Le Syndicat Agricole 11 avril 2013 à 15h33 | Par Le Syndicat Agricole

Événement - Quatre mesures et un médiateur, mais la profession reste insatisfaite

La réunion tant attendue par la filière laitière s’est déroulée le 8 avril au ministère de l’Agriculture. Mais les « mesurettes » n’apaisent pas les revendications des producteurs de lait.

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Stéphane Le Foll et Guillaume Garot assurent avoir donné « les impulsions nécessaires pour débloquer les négocia-tions » entre tous les acteurs de la filière lait.
Stéphane Le Foll et Guillaume Garot assurent avoir donné « les impulsions nécessaires pour débloquer les négocia-tions » entre tous les acteurs de la filière lait. - © Actuagri
« Les choses ont bougé », assure Stéphane Le Foll à l’issue des 2h30 de réunion entre producteurs, transformateurs et distributeurs. Lundi dernier, l’ensemble des acteurs des filières lait de vache et de chèvre s’étaient réunis rue de Varennes, pour « débloquer les négociations », rappelle le ministre de l’Agriculture. Ce dernier certifie avoir donné les « impulsions » nécessaires, et espère maintenant « des traductions concrètes dès ce mois-ci » sur la valorisation du prix payé aux producteurs de lait. Et d’insister: « Il y a urgence à régler les problèmesconjoncturels ».

« Ce n’est pas à nous de donner le prix du lait »
Aussi Guillaume Garot, le ministre délégué à l’Agroalimentaire, a-t-il pour sa part détaillé les 4 mesures décidées à l’issue de cette rencontre entre tous les acteurs de la filière lait: trouver un accord qui concerne toute la production laitière (lait de consommation et lait transformé), faire en sorte que la totalité de la hausse bénéficie aux producteurs, mettre en œuvre des accords transparents et conformes au droit de la concurrence. « Ce n’est pas à nous de donner un prix du lait », insiste Stéphane Le Foll. Charge donc aux différents maillons de la filière de trouver la bonne formule. Afin de les y aider, le ministre de l’Agriculture a missionné Francis Amand. Le médiateur des contrats devra faciliter les relations dans la filière pour aboutir à un accord rapide; et vérifier sa bonne exécution.
Du côté des mesures « structurelles », il faudra toutefois attendre encore un peu. Un « deuxième temps de réflexion » se déroulera en mai et concernera la Loi de modernisation de l’économie (LME) et la Loi d’avenir de l’Agriculture (LMA). « Il s’agira de trouver un débouché législatif qui mette en place structurellement un cadre de négociation permettant à chacun de s’y retrouver, et en particulier aux producteurs de vivre de leur travail », affirme Guillaume Garot. En clair, pérenniser un dispositif de calcul du prix du lait plus favorable aux éleveurs.

Le compte n’y est pas
Malgré la satisfaction affichée des ministres à la sortie, les producteurs de lait ne sont pas dans le même état d’esprit. « C’est agaçant, lance sans détour André Bonnard, le trésorier de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). La politique de la distribution c’est : je te donne un tout petit bout pour te faire taire, et derrière je ne t’en donne pas plus ». Des enseignes (Système U, Intermarché et la FCD) ont fait des propositions. Celles-ci ont été plus ou moins bien accueillies par les éleveurs en fonction des hausses envisagées, de leurs durées, et suivant qu’elles couvrent l’ensemble des produits laitiers ou seulement le lait de consommation. Aux yeux du trésorier de la FNPL, seule une proposition est acceptable. Celle de Serge Papin, président de Système U, qui propose 3 centimes d’euros pendant 6 mois sur tous les produits laitiers transformés. « Cette mesure doit être applicable par tous les distributeurs », fait-il remarquer. L’enseigne Intermarché a annoncé une hausse du prix d’achat du lait de 2 centimes par litre aux agriculteurs français (+ 4,5 centimes pour le lait bio), à compter du 10 avril. « Ce qui porte à 3 centimes du litre l’augmentation du prix d’achat depuis le début de l’année 2013 », souligne-telle. De plus, celle-ci s’engage à continuer de se fournir exclusivement auprès des producteurs français. De son côté, les représentants de la Fédération des entreprises de commerce et de la distribution (FCD) se sont engagés à augmenter pendant 3 mois leurs prix d’achat de produits laitiers. Cette hausse « exceptionnelle » s’élève à 5 %, soit 20 € /1 000 l de lait en plus que les transformateurs doivent répercuter en intégralité aux producteurs. Toutefois, il manque encore 10 €/1 000 l pour pouvoir couvrir la hausse des charges. A priori, le médiateur devrait reprendre contact dans les prochains jours avec tous les participants de la table ronde. D’ailleurs, André Bonnard n’a pas manqué de lui signaler que les producteurs étaient libres toute la semaine pour le rencontrer : « On négocie maintenant où on repart sur un autre mode de discussion, un peu plus fort ! », insiste-t-il.

