Le Syndicat Agricole 14 août 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Événement - Moscou décrète un embargo total sur les produits agroalimentaires européens

Moscou a interdit les importations de la majorité des produits agroalimentaires européens. Une décision lourde de conséquences : ces échanges constituent 10 % des exportations de l’UE.

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Si la Russie est une grande exportatrice de céréales, elle importe aussi beaucoup de produits agroalimentaires européens, notamment des viandes, du poisson, du lait, des fruits et légumes et des produits transformés.
Si la Russie est une grande exportatrice de céréales, elle importe aussi beaucoup de produits agroalimentaires européens, notamment des viandes, du poisson, du lait, des fruits et légumes et des produits transformés. - © Patrick Cronenberger

La Russie a décidé, le 6 août, d’interdire pendant un an l’importation de produits agroalimentaires en provenance des pays ayant adopté des sanctions économiques à son encontre. L’utilisation de l’arme commerciale, sous couvert de « protection des consommateurs », est une habitude pour Moscou qui avait déjà interdit quelques jours plus tôt les importations de viande de Roumanie et d’animaux en provenance d’Italie, de Bulgarie et de Grèce, officiellement à cause de la découverte d’un premier cas d’ESB en Roumanie. Un embargo sur les fruits et légumes polonais avait également été décrété le 30 juillet, justifié par des « violations répétées » de la validité des certificats. Cette nouvelle interdiction n’est donc pas une surprise, d’autant que Vladimir Poutine avait clairement évoqué ce type de représailles pour répondre aux sanctions économiques prises par l’UE, les États-Unis et le Canada qui manifestaient ainsi leur désaccord vis-à-vis de l’implication russe dans le conflit en Ukraine. Pour mémoire, ces mesures touchaient des secteurs clés de l’économie russe, interdisant en particulier l’accès des banques publiques russes au marché occidental des capitaux et limitant les exportations d’armes et de certains équipements pétroliers vers la Russie. La raison s’avère, cette fois, beaucoup plus explicite : « toutes ces mesures ne sont purement qu’une réponse », a déclaré le 7 août Dmitri Medvedev, premier ministre russe, faisant référence aux sanctions occidentales. « Nous sommes persuadés que nous arriverons à retourner la situation en notre faveur », a-t-il également ajouté. La Commission européenne a déploré cette réaction, tout en confirmant que l’embargo ne remettra pas en question la position de l’UE vis-à-vis de l’annexion illégale de la Crimée et de la situation en Ukraine.

Coup dur pour les producteurs européens
L’annonce d’un « embargo total » sur la plupart des produits alimentaires européens a été confirmée le 7 août par M. Medvedev. Or, si la Russie est une grande exportatrice de céréales, elle importe également beaucoup de produits agroalimentaires européens, notamment des viandes (bœuf, porc, volaille), du poisson, du lait, des fruits et légumes et des produits transformés qui représentent 10 % des exportations agricoles et agroalimentaires de l’UE, soit 12 milliards d’euros par an (selon Eurostat). La mesure risque d’accentuer la crise des fruits actuellement traversée par les pêches et nectarines mises à mal par la concurrence espagnole. L’embargo pourrait également impacter les pommes, les bananes, les tomates et les pommes de terre. Les agriculteurs français redoutent les effets de cette décision sur les filières les plus concernées. « Nous nous retrouvons être les boucs-émissaires d’un conflit qui nous dépasse », déplore Guillaume Roué, président d’Inaporc, qui rappelle que la filière porcine française a déjà perdu 500 millions d’euros depuis février, à cause de l’embargo sur les produits porcins décrétés « officiellement » par crainte de peste porcine africaine. L’un des principaux risques est que les produits européens destinés au marché russe viennent engorger le marché français. « Les éleveurs bovins avertissent solennellement qu’ils n’accepteront pas de voir arriver en France, en contrecoup de cette crise politique, un seul kilo de viande bovine des pays européens sous embargo russe », a prévenu la Fédération nationale bovine. Xavier Beulin, président de la FNSEA, a lui aussi exprimé son inquiétude :  « Pour les agriculteurs français, cette annonce est source d’une profonde inquiétude quant à la situation des marchés agricoles ». D’après lui, l’interdiction d’exporter « sur un marché qui constitue la seconde destination mondiale pour les produits agricoles européens » ne sera pas sans conséquences sur le marché français dont les volumes d’importation actuels sont déjà très élevés. Il reste néanmoins optimiste car « l’hiver est très long en Russie et je n’imagine pas que, demain, Vladimir Poutine tente une manœuvre qui fasse que la population se retourne contre lui si les rayons sont vides, en particulier le rayon viande ».

Moscou revoit sa stratégie d’approvisionnement
Plusieurs analystes estiment en effet que l’embargo décrété par Moscou risque de porter davantage préjudice au consommateur russe qu’aux producteurs européens. La Russie cherche donc de nouvelles sources d’approvisionnement . Outre l’Égypte (cf. encadré ci-contre), Moscou a notamment sollicité la Turquie et les pays d’Amérique latine (Équateur, Brésil, Chili et Argentine) pour discuter « d’une éventuelle hausse de livraisons des produits alimentaires en provenance de ces pays sur le marché russe ». Le Brésil se serait déclaré intéressé par l’augmentation de ses exportations vers la Russie, qui a de son côté accepté de lever les restrictions qu’elle avait fait peser sur la viande et les produits laitiers brésiliens en raison de « violations de normes sanitaires ». Une centaine de producteurs alimentaires brésiliens ont reçu un permis d’exportation vers la Russie au cours de la semaine écoulée a annoncé mardi le ministre de l’agriculture russe, Nikolaï Fiodorov. « Les Européens pourraient se voir confisquer des parts de marché au profit de l’Asie ou de l’Amérique latine, qu’il sera ensuite très difficile de reconquérir », prévient Luc Barbier, président de la Fédération nationale des producteurs de fruits.

Une réponse à l’échelle européenne
Pour sa part, Stéphane Le Foll a pris contact avec ses homologues allemands et polonais pour définir « une position et une réaction coordonnées ». De son côté, La Commission européenne a lancé lundi une analyse produit par produit des répercussions de cet embargo russe. Bruxelles pourrait décider de mobilier pour la première fois le fonds d’urgence de 400 millions d’euros mis en place fin 2013, dans le cadre de la réforme de la Politique agricole commune (PAC). La Commission a par ailleurs décidé d’aider les producteurs de pêches et de nectarines en faisant passer de 5 % à 10 % la part de leur production qui peut être retirée du marché et distribuée gratuitement. Les arboriculteurs seront dédommagés pour les fruits non vendus. Des fonds supplémentaires seraient également prévu pour la promotion des fruits. Le montant de ces aides n’a pas été précisé. « Nous surveillons de près les marchés et je n’hésiterai pas, si nécessaire, à faire de même pour venir en aide à d’autres secteurs dépendants des exportations vers la Russie », a expliqué Dacian Ciolos. Une réunion des experts agricoles des 28 pays de l’UE s’est tenue jeudi à Bruxelles pour décider d’une stratégie concertée. Toujours est-il que la Russie ne paraît pas, pour le moment, ouverte aux concessions : « J’espère sincèrement que le pragmatisme économique prévaudra sur les considérations politiques stupides chez nos partenaires, et qu’ils penseront à ne pas isoler ou faire peur à la Russie », a indiqué Dimitri Medvedev.

La Commission européenne a décidé, lundi 11 août, d’aider les producteurs de pêches et de nectarines en faisant passer de 5 % à 10 % la part de leur production qui peut être retirée du marché et distribuée gratuitement.
La Commission européenne a décidé, lundi 11 août, d’aider les producteurs de pêches et de nectarines en faisant passer de 5 % à 10 % la part de leur production qui peut être retirée du marché et distribuée gratuitement. - © S. Leitenberger

 

La France demandera à Bruxelles des mesures d’indemnisation

La France demandera à la Commission européenne d’approuver des mesures d’indemnisation des producteurs affectés par l’embargo russe sur l’agroalimentaire. « Compte tenu de l’importance des exportations européennes et françaises de produits alimentaires vers la Russie, le Président de la République a assuré à Xavier Beulin que des contacts étaient en cours avec la Commission européenne pour que les conséquences directes et indirectes de cet embargo soient évaluées avec précision afin de prendre des mesures adaptées à la gravité de la situation », précise l’Élysée dans un communiqué du 8 août faisant suite à un échange téléphonique entre François Hollande et le président de la FNSEA . « Une attention particulière sera portée aux producteurs de fruits et légumes, et des éleveurs qui rencontrent déjà des difficultés de marché », détaille le communiqué élyséen. D’après le président de la FNSEA, les mesures européennes pourraient être des mesures de « dégagement », consistant à retenir une partie de la production, tout en indemnisant les producteurs, afin d’éviter la surabondance de l’offre et l’effondrement des cours. François Hollande envisage également « des démarches auprès de l’organisation mondiale du commerce (OMC) au niveau communautaire ».

La Russie et l’Égypte vont renforcer leurs échanges de biens alimentaires

Selon l’agence Reuters, des responsables russes ont annoncé mardi dernier un accord facilitant l’accès des produits agricoles égyptiens au marché russe, après un entretien entre leur président Vladimir Poutine et son homologue égyptien Abdel Fattah al Sissi. Moscou va ainsi fournir au Caire au moins 5 à 5,5 millions de tonnes de blé et augmenter de 30 % ses importations de produits agricoles égyptiens. Les Russes fourniraient ainsi environ la moitié des importations égyptiennes en blé (environ 10 millions de tonnes achetées chaque année). « L’Égypte a déjà augmenté son offre (agricole) à destination de notre marché de 30 % et est prête à une nouvelle hausse de 30 % dans un futur proche », affirme Vladimir Poutine. L’accroissement des livraisons de denrées telles que des pommes de terre, des oignons, de l’ail et des oranges compensera pour moitié la baisse des importations liées aux biens sous embargo, selon le ministre russe de l’Agriculture. Les deux pays étudient aussi la création d’une zone de libre-échange ainsi que la création d’un complexe industriel russe en Égypte dans le cadre du projet de développement du canal de Suez.

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