Événement
Un plan pour réduire de 25 % les antibiotiques en élevage
Le ministère de l’Agriculture a lancé officiellement, le 17 novembre, un plan en 40 mesures visant à réduire de 25 % en 5 ans l’utilisation des antibiotiques en médecine vétérinaire.
25 novembre 2011 Le Syndicat Agricole Vu 2628 fois
Chez les éleveurs, les visites sanitaires qui se pratiquent couramment dans les ateliers bovins seront étendues aux élevages porcins et avicoles. - © D. Poilvet
Il y a un plan de réduction de 50 % des pesticides d’ici 2018 dans le cadre du plan Écophyto 2018. Le ministère de la Santé a élaboré un plan national de diminution de l’utilisation des antibiotiques en médecine humaine. Désormais, la médecine vétérinaire est concernée, avec son premier plan national pour réduire l’antibiorésistance : c’est ce qu’a indiqué Jean-Luc Angot, directeur adjoint de l’alimentation, en charge du dossier au ministère de l’Agriculture. Annoncé début 2011 par Bruno Le Maire, ce plan national de réduction des risques d’antibiorésistance en médecine vétérinaire a été lancé officiellement le 17 novembre par le ministère de l’Agriculture. Il vise à réduire de 25 % l’utilisation des antibiotiques dans les 5 ans qui viennent, tout en préservant de manière durable l’arsenal thérapeutique à la disposition des professionnels, vétérinaires et éleveurs notamment.
Pas moins de 40 mesures sont prévues, réparties en 5 axes. Le premier porte sur la promotion de bonnes pratiques, ainsi que la sensibilisation des acteurs aux risques liés à l’antibiorésistance. Ainsi, par exemple, un Guide des bonnes pratiques de la prescription d’antibiotiques sera élaboré pour les vétérinaires.
Chez les éleveurs, les visites sanitaires qui se pratiquent couramment dans les ateliers bovins seront étendues aux élevages porcins et avicoles.
Deuxième axe : le développement de pratiques permettant d’éviter les recours systématiques aux antibiotiques. Jean-Luc Angot a ainsi évoqué l’encouragement à la vaccination et à la recherche de nouveaux antibiotiques, et la vulgarisation de techniques alternatives notamment.
Des orientations aux ambitions internationales
Troisième axe : l’encadrement et la réduction des pratiques à risque, en limitant par exemple la prescription des antibiotiques « critiques », dont il faut préserver l’efficacité pour l’homme.
Parmi les mesures prévues, la limitation du recours à certains types d’antibiotiques comme les fluoroquinolones chez les bovins, très utilisées pour le traitement des diarrhées néo-natales, l’interdiction des céphalosporines sur les porcelets et les poussins, notamment à titre préventif.
Également prévu, l’encadrement des pratiques commerciales liées à la vente des antibiotiques, qui lient souvent des vétérinaires aux laboratoires pharmaceutiques. Un décret en ce sens devrait être publié prochainement. Dans le viseur aussi, la limitation des marges sur la vente d’antibiotiques par les vétérinaires et le renforcement des contrôles.
Le quatrième axe vise à renforcer le suivi de la consommation des antibiotiques.
Ainsi, un observatoire sur leur utilisation sera créé au sein de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), et des enquêtes seront menées auprès d’échantillons représentatifs de vétérinaires et d’éleveurs pour repérer les types d’élevage les plus gros consommateurs d’antibiotiques (cf. p. 32-33).
Enfin, le cinquième axe vise à faire prévaloir les orientations françaises dans les enceintes internationales. Parce que la lutte contre l’antibiorésistance ne peut se limiter à notre territoire. C’est déjà en cours à Bruxelles, avec l’annonce quasiment simultanée des orientations du Commissaire à la santé et à la politique des consommateurs John Dalli. Les 12 orientations qu’il propose rejoignent les préoccupations françaises. Mais la partie sera plus difficile au sein de l’Office international de la santé animale (OIE). Comme elle l’a déjà décidé depuis plusieurs années, la France souhaite que l’usage des antibiotiques comme facteur de croissance soit interdit partout dans le monde. Car selon Jean-Luc Angot, la principale cause de l’antibiorésistance est l’utilisation généralisée des antibiotiques dans l’alimentation des animaux.

Ce plan s’inscrit déjà dans un contexte de baisse de la consommation d’antibiotiques dans les élevages : - 23 % en 2010 par rapport à 1999 . - © S. Grente
Zoom sur...
