Le Syndicat Agricole 20 novembre 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Événement - « Les producteurs ne vont pas mourir sans rien faire! »

Le congrès de Légumes de France se déroule à Lamotte-Beuvron (41) les 20 et 21 novembre. Jacques Rouchaussé, son président, revient sur les raisons de la colère des producteurs.

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« La production est au bord du désespoir suite à la non-prise en compte par notre ministre de l’importance des dégâts de l’embargo et de la situation générale depuis le début de l’année. »
« La production est au bord du désespoir suite à la non-prise en compte par notre ministre de l’importance des dégâts de l’embargo et de la situation générale depuis le début de l’année. » - © P. Cronenberger

La Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF), Légumes de France, Felcoop et le Gefel ont quitté le dernier Conseil spécialisé fruits et légumes de FranceAgriMer le 12 novembre, « avant la présentation des éléments budgétaires 2015 », en signe de mécontentement. L’amont de la filière fruits et légumes s’élève contre les baisses budgétaires et l’abandon programmé de la Taxe fiscale affectée (TFA) qui finance actuellement le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL), menaçant ce dernier de disparition. Les quatre organisations regrettent l’absence de concertation de la part des pouvoirs publics, dans une situation économique difficile amplifiée par les conséquences de l’embargo russe. Dans ce contexte compliqué, Jacques Rouchaussé, président de Légumes de France, a répondu à nos questions en amont du congrès de l’association spécialisée de la FNSEA, qui se déroule les 20 et 21 novembre à Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher).

Malgré les reports de cotisations de la MSA proposés par Stéphane Le Foll en septembre dernier, les légumiers sont toujours en colère, pourquoi ?
Nous sommes dans l’attente de décisions réelles. À ma connaissance, l’enveloppe dédiée à la prise en charge des cotisations sociales de 23 millions d’euros n’a pas encore été dispatchée entre les MSA. Pire, nous devons toujours faire face à l’embargo russe. Nous n’avons jamais été satisfaits des mesures européennes ; le prix proposé pour le retrait des produits est bien inférieur à notre prix de production. On ne pourra pas compenser les pertes subies. Légumes de France demandait une révision du prix de retrait, variable en fonction des pays selon le coût de la main-d’œuvre. Au final, le prix est uniforme pour toute l’Europe. Par exemple, le coût de retrait de la tomate est de 28 centimes alors que le prix de revient français est de 1,02 euro. Cette année a été chaotique pour les légumiers ; les endiviers sont en procès, la carotte est en crise, les fraises ont été concurrencées par l’Espagne...

À l’heure du congrès de Légumes de France, où en est-on ?
La production est au bord du désespoir suite à la non-prise en compte par notre ministre de l’importance des dégâts de l’embargo et de la situation générale depuis le début de l’année. Nos producteurs ne croient plus en rien, ils sont désabusés mais, par contre, il faut faire attention (...) car ils ne vont pas mourir sans rien faire ! Toutes les productions sont impactées par la guerre des prix de la grande distribution, la baisse de consommation et l’embargo russe. Pas un territoire qui s’en sort mieux qu’un autre, pas une production qui n’est passée à la moulinette : la crise de 2014 est sans pareil. On est en braderie permanente pour compenser la baisse de pouvoir d’achat. La solution réside dans un partenariat gagnant-gagnant avec la grande distribution pour remettre de la valeur sur nos produits. Cela ne veut pas dire qu’il faut augmenter le prix à la consommation mais plutôt instaurer une réelle contractualisation sur un volume et un prix à tous les échelons.

Vous demandez également plus de flexibilité sur l’embauche...
Laissons-nous le droit de pouvoir embaucher et débaucher quand on veut ! Ainsi, on introduira de la main-d’œuvre supplémentaire sur nos exploitations. Nous n’avons que des CDD car nous avons peur de signer des CDI à cause d’une loi trop contraignante. Il faut libéraliser les contrats de travail. Ces propos peuvent paraître durs pour un salarié, mais s’il fait l’affaire, je ne vois pas pourquoi on le débaucherait.

