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Prix du lait

Les industriels plongent l’interprofession dans l’impasse

C’est un vrai coup sur la tête qu’ont porté les transformateurs privés, regroupés au sein de la Fnil (Fédération nationale des industries laitières), aux producteurs de lait de la FNPL.

25 mars 2010 Le Syndicat Agricole Vu 896 fois
L’effet de surprise a été total. Le 18 mars, la Fnil a claqué la porte de la réunion sur le prix du lait qui se déroulait dans le cadre de l’interprofession.

L’effet de surprise a été total. Le 18 mars, la Fnil a claqué la porte de la réunion sur le prix du lait qui se déroulait dans le cadre de l’interprofession. - © le syndicat agricole

L’accord du 3 juin, obtenu à l’arraché par l’ancien ministre Michel Barnier à quelques jours des élections européennes, a du plomb dans l’aile. Au bout de 10 mois d’existence, il est, de fait, torpillé par la sortie des industriels privés, ce 18 mars. En ne cautionnant pas les indices, ils le rendent inopérant. Non validé par les 3 familles de l’interprofession, il perd de son poids politique dans un monde laitier en mal de repères et de revenu.
Que peut donc contenir l’accord du 3 juin, susceptible de mettre ainsi le feu aux poudres ? Rien de bien probant.
Les hausses tendancielles prévues pour le 2nd trimestre n’avaient rien d’exceptionnel. L’augmentation du prix du lait payé aux producteurs pour le 2e trimestre 2010 qui devait afficher + 5,7 % pour le prix le plus favorable (par rapport au prix moyen de 2009) devait donc représenter 15 €/1 000 litres. Pour les deux autres indicateurs découlant d’un mix produits pour les entreprises moins favorables, les indices devaient afficher des augmentations de 8,7 % et de 11,6 %. Rappelons pour mémoire que les hausses du prix du lait pour le 1er trimestre, validées par la FNIL et la FNCL, étaient comprises entre 3,1 % et 8,5 % selon les trois indices prévus dans l’accord du 3 juin 2009 et par rapport à la moyenne de 2009. « Le prix de début d’année évoluera en moyenne d’environ 15 euros », précisait alors la FNPL. Mieux, elle avait alors l’assurance que la Fnil et la FNCL respecteraient les termes de l’accord pour l’évolution du prix du lait en 2010. Cette affirmation de la FNPL n’était pas anodine. Surtout parce que cet accord n’avait pas été respecté par tous les transformateurs lors du 2nd semestre 2009, alors qu’il n’était pas encore contesté officiellement. Le leitmotiv des industriels à l’époque : le prix du lait français est trop cher par rapport à ses concurrents.

Point de rupture
Un leitmotiv qui est devenu un point de rupture le 18 mars. Une rupture assumée pour la Fnil, un contentieux encore surmontable pour la FNCL.
Pour les industriels, le problème se concentre donc de l’autre côté du Rhin, chez nos voisins et concurrents allemands. « Avec un prix du lait supérieur de 15 % en 2009 à celui payé en Allemagne, le prix français s’inscrit parmi les plus élevés d’Europe », explique la Fnil. Le différentiel est d’environ 35 euros aujourd’hui. Il était de 40 euros il y a quelques mois. Et cette nouvelle hausse de 5,7 % sur le 2e trimestre 2010 a fait déborder la coupe déjà pleine des industriels. « Ne pas tenir compte de cette situation serait dévastateur en termes de développement économique pour les territoires français, d’emplois industriels et de débouchés pour les producteurs de lait français », souligne la Fnil. « On ne peut nier la réalité économique de la filière laitière française », renchérit la FNCL. « Les transformateurs français ont fait le gros dos en 2009 pour aider les éleveurs à surmonter la crise du lait », soulignent les coopératives. « Cette situation, ajoutée à la crise économique et sociale, a continué à dégrader la situation des coopératives laitières françaises. » Sur le fond, les industriels privés et coopératifs sont en accord sur le constat. Sur la forme, les coopératives « regrettent le désaccord qui est apparu le 18 mars ».

Indicateur de compétitivité
La FNCL appelle de ses vœux la poursuite du travail interprofessionnel. Elle n’était pas pour la solution radicale qui est de ne pas cautionner les indices de prix du 2nd trimestre. À court terme, la FNCL demande l’application progressive d’un indicateur de compétitivité à partir du 3e trimestre, et la mise en œuvre de sa proposition de réguler le couple « volume/prix » de façon différenciée, s’appuyant sur un indicateur de la valorisation du lait sur les marchés beurre et poudre.

