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Comptes de l’agriculture

Le revenu agricole s’est effondré en 2009

Annus horribilis pour les agriculteurs. La baisse de revenu atteint en moyenne 34 %. Davantage pour les producteurs de lait, les céréaliers et les arboriculteurs.

17 décembre 2009 Le Syndicat Agricole Vu 1088 fois
Revenu agricole par actif (RCAI/UTANS).

Revenu agricole par actif (RCAI/UTANS). - © le syndicat agricole

Les chiffres officiels viennent de confirmer la situation de crise qu’ont vécue tous les agriculteurs en 2009 à l’origine de plusieurs manifestations. Après avoir reculé de 20,3 % en 2008, le revenu net d’entreprise agricole par actif non salarié aurait plongé de 34,4 % en 2009 en terme réels, selon la Commission des comptes de l’Agriculture réunie, le 14 décembre. Toutes les productions ont été frappées : la baisse moyenne des prix agricoles a atteint 8,8 % en moyenne, et la valeur de la production agricole a décru de 5,5 milliards d’euros, dont 2,8 milliards d’euros pour la production végétale, et 2,7 milliards pour la production animale, et cela malgré une conjoncture météorologique plutôt favorable pour l’ensemble des productions agricoles.
Ni la chute des prix des aliments (- 11 %), ni celle de la facture énergétique (- 35 % pour le prix du fuel), ni le maintien des subventions ne sont parvenus à corriger l’effondrement des prix des productions végétales et des productions animales.

Producteurs de lait : - 54 %
Bien entendu, les plus touchés ont été les producteurs de lait. La chute du prix du lait, amorcée en 2008, s’est poursuivie en 2009 : il a diminué en moyenne de 16 %. Et la collecte a également diminué à cause de la crise. Résultat : le revenu des producteurs a chuté de 54 %, malgré la réduction des charges.
Les céréaliers ne sont guère mieux lotis. Malgré une production record, les prix se sont effondrés : la baisse du prix du blé est estimée à 25 %, le retournement du marché mondial et le poids des stocks pesant sur les cours. Pour l’orge, la baisse est encore plus importante, de l’ordre de 35 %, en raison d’une demande peu soutenue et d’un stock de report important. Pour le maïs, la baisse est plus modérée (- 7 %), sous l’effet d’une production mondiale en recul et d’une demande soutenue poussée par l’éthanol.
Pour les oléagineux, la récolte s’est accrue de 15 % en raison de l’augmentation des surfaces et des rendements. Mais les prix se sont effondrés : 18 % pour le colza et 20 % pour le tournesol du fait de la forte progression des récoltes mondiales. Également en progrès, la récolte de protéagineux (+ 29 %), mais avec des prix en net repli. Seules les betteraves ont échappé dans une certaine mesure à la crise avec une production en hausse (+ 9 %) et des prix maintenus par rapport à 2008 (+ 1 %).
Bref, pour les exploitations de grande culture, la hausse du coût des engrais achetés à une période de prix élevés, a joué défavorablement. Et malgré des achats fortement réduits, les charges de consommations intermédiaires ont peu varié par rapport à 2008. Si bien que le revenu des exploitations spécialisées en céréales et protéagineux chuterait de 51 % par rapport à 2008.

Les productions de viande moins pénalisées
La crise n’a pas épargné non plus les productions fruitières et légumières. Malgré une réduction des surfaces de vergers, les récoltes de fruits ont été abondantes en 2008. Mais les prix n’ont pas suivi, ceux d’été, comme ceux d’automne (pommes et poires). Les récoltes de légumes ont légèrement décru et les prix ont diminué pour les tomates et les carottes, alors qu’ils ont mieux résisté pour les choux-fleurs. Les producteurs de pommes de terre ont vu les prix chuter.
Au final, le revenu des producteurs s’est effondré de 53 % pour les exploitations fruitières et de 34 % pour le maraîchage et l’horticulture.
Situation contrastée pour la viticulture. Certes la production de vin s’est redressée en 2009 après trois années de baisse. Mais les prix se sont améliorés en viticulture courante, alors qu’ils ont régressé en viticulture d’appellation. Conséquence, le revenu des premiers a progressé de 39 %, celui des seconds a reculé de 8 %.
Dans les productions de viande, la conjoncture bovine n’a guère été porteuse. Les prix des gros bovins et des veaux se sont repliés de 3 %, ceux des porcs de 7 %. Mais la baisse sensible du coût de l’alimentation animale entraîne un net recul des dépenses d’approvisionnement. Ainsi, le moindre poids des charges permet une relative amélioration du revenu des éleveurs bovins viandes en 2009 (+ 17 %), qui n’efface pas la baisse cumulée de 52 % des années précédentes. Idem pour les producteurs de porcs et de volailles qui voient leur revenu progresser de 10 % malgré la diminution des prix à la production. Également en progrès, le revenu des éleveurs ovins qui voient leur revenu s’améliorer de 22 %, en raison d’une amélioration des prix, malgré un recul des volumes.