Lutte contre l’antibiorésistance :
le plan de Bruxelles
En même temps que la France, la Commission de Bruxelles a annoncé le 17 novembre son plan quinquennal de lutte contre la résistance aux antimicrobiens, les antibiotiques mais aussi les désinfectants, les antiseptiques et autres produits d’hygiène.
Moins précis que le plan français, les 12 orientations préconisées portent non seulement sur la médecine humaine, mais également vétérinaire.
Comme en France, John Dalli, commissaire européen à la santé et la politique des consommateurs, espère réduire l’usage des antibiotiques et promouvoir une utilisation raisonnée de façon à préserver l’arsenal thérapeutique. « On doit agir avec détermination si on veut éviter de perdre des médicaments antimicrobiens indispensables pour traiter les infections bactériennes tant chez l’homme que chez les animaux », a-t-il indiqué.
Ainsi propose-t-il, pour ce qui est de la santé animale, de renforcer la législation dans le domaine des médicaments vétérinaires et des aliments médicamenteux pour animaux, d’élaborer des recommandations pour une utilisation plus avisée des antimicrobiens en médecine vétérinaire.
Au programme également, la prévention des infections chez les animaux grâce à de meilleures pratiques d’élevage, et l’amélioration de la surveillance de la résistance aux antimicrobiens. La Commission publiera un rapport en 2015 sur les progrès réalisés et les lacunes constatées et pourrait donc, au vu des conclusions du rapport, aller plus loin, en révisant le cadre européen en la matière.
Selon Bruxelles, chaque année, 25 000 personnes meurent en Europe à la suite d’infections provoquées par des bactéries résistantes aux médicaments.
Moins précis que le plan français, les 12 orientations préconisées portent non seulement sur la médecine humaine, mais également vétérinaire.
Comme en France, John Dalli, commissaire européen à la santé et la politique des consommateurs, espère réduire l’usage des antibiotiques et promouvoir une utilisation raisonnée de façon à préserver l’arsenal thérapeutique. « On doit agir avec détermination si on veut éviter de perdre des médicaments antimicrobiens indispensables pour traiter les infections bactériennes tant chez l’homme que chez les animaux », a-t-il indiqué.
Ainsi propose-t-il, pour ce qui est de la santé animale, de renforcer la législation dans le domaine des médicaments vétérinaires et des aliments médicamenteux pour animaux, d’élaborer des recommandations pour une utilisation plus avisée des antimicrobiens en médecine vétérinaire.
Au programme également, la prévention des infections chez les animaux grâce à de meilleures pratiques d’élevage, et l’amélioration de la surveillance de la résistance aux antimicrobiens. La Commission publiera un rapport en 2015 sur les progrès réalisés et les lacunes constatées et pourrait donc, au vu des conclusions du rapport, aller plus loin, en révisant le cadre européen en la matière.
Selon Bruxelles, chaque année, 25 000 personnes meurent en Europe à la suite d’infections provoquées par des bactéries résistantes aux médicaments.
Réaction « à chaud » de la FNSEA
« Il est important de rappeler que l’on ne peut pas laisser les éleveurs dans une impasse, et que l’on ne peut pas accepter de se trouver démuni pour protéger la santé et le bien-être des animaux. Il est important de lier la baisse de l’usage des antibiotiques à la disponibilité de moyens techniques et de produits alternatifs.
(...) Concernant les distorsions de concurrence avec les pays tiers, il n’est pas normal que les concurrents qui importent en Europe les mêmes produits ne soient soumis à aucune obligation. Il y a un problème de concurrence loyale. Le plan Antibiotiques a raison d’insister dans sa « mesure 40 » sur la nécessité d’appliquer des règles de réciprocité visant l’introduction des denrées venant des pays moins avancés sur ces thématiques.
Mais à ce stade, cette mesure reste incantatoire et la notion de réciprocité et de concurrence juste et équitable renvoie clairement à la façon dont l’Europe sera à la fois forte et protectrice. »
(...) Concernant les distorsions de concurrence avec les pays tiers, il n’est pas normal que les concurrents qui importent en Europe les mêmes produits ne soient soumis à aucune obligation. Il y a un problème de concurrence loyale. Le plan Antibiotiques a raison d’insister dans sa « mesure 40 » sur la nécessité d’appliquer des règles de réciprocité visant l’introduction des denrées venant des pays moins avancés sur ces thématiques.
Mais à ce stade, cette mesure reste incantatoire et la notion de réciprocité et de concurrence juste et équitable renvoie clairement à la façon dont l’Europe sera à la fois forte et protectrice. »
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