Maintenir la pression pour le 2
e round
Quant aux responsables syndicaux de la région, ces derniers ont pris acte des avancées, et sont déjà à pied d’oeuvre pour les rendre tangibles sur les factures de lait : les contacts avec les laiteries sont déjà pris. « L’État a enfin fini par jouer son rôle, mais que de temps perdu », regrette Serge Capron, président de l’ADPL 62. Concernant les manifestations départementales initialement prévues ce vendredi, les responsables syndicaux du Nord et du Pas-de-Calais ont prévu de rendre visite aux représentants de l’État, ainsi qu’aux députés. « S’il n’y a pas d’appel à une mobilisation d’envergure, précise Serge Capron. Ce sera néanmoins une démonstration du sens des responsabilités qui anime les producteurs. Cela sera également une façon de garder les pouvoirs publics sous pression ; car le deuxième acte reste encore à jouer. » Avant de prévenir : « Cette fois-ci, il ne faudra pas de retard à l’allumage dans les ministères, la situation de nombreux éleveurs ne le permet pas ».

MDS AVEC ACTUAGRI

Zoom sur... La guerre des marges se poursuit

Pendant que les transformateurs et les distributeurs continuent à se jeter des pierres par communiqués de presse interposés, les producteurs payent les pots cassés. À la veille de la table ronde du 8 avril dernier, la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL) exhortait les pouvoirs publics « à soutenir la nécessité d’une hausse massive des tarifs, pour que transformateurs et producteurs retrouvent des marges leur permettant de poursuivre leur activité économique » : « Les transformateurs ne pourront pas assurer cette hausse nécessaire, s’ils ne vivent pas eux-mêmes de la commercialisation de leurs produits », insiste les coopératives laitières. Celles-ci appellent à ce que « chacun tire profit de son activité, pas seulement les distributeurs», et souhaitent que les pouvoirs publics garantissent la bonne application des mesures présentes dans la LME, ainsi que leur contrôle effectif, assorti de sanctions réellement dissuasives à l’encontre des distributeurs. Pour Syndilait, le syndicat professionnel regroupant les opérateurs du marché du lait de consommation (privés et coopératives): « Une hausse importante des tarifs des produits laitiers,  en particulier du lait de consommation, est aujourd’hui indispensable afin de permettre une revalorisation du prix du lait aux producteurs, mais aussi la restauration des marges très dégradées des transformateurs ». De son côté, la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) a demandé lundi aux industriels d’appliquer « une totale transparence de leurs marges, sous le contrôle des pouvoirs publics ». Cette dernière souhaite aussi et « avec force » que l’Observatoire des prix et des marges mette en évidence les marges nettes des industriels privés et coopératifs.

Réactions : Les producteurs de lait demandent encore « un effort » à la FCD

Dans un communiqué commun, la FNSEA, la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), les Jeunes Agriculteurs et la Fédération nationale des producteurs de chèvre (FNEC) reconnaissent que la table ronde de la fi lière laitière qui s’est déroulée le 8 avril « a permis de faire bouger les lignes » et que « tous les distributeurs présents ont fait des propositions ». Néanmoins, cette table ronde n’a pas « abouti à un consensus de l’ensemble des participants. » La Fédération du commerce et de la distribution (FCD) qui regroupe les enseignes Auchan, Carrefour, Casino, Cora et Monoprix a fait une offre d’augmentation des prix de 2 centimes uniquement sur le lait de consommation. Ce marché ne représente que 16 % des produits de grande consommation au niveau français, rappellent les 4 signataires. Pour eux, « la proposition de la FCD n’est pas acceptable en l’état. » Les enseignes Leclerc et Système U ont quant à elles « posé sur la table le principe d’une hausse de 2 à 3 centimes sur tous les produits laitiers. » Les 4 organisations regrettent que « les enseignes de la distribution continuent à se faire la guerre entre elles sur le dos des producteurs de lait » et « souhaitent que la distribution parle d’une seule voix. » Les producteurs de lait veulent un résultat concret d’ici le paiement du mois d’avril ; dans ce cadre, ils demandent à la FCD de revoir sa position dès la fi n de cette semaine. « Elle doit élargir le périmètre de son offre et l’étendre à l’ensemble des produits laitiers », lancent les 4 signataires. Ils en appellent aussi au médiateur nommé par Stéphane Le Foll pour « sortir rapidement de la crise par le haut. »

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