbe partout, de bonnes disponibilités de maïs ». Difficile de prévoir le comportement des éleveurs, confie Dominique Fayel : « Les naisseurs-engraisseurs vont sûrement garder leurs animaux. Par contre, on ne sait pas comment vont réagir les naisseurs stricts. Certains vêlages ont été décalés cette année. Dans une année normale, les broutards seraient sortis plus tard. Mais il y a des besoins de trésorerie dans certaines exploitations. On ne sait pas quel sera l’arbitrage. » Frédéric Lagarde d’EuroFrance convient également qu’il s’agit d’une année atypique : « Le prix de la viande n’a rien à voir avec l’année dernière. Cette année ce n’est pas un problème de sécheresse, les caisses sont vides. Les gens ont besoin de trésorerie ».

Zoom sur... Porc, « une année gâchée » par l’embargo

« Après plusieurs années difficiles, nous étions relativement optimistes pour cette année. La production commençait à fléchir en Europe, les marchés étaient bien orientés », retrace Paul Auffray, président de la Fédération nationale porcine (FNP), le 11 septembre. Dans le porc, les espoirs des éleveurs français ont été ruinés en une journée. Cette journée du 29 janvier, qui vu la Russie mettre en place un embargo sur la viande porcine européenne, pour cause de Peste porcine africaine (PPA) en Europe de l’Est. « C’est une année gâchée. Nous sommes entre 15 et 25 centimes en dessous de ce que nous aurions pu espérer », regrette le président de la FNP. « On s’oriente vers de vraies difficultés pour les éleveurs sans perspectives de déblocage ». Selon l’interprofession Inaporc, entre l’élevage et l’industrie, le manque à gagner occasionné par l’embargo est estimé à 400 M€.

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