Le compte pénibilité, qui sera mis en place au 1er janvier 2015, ne satisfait pas les exploitants agricoles. Pourquoi ?
Concrètement, le compte pénibilité fonctionne ainsi : plus le travail des salariés est pénible, plus l’exploitant cotise et le salarié cumule des points pour anticiper sa retraite. Aujourd’hui, nous sommes 33 000 entreprises légumières avec 20 000 emplois directs : dire que notre métier est pénible rendra difficile la valorisation de l’embauche. Pour les producteurs de légumes, la principale disposition concerne les gestes répétitifs, cela va forcément introduire des conflits entre les salariés et les employeurs car la définition est floue. C’est comme la pénibilité appliquée aux températures extrêmes (au-dessous de 5 °C et au-dessus de 30 °C), un salarié qui travaille dans les serres de tomates passe souvent de 30 °C sous serres à moins de 5 °C dans les frigos. Comment doit-on calculer ?

Que demandez-vous à Stéphane Le Foll lors du congrès ?
On veut lui dire qu’on a besoin d’un ministre de l’Agriculture pour redonner de l’économie au niveau de notre filière, pour conforter et augmenter l’emploi, pour augmenter la production, pour satisfaire le consommateur sur l’origine France et pour récréer de la dynamique dans la filière. On a des projets d’installation pour les jeunes, on a des projets pour moderniser, on a planché sur un plan stratégique à 2025 et aujourd’hui, on nous bloque tout !

Propos recueillis par Noémis Debot-Ducloyez

3 questions à Sébastien Menu président de la Section légumes de la FDSEA du Nord

« La filière régionale doit se poser la question du modèle économique qu’elle veut choisir »

Comment la production légumière du Nord-Pas de Calais s’en sort-elle dans ce contexte difficile ?
La région se distingue par deux modèles économiques. Il y a les grosses exploitations, très spécialisées, avec beaucoup de salariés et souvent de lourds investissements, et des exploitations plus petites, avec de la main-d’œuvre familiale et une production très diversifiée. Aujourd’hui, ce sont surtout les grosses structures qui accusent le coup avec des charges de personnel très importantes. Elles produisent de gros volumes et sont obligées de passer par les centrales d’achat pour écouler leur marchandise. Les petites exploitations arrivent à mieux valoriser leurs productions, notamment en local. Elles sont plus flexibles, ce qui leur permet de mieux s’adapter à la demande des clients. Autre atout des productions diversifiées : quand un légume va mal, on peut compenser avec un autre. Les spécialisés sont plus impactés quand il y a une mauvaise année. La filière fruits et légumes régionale doit se poser la question du modèle économique qu’elle veut choisir dans un contexte où les installations sont malheureusement très rares.

Quelles sont les relations avec les distributeurs dans la région ?
Comme partout ailleurs, c’est tout ou rien. Quand le commerce va bien, ils achètent la marchandise. Par contre, en période difficile, le refus d’un lot est vite arrivé. Ils se livrent à une bataille pour le moins cher, mais ils veulent quand même de beaux produits. Dans notre région, les magasins trouvent toujours moins cher ailleurs, avec des légumes produits dans des conditions moins contraignantes qu’en France.

Les conséquences de l’embargo russe se font-elles ressentir dans la région ?
Pour l’instant ce n’est pas le cas. Il y avait notamment des craintes de voir les volumes d’oignons hollandais, qui partent habituellement vers la Russie, se reporter sur le marché français mais les Hollandais semblent avoir trouvé d’autres marchés de substitution. Globalement, l’année n’est pas euphorique mais pas catastrophique non plus. En endives et en poireaux, les prix se maintiennent pour le moment à un niveau correct.

Propos recueillis par Virginie Charpenet

Un espoir pour la filière ?

La Fédération des producteurs de légumes de France et le groupe Carrefour se sont entendus pour « soutenir la production et les producteurs français de légumes du quotidien (...) pendant leur pleine saison », indique un communiqué des deux organisations. L’accord qui a été signé le 14 novembre engage l’enseigne à ne proposer que des légumes de saison 100 % origine France, une démarche qui devrait également se poursuivre pour les légumes de printemps-été.
Les consommateurs pourront repérer ces produits grâce à un étiquetage spécifique.
« Les légumes subissent une crise sans précédent et il est important que producteurs et distributeurs agissent de concert », a commenté Jacques Rouchaussé, président de Légumes de France.

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