 

Réactions - Orama : réparer l’erreur

Après la chute de 34 % en 2008 et de 51 % en 2009, le revenu des céréaliers ne devrait atteindre que 15 000 € pour une exploitation de 115 hectares avant impôt et cotisations sociales de l’agriculteur, la situation étant pire dans certaines régions du sud de la France où les récoltes ont été mauvaises, estime Orama. En plus, la situation risque de durer, en raison du niveau élevé des stocks. Pour Orama, il est temps de remettre en cause le prélèvement de 60 à 100 €/ha sur les paiements directs qu’a décidé d’opérer le gouvernement dans le cadre du bilan de santé de la PAC. Bref, les pouvoirs publics « doivent réparer leur erreur » en pariant sur des prix de céréales et d’oléagineux durablement élevés.

Réactions - FNSEA : l’effet de la dérégulation

Pour la FNSEA, l’effondrement du revenu en 2009 est la première conséquence de la volatilité des prix et de la dérégulation des marchés. « La publication des comptes de l’agriculture en 2009 vient hélas confirmer, encore une fois, l’extrême vulnérabilité de notre agriculture, que l’Europe sacrifie sur l’autel des échanges internationaux avec l’abandon de tous les outils de régulation ». Et de souligner que le plan de soutien annoncé par Nicolas Sarkozy ne représente « qu’une bouffée d’oxygène » et qu’il devra « être renforcé ». Avant d’appeler de ses vœux « une PAC plus souple, plus réactive, plus efficace, régulatrice des marchés » et « des filières mieux structurées qui sauront construire un prix rémunérateur pour les agriculteurs ».

 

Point de vue de Christian DURLIN et Marc RUSCART, respectivement président de la FDSEA 62 et président de la FDSEA 59.

Des revenus en totale dépression

Les médias l’ont annoncé, les agriculteurs le savaient : les revenus agricoles ont chuté en 2009. Une baisse de 34 % qui vient s’ajouter aux 20 % de baisse en 2008.
Nous avons retrouvé le niveau de revenu de la fin des années 70 alors que le revenu disponible par habitant a, en moyenne, plus que doublé.
L’ensemble des productions est concerné. Les grandes cultures, les fruits et légumes, le lait ont rejoint les productions de viande déjà en crise depuis plusieurs années.
On nous assène actuellement des commentaires en tout genre sur la gravité et la profondeur de la crise financière et économique.
Mais à notre connaissance, aucun secteur n’a connu une telle chute du revenu du travail. Qui accepterait aujourd’hui de partir au travail en sachant qu’après sa journée, il rentrera chez lui sans rémunération, et parfois même en y mettant de sa poche ?
Cette situation traduit bien l’échec de la politique agricole française et européenne. Nicolas, José Manuel et les autres, assumez vos responsabilités !
Arrêtez de nous « enfumer » avec vos discours sur l’importance de l’agriculture dans l’économie, dans les territoires, sur la volonté de maintenir un nombre d’exploitations pour soutenir un tissu rural. Vos actes sont à cent lieues de vos discours. Chaque jour vous libéralisez un peu plus les marchés, chaque jour vous affaiblissez un peu plus l’exploitation familiale pour laisser la place à une agriculture de capitaux, chaque jour vous organisez davantage l’asphyxie des exploitations par une réglementation toujours plus contraignante.
Quelles ont été vos réponses sur la crise du lait, de la viande, des fruits et légumes ? Aucune mesure concrète annoncée.
Nous vous avions demandé une année blanche pour aider vos paysans à passer la crise : vous nous avez répondu par un plan en demi-mesure, certes que nous prenons, mais qui est loin de compenser les dizaines de milliards d’euros perdus par l’agriculture.
Vous avez des rendez-vous dans les mois à venir. En particulier, celui de la PAC, par son budget et ses orientations pour l’après 2013.
Nous verrons alors quelles sont vos véritables intentions pour les agriculteurs, dont vous avez la responsabilité.
Mais, plus près, il y a la Loi de modernisation agricole. Celle-là, elle est française. Nous attendons des décisions fortes, sur les questions foncières, sur les avancées fiscales (la DPA en particulier), et surtout sur le rééquilibrage dans les négociations de prix, à l’intérieur d’interprofessions renforcées.
Montrez-nous que la chute des revenus agricoles ne vous laisse pas indifférents et que vos décisions redonneront des perspectives.
Les agriculteurs sont prêts à donner à leur pays toute la dynamique économique possible.
À chacun de prendre ses responsabilités !

 

 

 
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