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Crise porcine

Un millier d’éleveurs sur la pelouse des Invalides

Des éleveurs venus de toute la France se sont rendus à Paris mercredi pour sensibiliser les parlementaires, l’opinion et les pouvoirs publics aux graves difficultés qu’ils traversent.

27 janvier 2011 Le Syndicat Agricole Vu 1196 fois
Les éleveurs exigent l’application immédiate de l’accord interprofessionnel signé le 15 décembre 
afin de sauvegarder la crédibilité de la filière française dans son ensemble.

Les éleveurs exigent l’application immédiate de l’accord interprofessionnel signé le 15 décembre afin de sauvegarder la crédibilité de la filière française dans son ensemble. - © P. Garaude

Succès pour la mobilisation des producteurs de porcs à l’appel de la FNP (Fédération nationale porcine), des FDSEA et des Jeunes Agriculteurs, avec le soutien de la FNSEA, le mercredi 26 janvier à Paris. Venus du Grand Ouest, mais aussi de toute la France (Massif central, Centre, Nord, Est de la France, Rhône-Alpes), ils étaient plus d’un millier à s’être rendus sur la place des Invalides à Paris. À un jet de pierre de l’Assemblée nationale, ils entendaient interpeller les parlementaires sur les graves difficultés auxquelles ils sont confrontés. Quatre ans de crises ont épuisé leurs trésoreries. Aujourd’hui les producteurs font face à de nouvelles hausses des coûts de production, alors que les précédentes n’ont pas été répercutées dans les prix de vente.
Conséquence de la flambée du prix des céréales, le coût de production s’établit actuellement à 1,55/1,60 € par kilo de carcasse, pour un prix moyen du porc commercialisé de 1,25/1,30 € par kilo de carcasse. Soit une perte de 25 à 30 € par porc, estime Jean-Michel Serres, le président de la Fédération nationale porcine. Et la situation risque de s’aggraver encore avec l’annonce de nouvelles augmentations de 30 à 40 €/t sur le prix de l’aliment.
À cela est venu s’ajouter depuis quelques semaines la crise de la dioxine en Allemagne, qui a plongé le marché européen de la viande porcine dans une nouvelle tourmente. Les prix allemands ont perdu 0,36 €/kg en quelques semaines.
Jusqu’à présent, la filière française a résisté à la contagion allemande. Mais jusqu’à quand ? L’arrivée massive de viandes premier prix complètement banalisées ne pourrait que précipiter les cours à la baisse en France et dans toute l’Union européenne.

Jouer la carte française avec VPF
La présence massive des éleveurs à Paris signifiait clairement que les industriels et les distributeurs devaient jouer la carte française, à travers la mise en place « immédiate » de la mention d’origine, conformément à l’accord interprofessionnel du 15 décembre dernier, et l’affichage du logo VPF (Viande de porc française) sur tous les produits répondant au cahier des charges. Il était prévu que ces dispositions se mettent progressivement en place dans le courant du 1er semestre 2011, mais Jean-Michel Serres entend accélérer le processus pour échapper à la pression allemande. En effet, eu égard à la situation sanitaire en Allemagne, il appartient au consommateur d’être sécurisé et d’être clairement informé sur l’origine du produit. Les Belges ont adopté la même démarche : ils encouragent les consommateurs à acheter national.

Le soutien des parlementaires
La FNP plaide également pour le déclenchement rapide d’un stockage privé qui permettrait d’alléger le marché. « Mais avec l’obligation d’exporter », insiste le président de la FNP, pour ne pas retrouver sur le marché communautaire dans quelques semaines ou quelques mois les viandes qui ont été retirées. Bruxelles n’exclut pas la première mesure, mais se refuse à imposer la seconde.
Au-delà des mesures urgentes de soutien du marché, la FNP plaide pour la mise en œuvre d’une « année blanche » pour tous les éleveurs. C’est-à-dire le report en fin de tableau d’amortissement des annuités de remboursement. Pas question en effet pour les éleveurs de subir de nouvelles charges au moment où leurs trésoreries sont exsangues.
Message reçu par la représentation nationale. Les éleveurs réunis à Paris ont reçu le soutien d’un certain nombre de députés. Et notamment de Marc Le Fur, le député des Côtes d’Armor à l’origine de l’amendement sur les installations classées. Lors de la séance des questions orales, mercredi après-midi, il devait interpeller le ministre de l’Agriculture sur la détresse des éleveurs et les moyens d’y faire face.

 

Zoom sur... La solidarité des producteurs de volailles

La Confédération française de l’aviculture (CFA) a apporté son soutien aux producteurs de porcs qui ont manifesté à Paris. « Si la situation est particulièrement dramatique pour les éleveurs de porcs, l’ensemble des productions animales est confronté à la hausse considérable des coûts de production », estime la CFA. En rappelant que les entreprises avicoles n’ont d’autre solution que de répercuter à la grande distribution l’augmentation des charges. Et que les distributeurs ne doivent pas bloquer ces nécessaires revalorisations, eu égard aux graves difficultés que traversent les producteurs de porcs et de volailles.

 

Interview de Benjamin Dennequin, responsable de la Section porcine pour les JA du Nord

« Nous travaillons entre 70 et 80 h par semaine pour ne dégager aucun revenu »

Pour quelles raisons avez-vous décidé de participer à la manifestation des éleveurs à Paris ?
Nous sommes allés faire entendre notre voix concernant le prix du porc et la baisse de nos revenus. Nous subissons de plein fouet la hausse du prix de l’aliment avec un cours du porc qui ne bouge pas. On est en train de nous laisser mourir. Ce n’est plus tenable de travailler entre 70 et 80 h par semaine pour ne dégager aucun revenu. Nous ne souhaitons pas une baisse du cours des céréales, qui est une bonne chose pour les céréaliers, mais une hausse du prix de la viande.

Qu’attendez-vous de cette journée ?
Nous attendons de la part des pouvoirs publics qu’ils soient plus regardants sur les marges de la grande distribution. Ils réalisent entre 35 et 40 % de marge sur les produits issus du porc. On considère qu’il serait normal que les éleveurs en bénéficient aussi. Par ailleurs, je souhaiterai voir plus de solidarité de la part de la profession vis-à-vis des éleveurs de porcs de la région. Nous ne nous sentons pas suffisamment soutenus.

Qu’est-ce qui a changé pour en arriver à une telle situation ?
Dans la production porcine, nous sommes habitués à subir une année de crise, mais avant elle était suivie pas une bonne année qui permettait de compenser. Là, la crise dure depuis 4 ans pour nous. Il faut nous aider car il y a toute une économie qui tourne autour de l’élevage de porcs. On estime qu’en moyenne, un producteur génère 7 emplois par son activité.

Propos recueillis par Virginie Charpenet

 

 

 
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