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Le froid marque le retour du « weather market » sur les marchés céréaliers

Il est encore tôt en Europe de l’Ouest pour estimer les dégâts que causerait le gel, mais d’ores et déjà, des pays comme l’Ukraine publient des estimations de pertes.

09 février 2012 Le Syndicat Agricole Vu 2676 fois
Mots clés : dégâtsGel
Dans la région, la vague de froid est survenue dans un contexte d’avance végétative d’une dizaine de jours, due à un automne doux et à des températures inférieures à la moyenne au mois de janvier.

Dans la région, la vague de froid est survenue dans un contexte d’avance végétative d’une dizaine de jours, due à un automne doux et à des températures inférieures à la moyenne au mois de janvier. - © DR

«Depuis le début de la semaine, les cours du blé tendre ont gagné entre 5 à 10 €/t sur l’échéance Mars de l’Euronext, suite aux anticipations du marché quant à des pertes en production dues au froid », explique Camille Paugam, d’Horizon Soft Commodities.
Les températures basses ont atteint un record de - 33 °C le 1er février en Ukraine, selon les services météos du pays. En Russie, sur l’Est de la mer Noire, une des régions majeures en ce qui concerne la production de céréales, les températures sont passées au-dessous des - 17 °C et jusqu’à - 24 °C plus au Nord sur la Volga.


Le marché anticipe, les cours progressent
« La couche de neige est limitée sur le Sud de la Russie et de l’Ukraine, ce qui constitue une menace potentielle pour les cultures, qui ne sont pas protégées, vu les conditions hivernales actuelles », indique Camille Paugam.
« Cette situation s’inscrit dans la continuité du temps sec observé depuis cet été sur les régions de la mer Noire et ayant déjà affaibli les cultures avant leur entrée dans l’hiver », souligne la spécialiste. Cependant, un redoux est attendu dès la fin de la semaine.
Si les marchés à terme se sont repliés le 2 février suite à des prises de profit sur les marchés à terme, les tensions restent vives. La moindre information quant à l’état des cultures, ou à un risque de leur dégradation, a ainsi tendance à faire surréagir les marchés.
D’autre part, le blocage des capacités logistiques dans l’Est de l’Europe par les conditions hivernales pourrait ralentir la logistique de ces zones. Mais Camille Paugam tempère en soulignant que « les exportateurs de la mer Noire ont déjà bien dégagé la récolte 2011 ». Concernant le blé tendre, elle se veut rassurante en faisant état d’un bilan mondial toujours bon.


L’Ukraine pourrait changer la donne
« La récolte de céréales d’hiver en Ukraine pourrait chuter de 42 à 58 % pour s’établir aux alentours des 10 à 14 Mt, contre 24 Mt en 2011 » selon les services météos d’État ukrainiens. Mais, encore une fois, il ne faut pas sous-estimer les capacités des agriculteurs du pays à ressemer les parcelles détruites au printemps.
Cependant, les analystes agricoles ukrainiens soulignent que les cultures de blé d’hiver perdues ne seront pas toutes remplacées par des blés de printemps. Ils s’attendent ainsi à une forte hausse des semis de maïs après l’hiver. Selon eux, « en 2012, l’Ukraine pourrait voir sa récolte de maïs progresser de 10 % par rapport à 2011 pour atteindre les 25 Mt ».
Ainsi, les destructions hivernales de blé d’hiver en Ukraine confirmeraient les attentes de hausse de la production du maïs du pays en 2012. Du côté de la Russie, si les projections de pertes en culture d’hiver ne sont pas encore publiées, les inquiétudes pourraient venir de la mise en place d’une nouvelle taxe à l’exportation de céréales, laquelle pourrait être perçue au-delà d’un certain seuil. Mais d’ores et déjà, les exportations russes de céréales pourraient atteindre les 25 Mt en avril, selon les projections du gouvernement, et la taxe pourrait alors s’enclencher.


