Sécheresse : la situation ne cesse de s’aggraver
Le dernier bilan du ministère de l’Écologie, le 6 mai, faisait état de 17 départements concernés par des mesures restreignant certains usages de l’eau. - © DR
La situation s’aggrave sur le front de la sécheresse.
Dans un courrier daté du 10 mai, Xavier Beulin, le président de la FNSEA, a demandé au ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire « d’obtenir l’autorisation de récolter le couvert des jachères et d’y faire pâturer les animaux, en dérogation des règles d’entretien minimal des terres fixées dans le cadre de la conditionnalité de la PAC ». Il s’agit notamment de permettre aux départements de « déroger à l’interdiction de fauchage des jachères qui s’applique pendant une période de 40 jours consécutifs entre le 1er mai et le 15 juillet ». Le responsable syndical cite, dans sa lettre, le chiffre « de 30 à 50 % de diminution de rendement de la première coupe de fourrage ». « La situation de nombreux éleveurs devient inquiétante face au manque de fourrage », prévient-il. Évidemment, « cette utilisation des surfaces en gel doit rester sans incidence sur leur prise en compte comme particularités topographiques ou comme bandes tampons », conclut Xavier Beulin. À toutes ces demandes, le ministre de l’Agriculture devait peut-être répondre dès le 11 mai lors d’un déplacement dans la Vienne en fin d’après-midi.
Des départements sous restrictions
De son côté, la ministre de l’Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet, s’est déclarée le 10 mai « vraiment inquiète » de la sécheresse en cours, et a indiqué que des restrictions avaient été prises dans une vingtaine de départements. À un journaliste qui lui demandait sur RMC/BFM-TV si elle était inquiète, la ministre a répondu : « vraiment ». « On va sur quelque chose qui peut être très, très pénalisant », a-t-elle ajouté.
Plus tard, lors de la séance des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, la ministre a rappelé que la « situation est très difficile ». « Ce mois d’avril est l’un des plus secs que nous ayons connu depuis 1959, et ça fait 4 mois que ça dure », a-t-elle déclaré, ajoutant : « Nous démarrons la saison estivale, ou presque, avec des nappes d’eau très basses, et une couche supérieure du sol extrêmement sèche, plus sèche encore qu’en avril 1976 ».
Le dernier bilan du ministère de l’Écologie, le 6 mai, faisait état de 17 départements concernés par des mesures restreignant certains usages de l’eau, principalement autour de la région Poitou-Charentes.
« Il s’agit d’abord de restreindre les usages les moins prioritaires, les pelouses, le remplissage des piscines privées, le lavage des voitures », a expliqué Nathalie Kosciusko-Morizet.
Usages prioritaires
« Et l’objectif est de préserver les usages prioritaires : la santé, l’eau potable, la vie aquatique, et de limiter la pression sur les usages économiques, notamment l’agriculture », a-t-elle poursuivi.
La ministre a par ailleurs confirmé la tenue le 16 mai d’une réunion du « comité sécheresse », rassemblant tous les acteurs, « les particuliers, les industriels, les agriculteurs, les producteurs d’énergie », pour faire « un point sur les mesures que nous pouvons prévoir ». Le ministère de l’Agriculture lui-même avait prévu un premier bilan le 12 mai.
À plus long terme, la ministre de l’Environnement a indiqué qu’elle souhaitait réduire la consommation d’eau en France de 20 % d’ici à 2020. « Avec l’effet de serre, nous allons avoir de plus en plus de sécheresse », a-t-elle averti.
Précisions... Stocks mondiaux 2011/2012 : les plus fortes tensions attendues sur le blé
Dans un communiqué daté du 9 mai et 2 jours avant la publication du rapport du ministère de l’agriculture américain (USDA) sur les stocks mondiaux 2011/2012, la société de conseil en gestion du risque des prix agricoles, Offre & Demande Agricole (ODA), a publié ses propres estimations pour le blé, le maïs et le soja. Sur la campagne blé 2011/2012, ODA s’attend à une baisse du stock de fin de campagne à 170 millions de tonnes (Mt), contre 183 Mt au 30 juin 2011. Les prix élevés des céréales ont incité les producteurs à semer plus de surfaces en blé, mais l’état des cultures et la situation hydrique actuelle dans l’Union européenne, aux États-Unis et en Afrique du Nord « incitent à estimer le rendement mondial sur un niveau moyen », souligne ODA. Elle évalue la production mondiale en 2011 à 658 Mt, contre 647 en 2010, et s’attend à une hausse de 1,2 % de la consommation mondiale, à 672 Mt. En maïs, le stock fin pour 2011/2012 est attendu en hausse de 10 Mt par rapport à 2010/2011, à 129 Mt.
La production augmenterait grâce à une hausse des superficies – notamment au Canada, en Ukraine, en Russie et surtout aux États-Unis –, liée à la bonne rentabilité du maïs en comparaison des autres productions. ODA estime la production mondiale en 2011 à 856 Mt, contre 813 en 2010. La consommation mondiale de maïs se situerait, elle, à 850 Mt (+ 14 Mt), en raison surtout de la croissance de la consommation asiatique. Enfin, en soja, le stock en fin de campagne 2011/2012 est attendu en baisse par rapport à la campagne en cours. Il pourrait atteindre 55 Mt, contre 61 Mt en 2010/2011. « Cela reste un niveau de stock confortable », commente ODA. La demande devrait continuer d’augmenter au Brésil et en Argentine, à destination finale du biodiesel. Et la consommation alimentaire de la Chine continuera sur un rythme élevé.
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