Le Syndicat Agricole 02 mai 2013 à 13h59 | Par Le Syndicat Agricole

Événement - Prix du lait : une hausse de 2,5 centimes par litre dès avril a été obtenue

La revalorisation du prix du lait payé aux producteurs est une première étape. Désormais, transformateurs et distributeurs doivent s’engager sur le long terme.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
La revalorisation du prix se fonde sur une hausse technique des produits laitiers acceptés par la grande distribution.
La revalorisation du prix se fonde sur une hausse technique des produits laitiers acceptés par la grande distribution. - © J.C. Gutner
Suite aux actions syndicales et à la mobilisation des éleveurs laitiers depuis plusieurs mois, le médiateur, nommé par le ministre de l’Agriculture, a obtenu un consensus entre les acteurs de la filière. Pour répondre à l’envolée des coûts de production subie par les éleveurs, une hausse du prix du lait de 2,5 centimes/litre pour les producteurs doit être mise en place dès le mois d’avril. Le médiateur considère « qu’un consensus peut être obtenu sans délai » sur les modalités de cette hausse.

Une nécessaire remise à plat des relations commerciales
Le combat juste des éleveurs, qui réclamaient une revalorisation du prix du lait, au regard du poids de leurs coûts de production, a été entendu. Le médiateur des relations commerciales agricoles a estimé le 26 avril qu’il était « souhaitable d’augmenter d’au moins 25 euros les mille litres (€/1000 l) le prix du lait payé aux producteurs pour la totalité du lait livré en 2013 » et ce, dès le mois d’avril. Le médiateur fait le constat que le prix d’achat du lait aux éleveurs ne « permet plus aux producteurs de couvrir leurs charges ». Cette revalorisation du prix se « fonde sur une hausse technique des produits laitiers acceptés par la grande distribution ». Cette hausse technique est « indépendante des négociations commerciales entre chaque enseigne et ses fournisseurs » et figurera sur les factures sous forme de mention en « pied de facture ».
Le médiateur a invité l’ensemble des acteurs de la filière à « confirmer leur adhésion » au dispositif, afin que la revalorisation du prix du lait payé aux producteurs soit effective dans les premiers jours de mai. Mais les réactions ne sont pas unanimes. La Fédération nationale de la coopération laitière (FNCL) juge les propositions techniques « insuffisantes pour assurer la reconstitution des marges des transformateurs ». La FNCL souhaite une remise à plat complète des relations commerciales avec la distribution. Sur certains produits laitiers, affirme-t-elle, les transformateurs « travaillent à perte » depuis un an. La Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), elle, se félicite des propositions du médiateur et souhaite leur application sans délai. En effet, pour cette dernière, l’engagement demandé aux acteurs de l’aval de la filière conditionne l’avenir.
Par ailleurs, les éleveurs laitiers ne comprendraient pas que ce soit leurs clients directs (les transformateurs) qui « rechignent » à leur rétrocéder ce qu’ils ont perçu « en plus » de leurs propres clients (la distribution)! L’argument visant à obtenir des hausses effectives de tarifs de la grande distribution s’est fondé sur la nécessaire revalorisation du prix du lait payé aux producteurs. La FNPL est bien décidée à le rappeler à ceux qui ont la mémoire courte.
« La négociation qui vient de se conclure doit se faire de manière systématique quand le contexte l’exige », indique la FNPL, qui souhaite que soit inclus dans la Loi de modernisation de l’économie (LME), un dispositif qui permette de prendre en compte la pression des charges liées aux coûts de l’alimentation. En parallèle, le syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA) a salué les propositions du médiateur, mais attend l’engagement concret des transformateurs.