En France, la vigilance reste de mise
En France et en Europe de l’Ouest, les cultures ayant profité d’un hiver relativement doux jusque-là ont, pour certaines, dépassé le stade leur permettant de passer l’hiver. C’est particulièrement le cas du colza et du blé dur. Ainsi, si Arvalis souligne, dans un communiqué du 2 février, que les cultures d’hiver en France sont adaptées à des températures hivernales allant de - 5 à - 15 °C, l’Institut du Végétal alerte sur l’inhabituelle précocité du stade des cultures à cette saison.
Cependant, l’institut tempère ses propos en indiquant que l’arrivée du froid a été progressive et qu’elle s’est accompagnée de chutes de neige dans un certain nombre de régions, permettant de protéger les cultures. De plus, le communiqué souligne que « si les effets délétères du froid étaient avérés, la faculté des céréales à taller devrait limiter les éventuels dégâts ».
Selon Arvalis, les cultures les plus menacées par le froid sont les avoines d’hiver, les orges de printemps semés à l’automne et les blés durs. Viennent ensuite les orges d’hiver et les blés alternatifs, puis les espèces les moins à risque comme le blé tendre d’hiver, le triticale ou le seigle, sous réserve que le stade « épi 1 cm » ne soit pas atteint (cf. page 18).
Au final, si les inquiétudes climatiques sont légitimes, les effets sur les cultures sont encore difficiles à estimer. Le « weather market » s’installe comme chaque année sur les marchés céréaliers, avec son lot d’anticipations accroissant la volatilité.

 

Zoom sur... Le colza : penser sa gestion de l’azote

Même en l’absence de destruction de plantes, la vague de froid va se traduire par une défoliation renforcée des plantes dont il faudra tenir compte pour ajuster les doses d’azote. Le gel pénètre chaque jour plus profondément dans les sols, ce qui retardera le redémarrage de la végétation et les capacités des plantes à régénérer leur appareil végétatif. Le dilemme à relever est donc le suivant : comment mettre à disposition des plantes, à partir du moment où elles seront en capacité de l’absorber l’azote nécessaire pour soutenir leur régénération ?

Les règles à respecter sont les suivantes :

- pas d’apports avant d’avoir pu juger de l’état réel de la culture. Les parcelles ayant subi d’autres types de dégâts, phytoxicités, ravageurs (larves altise et CBT) seront les plus exposées ;

- dès que la culture est jugée viable, faire un premier apport sans tarder avec si possible une forme rapidement assimilable (ammonitrate) ;

- ce premier apport restera limité en quantité, 50 unités maximum ;

- ne pas hésiter à fractionner le complément de l’apport en 2 fois si la dose à apporter le justifie.

 

Précisions... Les conditions du dégel seront déterminantes

La vague de froid n’épargne pas le Nord-Pas de Calais. La température est descendue jusqu’à – 12° C dans certains secteurs. Pourtant, pas de quoi s’affoler pour Maurice Caillaud, directeur céréales chez Unéal. « À leur stade de tallage actuel, les blés peuvent supporter des températures inférieures de – 20°C ! », rassure le spécialiste. Cependant, Denis Risbourg, conseiller en production végétal à la Chambre d’agriculture reconnaît que « la vague de froid est survenue dans un contexte d’avance végétative d’une dizaine de jours due à un automne doux et à des températures inférieures à la moyenne au mois de janvier ». Une avance qui rend les plantes plus sensibles à l’arrivée du froid. « C’est encore plus vrai pour les semis précoces », précise Denis Risbourg. Pour le conseiller, ce sont les conditions du dégel qui vont déterminer l’impact du froid sur les céréales. « L’idéal serait un dégel dans l’humidité pour rappuyer les sols, soulevés par le gel, explique Denis Risbourg. Si les conditions sont sèches, le risque est un déchaussement du blé ». Il se dit cependant peu inquiet pour le blé. « La problématique se situe surtout au niveau du colza, où certaines parcelles, notamment dans le Cambraisis, ont rencontré des phénomènes d’élongations automnale ». Ajoutant : « Mais il faut rester serein, la situation actuelle n’a rien d’alarmant ».

 

 

 
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