Surprise et incompréhension
Ce 18 mars, la FNPL, surprise et sonnée, n’a pu que constater la rupture provoquée par la Fnil.
Tout aurait commencé la veille du 18 mars lors du bureau de la Fnil. Certains adhérents se seraient montrés excédés par la publication des éléments de tendance dans la presse avant la réunion de validation. Sauf que le trimestre précédent, la même chose s’était produite sans porter à conséquence. Le 10 décembre, l’interprofession laitière avait rendu publics les indices de tendance pour le 1er trimestre 2010. Ils confirmaient une hausse du prix du lait déjà annoncée fin novembre par la FNPL. Aujourd’hui, la FNPL a du mal à comprendre l’attitude des industriels. En terme de conjoncture, les tendances sont plutôt favorables.
Quant au contexte du prix du lait payé aux producteurs français, « dévastateurs » pour les transformateurs laitiers, là encore la FNPL est dubitative. Elle rappelle que la compétitivité ne peut se mesurer au seul prix de la matière première. Et que la baisse de 54 % du revenu des producteurs de lait est une triste réalité. En 2007, le prix du lait français était inférieur au prix allemand. On l’a déjà oublié. La FNPL maintient que l’accord du 3 juin doit s’appliquer. Sauf que, dans la réalité, il ne l’est plus depuis le 18 mars, mettant une nouvelle fois l’interprofession dans l’impasse.

Asymétrie du rapport de force
Henri Brichart évoquait le 11 mars lors d’un colloque, « l’asymétrie du rapport de force que nous avons avec les transformateurs sur le terrain ». « De plus en plus, la concentration des circuits de collecte prive, de fait, les producteurs de toute alternative économique en cas de désaccord avec leur transformateur », explique-t-il. « Le producteur est donc un marché captif pour le transformateur », insiste-t-il. Sans rapport de force équilibré entre les acteurs d’une filière, une interprofession ne peut pas fonctionner correctement. Même si l’attitude des industriels ne signe pas forcément la mort de l’accord du 3 juin, le coup porté à la filière est très rude. Les 20 000 producteurs de lait français en dessous du seuil de pauvreté n’ont pas besoin de cela.

 

Zoom sur… La réaction de la FNPL

« Alors que les entreprises annoncent des résultats 2009 confortés par rapport à 2008 et que, dans le même temps, les éleveurs laitiers voient leur revenu baisser de plus de 50 % ; alors que les producteurs attendaient, dès le mois d’avril, le juste retour des efforts consentis au 1er trimestre autour des réécritures de grille ; alors que la filière laitière française a devant elle un énorme chantier avec l’établissement de nouvelles relations entre ses différents acteurs ; alors que les puissances publiques européennes et françaises, au sein du groupe à haut niveau et dans le cadre du projet de Loi de modernisation de l’agriculture, s’attèlent à apporter un cadre favorable à ce nouveau relationnel ; la position de la FNIL*, lors de la dernière réunion entre les 3 familles, apparait aux yeux des producteurs comme une véritable provocation et une remise en question du fait interprofessionnel.
La FNPL n’a jamais refusé de s’engager dans un travail sur la compétitivité de la filière française, à la seule condition que celle-ci ne se mesure pas uniquement au prix d’achat du lait.
Ce travail nécessite une transparence à tous les échelons de la filière que les transformateurs n’ont jamais réellement voulu consentir.
Les discussions qui vont s’ouvrir dans les CRIEL* devront permettre de répondre clairement à un certain nombre de questions :
- Avons-nous une autre ambition pour la filière laitière française que des marchés à la solde du beurre et de la poudre ?
- Les nouvelles relations à créer entre producteurs et entreprises peuvent-elles s’établir dans un projet gagnant-gagnant ?
- Et bien sûr, quel prix du lait au 2e trimestre pour quel espoir pour les producteurs ?
La filière laitière française est à un tournant ; jusqu’à aujourd’hui, elle a toujours su relever collectivement les défis.
Que chacun mesure ses responsabilités dans les jours qui viennent... »

*La prochaine réunion du CRIEL Nord Picardie a lieu le 31 mars.

 

 

 
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