La distribution globalement favorable au dispositif
Côté distribution, Carrefour a aussitôt fait savoir que « compte tenu de la situation actuelle des éleveurs laitiers », l’enseigne avait décidé de « s’engager sans délai dans le dispositif proposé ». Le numéro un français de la distribution a appelé également à créer « aussi vite que possible une interprofession réunissant éleveurs laitiers, industriels et distributeurs ». Sur son blog, Michel-Édouard Leclerc a indique que les centres E. Leclerc « acceptaient le principe du plan proposé par le gouvernement, d’autant que les pouvoirs publics ont arbitré en faveur d’une solidarité partagée entre distributeurs et industriels ». Cependant, les centres E. Leclerc auraient préféré un système d’aide directe à la production, comme ils l’avaient proposé à la mi-avril. « La méthode retenue par le gouvernement pourrait s’avérer extrêmement complexe, s’agissant des modalités de calcul de hausse sur les produits très transformés », prévient Michel-Édouard Leclerc.
Il rappelle qu’il ne soutiendra que les producteurs laitiers français et demandera aux industriels de certifier l’origine de leur approvisionnement et exclura du dispositif de soutien les produits d’importation et/ou les produits élaborés à partir de lait importé. Il souhaite également que cet accord soit aussi valable pour les distributeurs étrangers présents en France (notamment les hard discounters). « La non-participation de ces enseignes au plan de solidarité avec les producteurs laitiers français viendrait créer une situation de distorsion de concurrence par rapport aux distributeurs français », indique le patron des centres E. Leclerc. Quant à Auchan France, le groupe « répond favorablement à la proposition faite par le médiateur des relations commerciales agricoles et contribue ainsi à une revalorisation d’au moins 25 €/1000 l de lait payé aux producteurs ». Simply Market, activité supermarchés du groupe Auchan en France, s’associe également à cet engagement.




Point de vue d'André Bonnard, trésorier de la FNPL

Les négociations doivent être systématiques quand le contexte l’exige

Le marché laitier français doit fonctionner normalement. Le constat est que les négociations commerciales n’ont de négociations que le nom. Dans ce contexte, la FNPL s’est battue sur deux fronts et a fait bouger les lignes. Déjà, et c’est l’extrême urgence, obtenir une revalorisation du prix du lait pour les producteurs pris en étau entre des coûts de production qui s’envolent et un prix du lait qui ne leur permet pas de couvrir leurs charges. L’augmentation des charges a atteint 30 €/1000 l en 2012, sans compter le début 2013... Le médiateur nommé par les pouvoirs publics est arrivé à la même conclusion que la FNPL: cette situation est intenable pour les éleveurs laitiers. L’augmentation d’au moins 25 €/1000 l du prix du lait dès avril est « possible » et « souhaitable », a-t-il ajouté. Pour la FNPL, il n’est plus possible de tergiverser. Nous, à la FNPL, on a fait le job, pour les producteurs de lait et leurs clients, à savoir la transformation. Cette hausse de 25 €/1000 l au deuxième trimestre est possible par l’acceptation de hausses techniques des tarifs par la grande distribution. Celles-ci sont indépendantes des négociations commerciales entre chaque enseigne et ses fournisseurs. Cette hausse technique s’appliquera sur 7 mois. On ne demande pas l’aumône mais une répercussion de cette hausse au niveau du prix perçu par les producteurs de lait. Cette augmentation du prix du lait a été obtenue suite à une table ronde nationale rassemblant tous les acteurs de la filière et à l’action décisive du médiateur. L’enjeu est que ce type de négociation se fasse de manière systématique quand le contexte économique l’exige. C’est une question de bon sens. C’est pourquoi il faut inclure dans la LME (Loi de modernisation de l’économie) un dispositif qui permet, selon des indicateurs pertinents, de prendre en compte la pression des charges liées aux coûts de production des éleveurs. La FNPL a fait des propositions en ce sens au ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Le Syndicat Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Le Syndicat Agricole
La couverture du journal Le Syndicat Agricole n°3704 | mars 2017

Dernier numéro
N° 3704 | mars 2017

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

25-08-2016 | Le Syndicat Agricole

FRGEDA

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui