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Les producteurs durcissent le bras de fer avec les industriels

Des actions coup-de-poing ont été menées par les éleveurs porcins contre des sites industriels, les 22 et 24 novembre. Ils réclament la mention d’origine VPF sur leurs produits.

26 novembre 2010 Le Syndicat Agricole Vu 1607 fois
Plus d’une centaine d’éleveurs de la grande région ont bloqué le site Herta de St-Pol-sur-Ternoise.

Plus d’une centaine d’éleveurs de la grande région ont bloqué le site Herta de St-Pol-sur-Ternoise. - © le syndicat agricole

«Les éleveurs de porcs exigent la mention d’origine de leurs produits ! » C’est ce qu’ont martelé les éleveurs de la Fédération nationale porcine (FNP), le 22 novembre, au cours d’actions syndicales « coup-de-poing » conduites partout en France contre les sites de groupes industriels qui refusent toujours d’apposer la mention d’origine VPF (Viande porcine française) sur les produits des éleveurs français. Il s’agit en particulier des groupes Aoste et Herta (Nestlé). Soutenue par la FNSEA, la FNP a décidé de « porter un coup de semonce et de durcir l’action syndicale débutée en septembre », a-t-elle expliqué dans un communiqué daté du 19 novembre. Le 3 novembre dernier, les industriels avaient opposé leur refus sur le sujet lors d’un Conseil d’administration de l’interprofession porcine Inaporc. Le 25 novembre au matin, un Conseil d’administration interprofessionnel exceptionnel était prévu pour rediscuter cette question, et tenter de trouver un consensus entre les différents maillons de la filière.

Un préalable
« Cette mention est un préalable essentiel pour obtenir une revalorisation du prix payé aux éleveurs », plaident les producteurs de la FNP. Ils indiquent d’ailleurs qu’ils veilleront « à ce que l’effort consenti puisse être soutenu par l’ensemble de l’aval ». En clair, la FNP et la FNSEA mettront aussi la pression sur les distributeurs afin que ces derniers passent également des hausses de prix aux transformateurs. De plus, l’objectif demeure également la répercussion (de la part des transformateurs et distributeurs) de la hausse des coûts de production dans les prix à la production.

Des trésoreries « exsangues »
La production porcine française connaît aujourd’hui une situation économique très délicate. Dans les élevages, les trésoreries sont « exsangues » après plus de trois années de crises successives, explique la FNP. Dans le même temps, la hausse du coût de l’aliment, provoquée par la flambée estivale des prix des céréales, a fait grimper le coût de production, fragilisant un peu plus les producteurs. La conclusion est donc sans appel à la FNP : les éleveurs de porcs « arrivent au bout de leurs capacités de résistance ». En outre, l’acceptation par les industriels du secteur de la viande bovine d’augmenter le prix payé aux producteurs il y a deux semaines, motive certainement les producteurs de porcs. Les éleveurs de bovins viande ont en effet montré que la détermination paie. En Pays de Loire, les éleveurs de la FRSEA Pays de la Loire, sa section porcine et les Jeunes Agriculteurs de la région ont campé toute la journée du mardi 22 devant le site de l’entreprise Aubret (groupe GAD) à Saint-Mars-la-Jaille, en Loire-Atlantique, bloquant les accès. Ailleurs, ce sont également des opérations de blocage ou de filtrage des accès de sites industriels qui ont été conduites. Deux étaient visés dans le Finistère et un autre dans le Morbihan, mais les lieux précis et les noms des entreprises n’ont pas été communiqués. Dans le Pas-de-Calais, c’est un site du groupe Herta qui a été ciblé à Saint-Pol-sur-Ternoise. Enfin, à l’appel des FRSEA Auvergne, Limousin et Rhône-Alpes, les éleveurs ont mené plusieurs actions du même type toute la journée du mercredi 24 novembre cette fois.

 

Zoom sur… L’indication « Transformé en France » trompe le consommateur !

Après quelques heures de blocage, une délégation emmenée par Jean-Michel Serres (président de la Fédération Nationale Porcine), Christian Durlin (président de la FDSEA 62), Jean-Marc Bellenguez (président de la Section porcine de la FDSEA 62), Antoine Huret (producteur de porcs), et composée d’autres responsables de la grande région, a rencontré Philippe Garrachon, directeur industriel de Herta France et son équipe dirigeante.
Les responsables syndicaux ont exposé les difficultés rencontrées par les producteurs, avec des coûts de production en constante augmentation, et dans un même temps des prix payés qui tirent à la baisse. Ils sont de plus fragilisés par les distorsions de concurrence, et en particulier par les facilités de production et d’abattage en Allemagne.
La France doit s’organiser, et cette organisation passe par la mise en avant de VPF (avec l’indication de la mention d’origine) par les producteurs, les distributeurs, mais surtout par les industriels. L’indication « transformé en France » ne suffit plus, d’autant qu’elle trompe le consommateur lors de son acte d’achat.
Philippe Garrachon a annoncé que, dans le cadre de son plan marketing, une progression de 40 % de l’étiquetage VPF est prévue (actuellement 10 à 20 % seulement des jambons « tendre noix » sont étiquetés VPF). Les responsables syndicaux ont insisté pour que l’entreprise Herta achète plus de porcs français.
Suite à la mobilisation des éleveurs, le directeur industriel d’Herta a également précisé qu’Olivier Bergère, directeur général Herta et membre de la FICT (Fédération des industriels charcutiers-traiteurs et transformateurs de viandes) avait l’intention de se positionner en faveur de la mention de l’origine au cours du Comité directeur de la FICT ce mardi. La FNP et les FDSEA surveilleront la confirmation de cette avancée, notamment lors de la réunion de l’interprofession.

Sidonie GRAUWIN

 

Précisions... Herta est averti !

Les éleveurs de la région Nord-Pas de Calais, Picardie, Champagne-Ardennes et Haute-Normandie ont bloqué de 5 h à 22 h les accès de l’usine Herta de St-Pol/Ternoise, dans le cadre du mot d’ordre d’action syndicale lancé par la Fédération nationale porcine. Ils ont, à cette occasion, reçu le renfort de Denis Gourdin et Philippe Tiquet, du syndicat cantonal, qui ont mis à disposition tracteurs et bétaillères pour bloquer l’accès de l’usine.
Christian Durlin et Pierre Hannebicque se sont également relayés tout au long de la journée pour être présents sur le site. À noter également le passage de Christophe Hochedé, président de la Section bovine, et de Denis Delporte, son homologue pour les céréales, qui ont tenu à marquer leur solidarité aux producteurs de porcs. Un geste qu’aura dû apprécier Jean-Marc Bellenguez, le responsable de la Section porcine de la FDSEA, en première ligne sur cette opération.
Denis Bollengier, vice-président de la FDSEA du Nord, et Claude Bonneville, trésorière, sont également venus soutenir leurs éleveurs.
Malgré les difficultés du moment liées au contexte économique, cette manifestation a donné lieu à un moment de convivialité autour du barbecue, entre les éleveurs de la grande région Nord qui ont pu échanger sur leurs problèmes.
Quant aux contrôles des camions, ils ont permis de découvrir la complexité de l’approvisionnement des sites industriels, à l’exemple de ce chauffeur venu livrer des pièces de porcs bretons, abattus à Rodez en Aveyron et transformés à St Pol avant d’être, sans doute, distribués dans une autre région de France… Et le bilan carbone dans tout cela ? Dire que l’on produit de si bons cochons dans notre région, abattus à deux pas de Herta, chez Bigard ! Que d’économies possibles pour revaloriser le prix du porc aux éleveurs !

Pascal DUMOUTIER

 

 

 
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